CHAPITRE IV
cmelle sur l'échafaud. Cependant les évèques anglais, alarmés des tendances du nouveau gouvernement, se réunirent à Londres et résolurent de ne procéder au couronnement d'Elisabeth qu'à la condition expresse que la reine prêterait solennellement, à son sacre, le serment de maintenir les libertés de TEglise catholique. Elisabeth fut obligée de se soumettre à cette clause; mais un parjure ne lui coûtait rien. Quelques mois plus tard, le Parlement prononçait la révocation des statuts a votés, sous le dernier règne,. » en faveur de l'ancienne croyance. » On fit revivre la plupart des actes schismatiques de Henri YIII, qui dérogeaient à l'autorité du successeur de saint Pierre, et rompaient ainsi non seulement avec l'Eglise et avec tout le reste de l'humanité chrétienne, mais avec les miUe ans de l'Angleterre catholique. Le Parlement arrêta, de plus, que le livre de commune prière serait seul em* ployé dans toutes les églises, sous peine de confiscation, de déposition et de mort; qu'on abolirait entièrement l'autorité spirituelle de tous les prélats étrangers dans le royaume; que la juridiction nécessaire poiu* la répression des erreurs, hérésies, schismes, etc., appartiendrait à la couronne, ainsi que le pouvoir de déléguer cette juridiction à quelque personne que ce fût, au gré de la souveraine ; que la pénalité contre ceux qui maintiendraient l'autorité du Pontife romain s'élèverait^ selon la récidive, de la confiscation des propriétés à l'emprisonnement perpétuel; et de l'emprisonnement perpétuel à la mort, telle qu'on l'infligeait dans le cas de haute trahison; que tout ecclésiastique recevant les ordres ou possédant un bénéfice, tout magistrat et officier inférieur tenant des gages ou appointements de la couronne, tout laïtiue sollicitant la mise en possession de ses terres, devrait, sous peine de destitution ou d'incapacité, prêter serment à la reine et la reconnaître comme suprême directrice de toutes les affaires spirituelles, et renoncer à toute juridiction ecclésiastique ou spirituelle étrangère.
26. Le clergé anglais opposa à ces ordonnances séculières une résistance qui l'honore et qui donne lieu d'espérer que Dieu se souviendra un jour de ses miséricordes sur la patrie de tant de confesseurs et de martjrrs. Il présenta à la chambre des lords une déclaration de sa croyance à la présence réelle à la transsubstan-
iiation, au sacrifice de la messe^ à la primauté du Pape. Il protesta, en même temps, que ce n'était pas à une assemblée de laïques, mais aux pasteurs légitimes de l'Eglise à prononcer sur la doctrine, les sacrements et les lois canoniques. Les deux universités de Cambridge et d'Oxford signèrent la profession de foi du clergé; et les évèques, d'un concours unanime, saisirent toutes les occasions de parler et de voter contre les édits du Parlement. Pour rompre ou paralyser cette opposition , les ministres de l'apostasie firent empoisonner les évêques de Winchester et de Lincoln. Elisabeth fit venir les autres prélats pour les sommer d'obéir aux nouveaux statuts; et, sur leur refus, elle les chassa de sa présence avec des expressions de colère et de mépris. On demanda successivement à chacun d'eux le serment de suprématie ; mais ils aimèrent mieux s'exposer à toutes les rigueurs que sacrifier leur conscience à une reine impie. Un seul, l'évèque de Landafi, donna le scandale de l'apostasie: tous les autres demeurèrent fidèles à leur religion et à leur Dieu. Temstal de Durham, Morgan de Saint-David, Ogilthorpe de Carlisle, White de Winchester et Bagnes de Coventry moururent victimes des odieux traitements auxquels ils furent soumis. Quelques-uns parvinrent à s'échapper de prison et furent assez heureux pour gagner le continent. Sonner, évêque de Londres, mourut au fond d'un cachot après une captivité de dix ans. Waston, de Lincoln, languit trentetrois ans dans une cellule de la tour de Londres. Elisabeth couronna tant de violences en nommant un primat intrus d'Angleterre. Le chapelain d'Anne de Boulen, Mathieu Parker, fut choisi pour occuper ce poste et succéder ainsi, non pas aux glorieux archevêques de Cantorbéry , saint Augustin, saint Dunstan, saint Anselme, saint Thomas, dont il usurpait le siège, mais au parjure et apostat Cranmer. Cependant il se présenta un obstacle inattendu à cette intrusion. Aucun évêque catholique ne voulut consentir à sacrer Parker. Il fut obligé de recourir à Barlow et à Scorry , deux évêques protestants du règne d'Edouard VL Comme ils le sacrèrent d'après le rituel de ce prince, il y a lieu de douter s'il reçut effectivement le caractère épiscopal , et s'il put validement le conférer à d'autres. Quoi qu'il en soit , le schisme anglican était de nouveau consommé, a Après avoir prescrit à tous ses su-