CHAPITRE VI
Fessonrce dans ses romans satiriques ou licencieux. C'est ainsi qu'il a composé la Vie de Sixte-Quini, dont il disait lui-même çutme fiction bien racontée avait toujours pour les lecteurs plus de charme que la vérité toute nue. L'histoire sérieuse n'a rien de commun avec de pareilles œuvres; et c'est ailleurs qu'il faut chercher les documents qui peuvent servir à réhabiliter une aussi illustre mémoire.
9. Quand on parla à Sixte-Quint de jeter de l'argent au peuple, suivant la coutume, pour la cérémonie de sa promotion, il répondit : a Cet usage occasionne toujours des malheurs : ce sont les n plus robustes, et non les plus nécessiteux qui s'emparent de cet » argent. » Il fit distribuer les sommes convenues à domicile et dans les hôpitaux. Rome s'aperçut bientôt qu'elle était gouvernée par une main vigoureuse. La sûreté publique était depuis longtemps troublée dans l'Etat ecclésiastique par une foule de bandits, reste des guerres entre les Guelfes et les Gibelins. Grégoire XIII, pour réprimer leur audace, avait distribué des troupes nombreuses dans la campagne romaine. Sixte-Quint congédia toutes ces troupes, diminua même de moitié les employés de la justice. Mais il annonça qu'aucune grâce ne serait accordée, sous son règne, à quiconque se serait rendu coupable d'un crime contre les personnes ou les propriétés. L'exécution suivit de près la menace : et la terreur qu'inspira la rigoureuse justice du Pontife réussit à mettre un terme à tous les brigandages. Sixte-Quint mit à profit la tranquillité publique pour réveiller l'activité et l'industrie des Romains, a II voulut glorifier et perpétuer la mémoire de p son pontificat; et, dans ce noble but, il renforça les règles con- » cernant le collège des cardinaux pour détruire les abus du né- D potisme; il agrandit la bibliothèque vaticane, arracha les ma- » gnifiques œuvres de Tart antique aux ruines qui les couvraient, » ordonna une nouvelle édition des Septante et la correction de la » Yulgate promise à Trente; réorganisa l'administration pubUque i> en instituant quinze congrégations chargées de toutes les af- » faires (1588) ; releva le grand obélisque que Caligula avait fait » transporter.d'Egypte en Italie ; et amena d'abondantes eaux par » le superbe aqueduc sur le mont Quirinal (1). »
(1)M. Alzog,t. ui,p.2i3.
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10. Pour suffire à tant d'affaires, il fit servir de bases à son administration les congrégations des cardinaux. S'il ne les fonda pas, il leur donna un accroissement tel qu'il en fit son œuvre propre. <c II trouva déjà instituées, dit Ranke, les sept congréga— D tions les plus importantes : celles pour l'inquisition, l'index, les » affaires du concile; celles des évêques, celles des ordres reli* » gieux et celles pour la Segnatura et la Consulta. Le gouvemei> ment de l'Etat n'était point étranger au travail de ces congréga- D tions; les deux dernières que nous venons de nommer , étaient » consacrés à la justice et à l'administration. Sixte-Quint résolut ï> d'en créer huit nouvelles, dont deux seulement étaient destinées D aux affaires générales de l'Eglise. L'une devait s'occuper de la D fondation des nouveaux évêchés ; l'autre du maintien et du re- » nouvellement des rites de l'Eglise, les six autres étaient réser- » vées pour les affaires de l'Etat, pour VAnnona , la construction » des routes, l'abolition des impôts oppressifs, la construction » des bâtiments de guerre, l'imprimerie du Vatican, l'Université » de Rome. Du reste, il voulait donner une haute idée des cardi- » naux eux-mêmes. Qu'ils soient, disait-il, des hommes distin- » gués et de mœurs exemplaires. Leurs paroles doivent être des )) oracles ; leurs maximes, la règle de la vie et de la pensée de » tous. Qu'ils se montrent enfin comme le sel de la terre et la luy> mière sur le chandelier. Leur nombre fut fixé à soixante-dix : » de même, disait-il, que Moïse a choisi soixante-dix vieillards » parmi tout le peuple pour former le conseil permanent des Hé- » breux. » Sous cette direction puissante, la cour romaine prit bientôt une allure sévère, qui concordait avec l'autorité du Pontife. Le cardinal Gallien de Lomo employait ses richesses à de pieuses fondations; le savant Rusti se faisait remarquer par son irréprochable circonspection; Sirlet, par sa science. Frédéric Borromée, cousin et successeur de saint Charles (1584), marchait SUT les traces de son illustre parent, et faisait éclater les merveilles de sa charité pendant la grande peste de Milan. Enfin Madruzzi, Valéri , Santano , célèbres à divers titres , rehaussaient la splendeur de la pourpre romaine.
11. A mesure que l'esprit chrétien se ravivait aux sources pures de l'orthodoxie, la réforme luthérienne et calviniste conti-«
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nuait ses ravages en Allemagne^ dans les Pays-Bas et en France. Elisabeth régnait toujours en Angleterre. Cette impérieuse reine puisait ses motifs de haine contre le catholicisme dans son amourpropre de femme et dans ses intérêts politiques. En 1582, elle avait fait déclarer coupable de haute trahison toute personne qui engagerait un habitant de FAn^eterre à abandonner la religion de l'Etat pour celle de Rome. Les Jésuites avaient oi^nisé des missions dans ce royaume pour combattre les progrès de l'hérésie actuelle. Elisabeth leur donna quinze jours pour quitter l'ile. Ceux qui n'obéirent pas à cet ordre tyrannique, et il y en eut un grand nombre, se virent dès lors en butte à une persécution dont la violence rappelait le temps des martyrs. Cependant une malheureuse et innocente victime languissait depuis dix-huit ans dans les cachots, attendant toujours l'heure de la justice, qui ne devait pas sonner pour elle. Marie Stuart avait vu s'intéresser à son sort tous les rois de l'Europe ; mais leur intervention ne réussit pas à détourner de sa tête le plus afireux supplice. Une commission de quarante-six membres, pris parmi les pairs du royaume et les conseillers de la couronne, condanma Marie Stuart à la mort (1586). Le Parlement confirma la sentence, et envoya supplier Elisabeth défaire procéder immédiatement à l'exécution. La reine d'Ecosse avait écrit à Sixte-Quint une lettre touchante, où elle déclarait sa ferme volonté de vivre et mourir dans la foi catholique. Le Pape n'avait pas attendu ce témoignage de suprême vénération pour s'intéresser à l'infortunée reine d'Ecosse. Il avait redoublé d'instances près d'Elisabeth en sa faveur. Il est probable qae ses vives sollicitations einrent pour résultat de faire suspendre l'exécution, qui n'eut lieu que le 18 février 1587. Le crime était enfin consommé. Un sang royal soufflait à tout jamais la mémoire d'Elisabeth. Sixte-Quint publia contre la régicide couronnée une bulle solennelle d'exconununication. Il jetait l'interdit sur l'Angleterre, déclarant Elisabeth usurpatrice, déchue de tout pouvoir, retranchée du sein de l'Eglise ; ordonnant aux Anglais de se joindre à l'armée pour la détrôner, et promettant les faveurs spirituelles les plus étendues à ceux qui s'assureraient de sa personne et la livreraient aux catholiques. En même temps, il conclut une alliance avec Philippe H, roi d'Espagne, et s'engagea à lui four-* IV. 15
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nir, pour cette guerre, de puissants subsides. Mais le résultat ne répondit pas à son attente. Philippe II mit en vain sur pied les forces 1^ plus imposantes. UirwtPècîble Armada, cette flotte qui devait conquérir l'Angleterre, fut complètement anéantie par la tempête avant d'avoir atteint le but de son expédition.
12. Les affaires de France ne s'étaient pas améliorées par la mort de Charles DL. Henri III, son successeur, avait épousé Louise de Vaudemont, cousine du duc de Lorraine : c'était épouser le parti des Guise, c'est-à-dire le parti catholique. Mais ce prince indolent et voluptueux perdait à de frivoles plaisirs un temps qu'il aurait dû employer au gouvernement si difficile de ses Etats. Cette conduite, indigne d'un roi, révolta les âmes honnêtes, et les mécontents politiques grossirent le nombre des calvinistes rebelles. Le duc d'Alençon, frère du monarque, quitta la cour et se réunit à Henri de Navarre et au prince de Condé. Une nouvelle guerre suivit cette défection. L'armée catholique, commandée par le duc de Guise, qui acquit là son glorieux surnom de Balafré, attaqua les révoltés à Château-Thierry. Le succès se prononça pour la bonne cause, mais Catherine de Médicis, dont l'astucieuse politique gouvernait toujours, sous le nom de son fils, crut devoir traiter avec les calvinistes, et l'édit de Blois leur accorda la liberté de conscience , des places de sûreté et l'entrée au Parlement. Ces concessions indignèrent les catholiques, qui formèrent une association nationale pour le maintien de l'antique foi de la monarchie. Telle fut l'origine de la Ligue, qu'on nomma l'Union sainte. Les associés jurèrent de défendre la foi de leurs pères, de remettre les provinces atur mêmes droits, franchises et libertés quelles avaient au temps de Clovis, de procéder contre ceux qui persécuteraient l'Union, sans acception de personne; enfin de rendre prompte et fidèle obéissance au chef qui serait nommé. Si Henri III avait compris la valeur de son titre de roi très chrétien, il aurait voulu être le seul chef de la Ligue ; mais il se préoccupait peu de ces mouvements, et Hemirie-Baiafré reçut des confédérés cette mission, qui le rendait en France plus puissant que le monarque lui-même. Sixte-Quint promit son appui aux ligueurs, et Philippe n se déclara ouvertement leur protecteur. Cependant le duc d'Alençon, frère du roi, vintàmourir (1584). Cet événement lais-
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sait la succession à la couronne pleine d'incertitudes et de dangers, car Henri DI n'avait pas d'enfants. Henri de Navarre devenait son plus proche héritier ; mais, d'après la vieille constitution de la monarchie firançaise, le trône ne pouvait être occupé par un prince hérétique. On vit alors le triste spectacle d'une guerre entreprise pour un héritage qui n'était pas encore ouvert. Henri de Guise et son frère le cardinal déclarèrent qu'ils s'opposeraient de tout leur pouvoir à l'accession d'un huguenot au pouvoir suprême dans le royaume très chrétien. Le Pape sanctionna cette résolution en excommuniant Henri de Navarre. On a vivement Uâmé, dans une certaine école, la politique de Sixte-Quint en cette circonstance. Si l'on eût pris la peine d'examiner sérieusement les fûts, on se serait épargné des critiques qui ressemblent fort à des calomnies. Conmie souverain Pontife, Sixte-Quint devait maintenir, dans les royaumes chrétiens, la foi dont il était le souverain dépositaire. Or, que fut devenue la foi catholique, en France, si Henri lY eût fait monter le calvinisme sur le trâne? La Ligue, dans la pensée générale qui Tinspira, fut donc une as^ sociation préservatrice pour la monarchie, et les Papes durent l'approuver. Il se mêk bientôt, nous ne faisons aucime difficulté de l'avouer, des intrigues politiques, des ambitions personnelles, des motifs moins avouables à cette guerre d'un peuple qui combattait les armes à la main pour ses vieilles croyances. C'était la première fois que le principe monarchique se trouvait en opposition avec le principe religieux dans le royaume de France. Par le fait même, cette rupture était un scandale. Henri lY, qu'il s'agissait de repousser du trône, devait être l'im des plus grands rois de la monarchie. Mais ce sera l'éternelle gloire de la Ligue d'avoir forcé ce prince à comprendre qu'il fallait être catholique pour ceindre la couronne de saint Louis. Sixte-Quint, tout en combattant les prétenticHis de Henri de Navarre, rendait hommage à ses brillantes qualités. Les grands hommes se devinent et se comprennent. S'il eût assez vécu pour être témoin de la conversion de Henri-le-Grand, Sixte-Quint eût été au comble de ses vœux ; mais ce bonheur ne lui était pas réservé.
13. Quoi qu'il en soit, laguœrediterfc^ Jrowfli^n (Henri HI, Henri de Navarre , Henri de Guise) commença en 1 5 8 6 . La Ligue