CHAPITRE V
ligieuses, qui devint bientôt florissant. Ermangarde, comtesse de Roussy ; Agnès, comtesse de Braine ; Adèle de Montmorency, fille de Bouchard, connétable de France; Béatrix, vicomtesse d'Amiens; Anastasie, duchesse de Poméranie; Hedwige, comtesse de Clèves, et Gertrude, sa fille, entrèrent dans le nouvel ordre. Les règles que leur prescrivit le saint paraissaient audessus de la faiblesse de leur sexe; cependant, elles n'étaient pas encore proportionnées à la grandeur de leur courage. Jamais elles ne sortaient de leur cloître; elles s'étaient interdit tout commerce avec le monde : elles ne parlaient à leurs plus proches parents qu'en présence de deux religieuses; elles portaient des vêtements blancs d'une étoffe grossière, ne mangeaient jamais de viande, et étaient astreintes à un jeûne presque perpétuel. Ces austérités étaient, en quelque sorte, un nouvel attrait : et le nombre des religieuses s'accrut si prodigieusement, qu'en moins de quinze années on en compta plus de dix mille, répandues en différents royaumes. Les religieux de Prémontré ne se multiplièrent pas avec moins de fécondité. Trente ans après leur fondation, il se trouvait déjà, au chapitre général, près de cent abbés de l'ordre. Vers l'an 1126, Norbert fut élevé, malgré sa résistance , sur le siège de Magdebourg, où il continua de vivre en apôtre et mourut saintement.
35. Après le concile de Reims, Calixte II avait repassé les Alpes et pénétré en Lombardie. Les peuples, fatigués du joug tyrannique de l'antipape, accouraient de toutes parts à sa rencontre , et le saluaient de leurs acclamations comme le vrai pasteur de l'Eglise universelle. La nouvelle de son arrivée excita à Rome des transports d'allégresse. Maurice Bourdin crut prudent de se dérober à l'indignation populaire : il s'enfuit à Sutri, et s'enferma dans la forteresse, attendant de l'empereur Henri V un secours qui ne devait pas venir. Le Pape entra à Rome, au milieu des chants de triomphe, et fut intronisé dans le palais de Latran (3 juin 1 120). Un mois après, il parcourut PApulie et les principales villes de l'Italie méridionale pour y réunir des forces contre l'antipape et terminer enfin le schisme qui désolait l'Eglise. Maurice Bourdin, assiégé dans la forteresse de Sutri, fut remis par les habitants entre les mains des troupes pontificales.
190 CALIXTE u (1119-1 12i).
Calixte II lui fit grâce de la vie, et se contenta de le reléguer, pour le reste de ses jours, dans le monastère de Cava (1121). Henri V, occupé à réprimer une nouvelle insurrection de la Saxe, ne put agir en faveur de son antipape. Les événements le débordaient. Les seigneurs allemands, le clergé, le peuple, fatigués d'une lutte stérile, qui épuisait depuis un demi-siècle les forces de la nation, voulaient la paix. La question des investitures avait été examinée tant de fois qu'elle était enfin universellement comprise. On sentait le ridicule et l'absurdité de voir remettre la crosse et l'anneau pastoral à des évèques et à des abbés par des mains laïques. Les soldats manquaient à une pareille cause. Une diète générale s'ouvrit à Worms (1121) pour conclure la paix définitive. Lambert, évéque d'Ostie, le prêtre Saxonius et le diacre Grégoire s'y rendirent en qualité de légats du Pape. Après une semaine de conférence, les deux traités suivants furent conclus : « Je vous accorde, disait le Pape à » Tempe reur, que les élections des évéqr. s et des abbés du » royaume teutonique se fassent en votre présence sans violence » ni simonie. L'élu recevra de vous l'investiture des régales par » le sceptre. Ainsi, je vous accorde la paix, à vous et à tous ceux » qui ont pris parti dans ces longues discordes. » L'empereur disait de son côté : « Pour l'amour de Dieu, de la sainte Eglise » romaine et du pape Calixte, pour le salut de mon âme. je » renonce à toute investiture par la crosse et l'anneau. J'accorde » à toutes les Eglises de mon empire les élections canoniques et » les consécrations libres. Je conserverai la paix avec le pape » Calixte et la sainte Eglise romaine, et je lui prêterai fidèlement » secours quand il me le demandera. » Les deux traités furent lus à une assemblée qui se tint dans une plaine immense, sur les bords du Rhin. Quand l'échange en eut été fait, l'évéque d'Ostie célébra la messe et donna la communion à l'empereur en signe de réconciliation. Les légats prononcèrent ensuite l'absolution sur l'armée impériale et sur tous ceux qui avaient pris part au schisme. La querelle des investitures était finie. Ce grand acte fut accompli le 23 septembre 1122; il y avait trente-sept ans à peine que saint Grégoire VII était descendu dans la tombe. 36. Pour sceller plus irrévocablement encore l'alliance du