CHAPITRE VII
baiser de paix. Des négociations s'entamèrent sur cette difficulté. Enfin Frédéric se soumit, et le Pape le conduisit solennellement a l'église de Saint-Pierre et déposa sur sa tète la couronne impériale. » A ce moment , dit un chroniqueur , les Allemands » poussèrent de tels cris de joie, qu'il semblait que ce fût un » tonnerre (18 juin 11 55). » Cependant les séditieux de Rome, <pii voyaient dans l'alliance du Pape et de l'empereur l'anéantissement de leurs coupables espérances, sortirent du château Saint-Ange, dont ils étaient maîtres, se jetèrent sur les écuyers de Frédéric et les tuèrent dans l'église même de Saint-Pierre. Les troupes impériales engagèrent alors avec les insurgés une lutte acharnée, et des flots de sang inaugurèrent ainsi le règne de l'empereur Frédéric Barberousse.
5. Après son dt'-part de Rome, Adrien IV, qui ne comptait pas beaucoup sur la foi de son nouvel allié, se hâta de conclure la paix avec Guillaume-le-Mauvais (1156). Il le reconnut pour roi de Sicile, à la condition que ce prince continuerait de payer au Saint-Siège un tribut annuel, comme ses prédécesseurs, et ferait hommage au Pape pour le royaume de Sicile, le duché d'Apulie, la principauté de Capoue et toutes leurs dépendances. Durant les négociations préliminaires, Adrien IV avait donné une preuve de sa générosité et de la largeur de ses vues politiques en refusant les secours que Manuel Comnène, empereur d'Orient, lui faisait offrir contre Guillaume de Sicile, à la condition d'accorder aux Grecs la suzeraineté de trois villes du littoral, dans la Péninsule italique. Le Pape comprit que ce système faisait rétrograder l'Europe au temps de Narsès, et compliquait pour l'avenir une situation déjà si difficile. Il rejeta les propositions de Manuel et proGta seulement des relations que ces ouvertures avaient rétablies entre le Saint-Siège et la cour de Constantinople pour exhorter l'empereur à travailler à la réunion des deux Eglises latine et grecque. Depuis le schisme de Michel Cérulaire, l'Orient était resté séparé de l'unité romaine. Les points les plus importants qui les divisaient et qui les divisent encore, étaient ceux-ci : 1° Refus d'admettre le dogme de la procession du Saint-Esprit, et l'addition : Filioque, faite par l'Eglise latine au Symbole de Nicée et de Constantinople; 2° re-
fus de reconnaître la primauté du Pape et sa juridiction sur toute l'Eglise; ô° refus de consacrer l'Eucharistie avec du pain azyme (sans levain). Les efforts d'Adrien IV pour rétablfr l'unité, sans rencontrer précisément d'adversaires déclarés, échouèrent contre l'indifférence des Grecs et demeurèrent stériles. L'heure marquée par la Providence n'était pas encore venue.
6. dépendant, la réconciliation du Pape et de Guillaume-le- Mauvais avait profondément irrité Frédéric Barberousse, qui nourrissait secrètement l'espoir de s'emparer de toute l'Italie à la faveur de la mésintelligence du Saint-Siège et du royaume de Sicile. La révolte de la Lombardie (1158) acheva de l'aigrir. A la tête de 120,000 hommes, il traverse une seconde fois les Alpes et vient mettre le siège devant Milan. Il était impossible de songer à la résistance en face d'un armement si formidable. Fidèles à la politique italienne, qui leur avait toujours réussi, les républiques lombardes cèdent à la force, jurent la paix aux conditions que l'empereur veut leur imposer, et sauvent ainsi leur existence, en attendant des événements l'occasion de recouvrer plus tard leur liberté. Maître de la Lombardie, l'empereur crut qu'il pourrait traiter le Pape comme il traitait une province conquise. Adrien IV, dans une lettre toute paternelle, lui avait dit : « Nous vous avons toujours aimé avec une tendre » affection comme notre très cher fils. Vous n'avez pas oublié le p cordial accueil que vous lit la sainte Eglise romaine, votre » mère, quand elle vous conféra (contulit) la couronne impé- » riale. Nous ne nous repentons point d'avoir accompli tous vos » désirs; s'il était possible, nous voudrions que Votre Majesté » ait encore reçu de notre main de plus grands bienfaits (bene- » ficia). » Frédéric Barberousse n'entendait pas le latin : son chancelier lui traduisit la lettre du Pape en allemand; le mot bénéficia fut traduit par fiefs, le mot contulit par concéder. L'empereur comprit que, dans la pensée du Pape, l'empire n'était qu'un fief de l'Eglise romaine, et que la couronne impériale était un don de sa bienveillance, révocable à volonté. Historiquement parlant, il était vrai que l'empire d'Allemagne, rétabli par l'Eglise romaine, à la condition d'être comme son épée et son bras, relevait immédiatement des Papes. C'était la