‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 133 sur 324 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

condition glorieuse que l'immortel Charlemagne avait acceptée en recevant le diadème des mains de Léon III, Mais Frédéric Barberousse ne savait pas mieux l'histoire que son chancelier ne savait le latin. Adrien IV avait pris les mots dans leur acception naturelle : bénéficia voulait dire bienfaits. En parlant de la couronne impériale . il avait voulu seulement rappeler à l'esprit de l'ingrat empereur le fait pur et simple de son couronnement dans V église Saint-Pierre. Vainement il s'en expliqua depuis ; Frédéric n'écouta que sa colère. Après une discussion orageuse, le légat Roland, porteur du rescrit pontifical, fut obligé de se soustraire, par la fuite, à la vengeance impériale. Le comte palatin de Bavière , Othon de Wittelsbach, tira son épée , menaçant d'en percer le prélat. Un édit, signé de l'empereur, défendit au clergé et aux fidèles d'Allemagne de communiquer désormais avec le souverain Pontife.

7. La pensée dominante de Frédéric Barberousse était toujours de concentrer dans sa personne la monarchie universelle; il croyait marcher à sa réalisation par de telles violences. En 1158, il réunit , à Roncaglia , une diète générale de l'empire ; il y fit venir trente-deux jurisconsultes de Bologne, qui déclarèrent nulles de plein droit toutes les donations faites précédemment aux Papes , aux évêchés et aux monastères, a L'empereur seul , » disaient-ils, avait le droit de posséder, en sa qualité de seigneur » temporel, les terres et les fiefs. » On le voit, l'adulation des courtisans n'était pas moins radicale que la fureur révolutionnaire des partisans d'Arnaud de Brescia. Les premiers accordaient tout à l'empereur, les seconds à la souveraineté du peuple. Les uns ne se souvenaient que de la république de Brutus, les autres ne pensaient qu'aux Césars. Pour les uns et les autres, les changements qui, depuis dix siècles, avaient eu lieu dans le monde, dans les empires, dans la religion, dans les mœurs, dans les relations des individus et des peuples , ne comptaient pour rien. Comme les arguments des légistes étaient appuyés de cent mille épées allemandes, on n'y trouva rien à répondre. L'archevêque de Milan, dans sa harangue , qualifia Frédéric du titre d'empereur unique et universel de Rome et du monde, a Votre » Majesté, dit-il, a daigné nous consulter sur ses droits et sur

» l'honneur de l'empire. Votre volonté est le droit , la justice et » la loi. » On s'indigne qu'un tel langage ait été jamais tenu par un ministre de la religion. Les historiens hostiles à la papauté n'ont cessé de poursuivre , de leurs calomnieuses imputations, ce qu'ils appellent les empiétements des Papes. Aucun n'a parlé des envahissements du pouvoir temporel. Et pourtant ce sont les Papes qui ont maintenu, au péril de leur vie , les droits des nationalités et l'indépendance du monde. Adrien IV excommunia l'archevêque de Milan. Il écrivit aux évèques de Lom— bardie pour leur reprocher leur lâche servilité. Adrien IV était un de ces caractè res qui ne savent pas fléchir quand il s'agit de défendre la justice et la vérité, On ne sait jusqu'où serait allée contre lui la vengeance de l'empereur , si la mort n'était venue l'y soustraire ( 1er septembre 1 159 ). L'Eglise devait trouver dans son successeur, un courage et une grandeur d'àme non moins invincibles.

8. Adrien IV, plus heureux dans ses relations avec la France et l'Angleterre , avait réussi à maintenir la paix entre Louis-le- Jeune et ITenri Plantagenet. La situation réciproque de ces deux princes offrait d'étranges complications. Eléonore de Guienne, mariée d'abord à Louis-le- Jeune, avait suivi son époux à la première croisade. L'influence des mœurs de l'Orient avait réagi sur cejte princesse légère et passionnée. Au retour (1552), Eléonore demanda le divorce au concile de Beaugenci, sous prétexte de parenté. L'honneur du roi de France avait été compromis, il ne réclama point et se soumit au jugement du concile. Adrien IV ne fut point consulté. Il comprit facilement l'immense portée d'une pareille décision , dont son autorité aurait pu , par des voies conciliatrices, prévenir les funestes effets. Par son divorce, Louis VII perdait les vastes provinces qu'Eléonore lui avait apportées en dot. Le midi de la France allait encore une fois se trouver isolé du nord. Une femme pouvait porter à qui elle voulait la prépondérance de l'Occident. Deux mois après la dissolution de son premier mariage, Eléonore de Guienne épousait Henri Plantagenet, petit-fils de Guillaume-le-Conquérant , déjà duc d'Anjou et de Normandie , et bientôt après roi d'Angleterre. Il en coûta des flots de sang à la France pour se recon-

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