‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 134 sur 324 · chapitre vn · texte numérisé non relu

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quérir elle-même. Au milieu des difficultés qui sortaient naturellement d'un pareil ordre de choses, l'influence d'Adrien IV et l'habileté de Jean de Salisbury, évèque de Chartres, ce noble ami du souverain Pontife, réussirent à faire conclure une alliance entre la fille de Louis VII et le fils de Henri Plantagenet.

9. Le mouvement intellectuel qui entraînait le xne siècle vers l'étude et la science, continua avec gloire sous le pontificat d'Adrien IV. La méthode des Pères de l'Eglise, dont saint Bernard fut le dernier représentant , faisait place à la méthode scolastique qui allait désormais dominer les esprits et demeurer pour longtemps la reine de la théologie , grâce au génie de saint Thomas d'Àquin. On a dit que la méthode scolastique, qui procède par classifications rigoureuses, par syllogismes, par déductions et par conséquences, tuait l'inspiration , l'éloquence et la poésie. Cette méthode, comme son nom l'indique, est une méthode d'enseignement et non pas une méthode d'invention ni d'inspiration. Or, pour enseigner , il faut donner des idées nettes et précises de ce (pie Ton enseigne ; pour les donner il faut les avoir. Un nouvel Aristote qui résumerait aujourd'hui , avec la clarté et la précision du premier, dans un langage intelligible, toutes les sciences actuelles, et présenterait ainsi un ensemble exact des connaissances humaines, couvrirait son nom d'une gloire immortelle. Cette œuvre immense , la méthode scolastique la réalisa, pour la théologie , au moyen âge. Ello est à la poésie et à F éloquence ce que le fond est à la forme, ce que le squelette est au corps brillant de fraîcheur et de grâce. Pierre Lombard , évèque de Paris , et surnommé le Maître des sentences, appliqua le premier la méthode scolastique dans son ouvrage célèbre , intitulé; Liber sententiarum (1100-1164). Il le nomma ainsi parce que tous ses arguments sont appuyés sur des sentences extraites de l'Ecriture et des Pères. Cet ouvrage eut un succès immense : il devint le manuel de tous les théologiens et le texte de tous les professeurs. On en compte jusqu'à cent soixante commentaires. Il eut la gloire d'être interprété par Guillaume d'Auxerre, Albert-le-Grand, saint Bonave nuire, Guillaume Durand, Gilles de Rome, Scot, Occam et le grand saint Thomas d'Aquin, dont le nom devait , dans la suite , remplacer celui de

256 Adrien iv (1154-1150).

Pierre Lombard sans le faire oublier. — Dans le même temps, le monde savant acueillait . avec enthousiasme , une œuvre analogue faite sur la jurisprudence canonique ; c'était le Décret de Gratien , professeur à l'université de Bologne. Cette collection éclipsa , dès qu'elle parut, toutes celles qui l'avaient précédée , même celle d'Yves de Chartres qui avait joui jusqu'alors de la plus grande autorité. De l'école de Bologne elle passa en France, en Allemagne et en Angleterre , et devint bientôt le seul texte que les professeurs en droit canon commentaient dans leurs leçons et dans leurs écrits. Les auteurs gallicans reprochent à Gratien d'avoir cité , dans son ouvrage , les passages des Fausses décrétâtes , favorables à la suprématie et à l'autorité des Papes. Nous avons déjà répondu à ces objections en parlant des Fausses décrétâtes elles-mêmes. Pierre Lombard et Gratien n'étaient pas les seuls qui, à cette époque, illustrassent l'Eglise par leurs écrits. Chez les Grecs, Euthymius composait sa Panoplie; Eustathe, archevêque de Thessalonique , s'illustrait par ses Commentaires sur l'Iliade et l'Odyssée, et des traités sur les hymnes de la liturgie grecque , récemment découverts par le savant cardinal Mai. Zonoras , célèbre annaliste, écrivait, en ce même temps, sa chronique , qui s'étend depuis le commencement du monde jusqu'à la mort d'Alexis Comnène, en 1118. En Occident, Pierrele-Vénérable laissait en mourant de dignes héritiers de son talent et de son zèle pour la gloire de l'Eglise. Jean de Salisbury dédiait au chancelier d'Angleterre, Thomas Becket , qui fut depuis archevêque de Cantorbéry et martyr, ses deux livres du Polycratique et de la Métalogique. Richard de Saint-Victor écrivait ses traités de la Trinité, de F Incarnation , du Pouvoir de lier et de délier. Pierre de Ulois , l'un des théologiens les plus élégants et les plus pieux de son siècle , enseignait à Paris , au milieu des applaudissements de la jeunesse des écoles. Ainsi, la science catholique pouvait opposer de dignes représentants aux écoles juives et musulmanes de l'Espagne et de l'Orient , qui voyaient alors fleurir les fameux docteurs Salomon Raschi de Troyes, Aben-Ezra de Tolède, surnommé le Sage, le Grand, l'Admirable ; Moïse Maimonide, et enfin Averroès, le seul grand plûlosophe de l'Islamisme.

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