‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 16 sur 324 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

<k tourments ; quelques-uns se tuèrent de désespoir; d'autres se firent baptiser pour échapper à la mort. Les haines nationales, exaltées par ces vengeances, se portèrent souvent à des excès, qu'avec nos mœurs actuelles nous ne pouvons que condamner. Elles persistèrent pendant toute la durée du moyen âge. On a encore trouvé là une occasion d'incriminer l'Eglise, comme si elle eût excité l'indignation populaire contre les Juifs, et que tout le sang versé, dans ces circonstances déplorables, dût lui être imputé. L'histoire, qui n'est que le témoin de la vérité, ne peut s'associer à ces reproches calomnieux. Elle constate seulement le courant des idées générales, qui poussait la chrétienté tout entière à des violences contre les Juifs, race déicide et marquée comme d'un sceau réprobateur. La scission profonde qui existait entre les habitudes des peuples chrétiens et celles de cette nation odieuse, la réputation bien établie qu'avaient les Juifs de s'enrichir par des moyens u sur aires, de traiter tous les royaumes de l'univers comme leurs pères avaient traité les Egyptiens , et de les dépouiller de leurs richesses, entretinrent ces préjugés, qui éclatèrent parfois d'une manière terrible. Mais c'étaient là des faits qui se rattachaient au caractère général d'une époque : on ne saurait les attribuer à l'Eglise en particulier, pas plus qu'à aucune autre institution alors existante. Chaque siècle, chaque phase de la civilisation a son lot de bonnes et de mauvaises actions qui lui est propre. L'Eglise faisait infiltrer goutte à goutte, au cœur des sociétés nouvelles, des principes de douceur et de bienveillance universelles. Mais elle eut longtemps à combattre, pour atteindre au but de cette noble mission. Et si notre siècle, qui est encore loin de la perfection, même en ce genre, croit devoir se glorifier d'avoir fait quelques progrès sur ses pères, c'est aux efforts incessants de l'Eglise qu'il en est redevable.

22. Peu après la ruine du saint sépulcre, le pape SergiusIY eut la douleur d'apprendre que les pirates danois, en Angleterre, avaient pris d'assaut la ville de Cantorbéry, sans épargner les femmes ni les enfants. C'était saint Elphége qui occupait alors ce grand siège. Formé, dans sa jeunesse, aux austérités monastiques, puis abbé du monastère de Bath, qu'il avait fondé, il porta sur la chaire épiscopale tout son goût pour l'abnégation et

22 sERGit» nr (1009-1012).

la pénitence. Dans les plus grands froids de l'hiver, il se levait au milieu de la nuit, et allait prier en plein air, pieds nus, et le reste du corps couvert seulement d'une légère tunique. Sa charité était si vigilante et si libérale, qu'il parvint, par ses seuls efforts, à abolir entièrement la mendicité dans son diocèse. Quand les Danois vainqueurs entrèrent à Cantorbéry, saint Elphégc s'échappa des mains de ses moines qui voulaient le retenir dans l'église, et, se jetant entre les mourants et les meurtriers, il s'écriait : « Epargnez ces faibles et innocentes victimes, qu'il » vous est honteux d'immoler sans cause. Tournez votre colère • contre moi , qui ai retiré tant de captifs de vos mains , et qui » vous ai si souvent reproché vos forfaits. » Ces barbares sfr jetèrent sur lui, le chargèrent de coups de pied et de poing, lui déchirèrent le visage de leurs ongles , et lui serrèrent la gorge pour l'empêcher de leur parler davantage. Ils le renfermèrent ensuite dans une étroite prison , et l'y tinrent sept mois. Daus cet intervalle, une maladie épidémique décima leur armée. Ceux des chrétiens qui avaient quelque accès près des Danois leur firent comprendre que ce tléau était une punition divine. Les Barbares vinrent demander grâce à l'archevêque, et le mirent en liberté. Saint Elphége n'en jouit pas longtemps. Les Danois voulurent le contraindre de leur livrer les sommes d'argent dont sa charité disposait en faveur des malheureux. Il refusa, et fut remis en prison après avoir subi d'affreuses tortures. Les Danois revinrent à la charge, et lui demandèrent de leur abandonner enfin ses trésors. Comme il leur peignait les terribles jugements de Dieu, et les affreux égarements où les engageait le culte des idoles, ils se jetèrent sur lui , l'accablèrent de plaies et le laissèrent demi— mort sur la place. Enfin l'un de ces Danois, qu'il avait baptisé la veille, par une compassion digne d'un pareil chrétien, et pour l'empêcher de languir davantage , lui déchargea sur la tête un coup de hache dont il expira (19 avril 1012). Les Danois, qui marquaient ainsi, par des représailles sanglantes, leur passage en Angleterre, avaient été provoqués par les cruautés d'Ethelred à leur égard. L'an 1002 , ce prince fit massacrer tous les Danois qui se trouvaient en Angleterre. Le même jour, à la même heure,, dans toutes les provinces, les victimes, surprises à l'improviste,

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