CHAPITRE PREMIER
forent égorgées par la populace, avec leurs femmes et leurs enfants. L'horreur du meurtre fut , en plusieurs lieux , aggravée par tous les outrages et toute la barbarie tjue peut inspirer la haine nationale. Ces exécutions en masse laissèrent, pour de longues années, des germes de vengeance dans l'esprit des peuples. Les Danois firent expier dans la suite, à l'Angleterre, ce facile triomphe de la perfidie; et nous verrons, en 1017, Canut-le-Grand , leur roi, imposer son joug à tous les habitants de la Grande-Bretagne.
23. Le court pontificat de Sergius IV s'était terminé, le 1 3 juillet 1012. La mort de ce pape fut le signal de nouveaux troubles dans l'Eglise romaine.
g S. Pontificat de Benoit ¥111 (£0 juillet 1012-10 juillet 1024).
U. Le comte de Tusculum, par un funeste abus de pouvoir, qui durait depuis la mort de Sylvestre If, se maintenait en possession d'imposer son suffrage et de le faire prévaloir dans les élections des souverains Pontifes. Les formes régulières s'observaient cependant encore; mais cette influence étrangère avait trouvé moyen de s'introduire, en dépit de toutes les règles canoniques. A la mort de Sergius IV, le comte de Tusculum fit élire son propre fils, sous le nom de Benoît VIII (20 juillet 1012). Une faction opposée couronna de son côté un antipape , nommé Grégoire, qui réunit assez de partisans pour crue le Pape légitime se vit obligé de quitter Rome, où son séjour n'eût pas été sans danger. Il se réfugia à Polden , en Saxe , où saint Henri II célébrait les fêtes de Noël. Le souverain Pontife se présenta devant le roi de Germanie, dans tout l'appareil de sa dignité, et fit un touchant récit des outrages auxquels il avait élé en butte de la part des sujets rebelles. Saint Henri promit sa protection au représentant de Jésus-Christ; et il serait parti immédiatement pour Rome , mais il fut retenu quelque temps par la nécessité de terminer une effroyable révolte des Slaves, qui venaient de secouer à la fois le joug de l'empire et celui de l'Eglise, et qui couvraient la Saxe de sang et de ruines. Traités avec une rigueur intempestive par le duc saxon Bernard et le marquis Théodoric, leurs suzerains, ces peuples retrouvèrent, avec la soif de la vengeance,
2J benoIt vm (1012-1021).
tous leurs instincts sauvages. Dans les premiers transports de leur fureur ils parcoururent, le fer et le feu à la main , tous les pays au nord de l'Elbe, incendiant les églises et passant la charrue sur leurs fondements; faisant périr, par les plus horribles supplices, les prêtres et les moines; ne laissant, enfin, audelà du fleuve, aucun vestige du Christianisme. La population de Hambourg fut tout entière massacrée ou emmenée en esclavage. A Altembourg, ville de Saxe la plus peuplée de fidèles, les Slaves réunirent tous les chrétiens, comme pour une immense boucherie, et les égorgèrent en masse, à l'exception de soixante ecclésiastiques, qu'ils tinrent en réserve pour en faire le jouet d'une cruauté inouïe. Ils leur coupèrent en croix la peau de la tête, leur ouvrirent le crâne, en sorte qu'on voyait à nu la cervelle ; puis, les mains liées derrière le dos, ils les promenèrent par tous leurs cantons, ne cessant de les frapper jusqu'à ce qu'ils eussent rendu le dernier soupir. La mort de saint Libentius, archevêque de Hambourg, survenue, sur ces entrefaites, ne fit que compliquer l'état des choses, en privant les Eglises désolées d'un prélat dont la modération et la sagesse étaient d'aulant plus nécessaires que la situation était plus déplorable. Benoît VIII, de concert avec saint Henri II, éleva sur ce siège métropolitain un pasteur capable de recueillir cet héritage dévasté. C'était Unvan, précédemment chapelain de saint Libentius. Son affabilité, sa bienfaisance lui avaient conquis l'estime et l'affection générales. Henri II pourvut ensuite, par des mesures efficaces, au rétablissement de la paix. Ses armes victorieuses arrêtèrent enfin les ravages des Slaves; et, tranquille de ce côté, il put prendre, en compagnie du Pape, la route d'Italie.
25. Son arrivée suffit pour faire rentrer les factieux dans le devoir. Benoît VIII revint à Rome , où ses sujets fidèles , débarrassés du joug que l'antipape avait fait peser sur eux, l'accueillirent avec des transports de joie. Saint Henri II s'y rendit lui-même, et fit son entrée triomphale le 14 février 1014. Le souverain Pontife méditait de rétablir, en faveur du saint roi, la dignité impériale, vacante depuis la mort d'Othon III (1).
(1) i fiissius soutient que, sur la demande d'Othon 111, qui se voyait dans l'im*