CHAPITRE PREMIER
Henri II se rendit à l'église de Saint-Pierre. Il marchait, la couronne royale en tète , accompagné de la reine sainte Cunégonde, son épouse, et entouré de douze sénateurs. Le Pape l'attendait sur les degrés de la basilique. Avant de l'y introduire, il loi demanda s'il voulait être le protecteur du Saint-Siège , et se montrer fidèle en toutes choses aux vicaires de Jésus-Christ. Henri le jura : il déposa son diadème royal sur l'autel des saints Apôtres. Benoît VIII le sacra et le couronna empereur. Il lui remit ensuite un globe d'or, surmonté d'une croix de même matière , et orné d'un double contour de pierreries. C'était un emblème qui représentait l'accord de l'empire avec la religion. L'empereur, entrant dans ces vues, dit, en recevant ce symbole précieux : « Vous voulez m'apprendre , saint Père , comment je » dois user de la nouvelle autorité qui m'est conférée. Mais cette
* croix surmontant le globe du monde ne convient parfaitement
* qu'à ceux qui ont foulé aux pieds les pompes du monde, pour
* porter la croix de Jésus-Christ. » Le moine Glaber, qui nous a transmis ces détails , ajoute , en terminant son récit : « Il parait » très raisonnable et très justement établi , afin de maintenir la » paix, qu'aucun prince ne prenne le titre d'empereur, sinon » celui que le Pape aura choisi pour son mérite et à qui il apra » donné la marque de cette dignité. » Le nouvel empereur confirma à l'Eglise romaine tous les droits concédés par Charlemagne et par les Othons. En même temps, il déclara que l'élection du Pontife serait faite librement par le clergé et le peuple
possibilité d'avoir un successeur de son sang, Grégoire V, en 996, régla, dans un concile dont les actes ne sont point arrivés jusqu'à nous, de quelle manière l'empereur serait élu à l'avenir. Sans entrer dans le détail des autorités qu'il apporte a l'appui de son opinion, il est certain que le titre d'empereur, transmis successivement d'Olhon Ier à son tils et à son petit- fils , sans difficulté, en vertu de la concession (réelle ou supposée) de Léon VIII, n'a plus été accordé qu'au prince élu et sacré ou confirmé par le Pape. Immédiatement après Othon III , saint Henri fat élu roi de Germanie, en 1002, mais il n'eut le titre et les insignes d'empeleur qu'en 1014 , après son sacre par le Pape. 11 en sera de même de Conrad , son successeur. C'est là l'origine du titre de saint-empire donné à l'empire d'Allemagne. Les exceptions qui pourront se présenter dans la suite ne prouveroot point contre la règle. • (Note de M. l'abbé Pelier de la Croix, édition de terault-Bercastel, t. v, p. 191.)
26 benoît vm (1012-1024).
romain, pourvu qu'aux termes des décrets d'Eugène IV et de Léon IV, la consécration ait lieu devant les députés impériaux. On ôta désonnais au peuple le droit d'intervenir dans l'élection, pour la réserver au clergé seul. Ces stipulations, en faveur de la liberté des élections pontificales, n'avaient de force et d'eilicacité qu'autant que les empereurs se trouvaient sur les lieux pour les faire respecter : car malheureusement , dans ces siècles désastreux , une foule de tyrans subalternes se disputaient le pouvoir à Rome, et prétendaient, par la force, y faire prévaloir leur volonté.
26. Une question liturgique fut alors agitée entre le Pape et saint Henri II. On se souvient qu'à propos de la discussion du Ftlioçue, nous avons fait la remarque que l'usage de chanter le Symbole, à la messe, ne s'était point encore introduit dans l'Eglise romaine. L'empereur était accoutumé à ce chant, qui était passé, des Eglises de Gaule et d'Espagne, à celles de Germanie. Il demanda au Pape pourquoi Rome n'adoptait pas cette pratique, « L'Eglise de Rome, lui répondit Benoît VIII, n'étant » jamais tombée dans aucune hérésie, n'a pas besoin de déclarer » sa foi par cette confession solennelle. » Cependant le souverain Pontife, après avoir mûrement examiné la question, et pour cimenter, par un monument durable, la paix avec l'Eglise grecque, ordonna qu'à l'avenir le Symbole de Constantinople serait chanté à Rome. Le cardinal Lambertini remarque, à ce propos, qu'il y a quatre Symboles en usage dans l'Eglise catholique : 1° celui des Apôtres; 2° celui de Nicée, rédigé en 325; 3* celui de Constantinople (381); 4° enfin le Symbole Quicumçue, connu sous le nom de saint Athanase, et qui se récite à prime. Baro— nius soutient l'authenticité de ce Symbole, rejetée par Noèl Alexandre, Tillemont, Muratori, Papebrock, Mabillon, qui prétendent, avec quelque fondement, que si saint Athanase en était l'auteur, il n'y eût pas omis le terme de consubstanticl, ce témoignage victorieux de la foi catholique , et foudroyant contre l'erreur des Ariens. On ne connut pas ce Symbole avant le vi* siècle ; Théodulfe d'Orléans est le premier qui l'attribua à saint Athanase.
27. Après son couronnement , l'empereur repartit pour l'Allemagne et prit sa route par la France , où il voulait visiter saint