CHAPITRE PREMIER
OdiJon , abbé de Cluny. Saint Henri denna à ce monastère le globe d'or qu'il venait de recevoir du Pape, ses habits impériaux, sa couronne , son sceptre et un crucifix d'or massif. H ajouta à ces présents des terres considérables situées en Allemagne , et demanda, comme une précieuse faveur, d'être associé à cette sainte communauté. L'empereur était accompagné, dans son voyage, de saint Meinwerc, dont il avait su discerner la vertu modeste parmi la foule des seigneurs de sa cour, et qu'il avait élevé sur le siège épiscopal de Paderborn. Meinwerc, parent du dernier empereur, et jouissant d'une fortune proportionnée à sa haute naissance, employa son crédit et ses richesses a doter son diocèse d'établissements pieux et utiles. Il rebâtit sa cathédrale, précédemment ruinée par les Barbares, et fonda à Paderborn une école où l'on enseignait, outre les arts libéraux proprement dits, la poésie, l'histoire, l'art d'écrire, si précieux alors pour la reproduction des manuscrits, et même la peinture. Cette école devint en peu de temps l'une des plus florissantes de ce siècle. Meinwerc voulut ajouter à ces institutions, comme un corollaire indispensable, celle d'un monastère de Tordre de Cluny. 11 obtint de saint Odilon des religieux de Cluny pour fonder ce monastère dans son diocèse.
28. Saint Henri II encourageait les efforts de saint Meinwerc pour établir la discipline monastique. Ce prince s'était mis en relations fréquentes avec le bienheureux Richard, abbé de Saint- Vannes de Verdun, l'un des plus saints religieux de son temps. L'amour de la solitude s'empara du cœur de ce souverain. Un jour, comme il visitait le cloître de Saint- Vannes , il s'écria : « C'est ici le lieu de mon repos, voilà la demeure que j'ai » choisie! » Et il demanda sur-le-champ au bienheureux Richard de le recevoir parmi les moines de son abbaye. Richard comprit que la vocation de Henri II n'était pas celle d'un pauvre et modeste religieux : il trouva cet expédient pour satisfaire la piété du prince sans nuire à l'Etat. Il assembla sa communauté, et pria l'empereur de s'expliquer devant tous les religieux. Henri protesta qu'il avait résolu de quitter les vanités du siècle, et de se consacrer au service de Dieu dans le monastère où il se trouvait. « Voulez-vous, dit l'abbé, pratiquer l'obéissance jusqu'à la
•ogle
28 benoît vm (1012-1024).
y> mort, suivant la règle et l'exemple de Jésus-Christ? — Je le » veux, répondit Henri. — Et moi, dit l'abbé, dès ce moment je » vous reçois au nombre de mes religieux : j'accepte la respon— » sabilité du salut de votre âme, si, de votre côté, vous promettez » de suivre, en vue du Seigneur, tout ce que je vous ordonnerai. » — Je jure de vous obéir ponctuellement en tout ce que vous » me commanderez. — Je veux donc, reprit Richard, et je vous » ordonne, en vertu de la sainte obéissance, de reprendre le gou- » vernement de l'empire , confié à vos soins par la Providence )) divine. Je veux que vous procuriez, autant qu'il dépendra de » vous , le salut de vos sujets , par votre vigilance et votre fer— » meté à rendre la justice. » En entendant ces paroles, l'empereur étonné regretta, sans doute , de ne pouvoir secouer le joug qui pesait sur ses épaules; il se soumit pourtant, et continua de faire briller , sur le trône , les vertus qu'il eût voulu ensevelir dans la solitude. Nous croyons que l'antiquité offre peu de scènes d'une majesté plus imposante et d'une plus auguste simplicité,
29. L'Italie reconnut bientôt le besoin qu'avait l'empire d'un chef tel que saint Henri. Les Sarrasins, profitant de l'éloignement de ce prince, fondirent par mer sur la Toscane et s'emparèrent d'une étendue considérable de pays (1016). Le pape Benoît VIII montra dans celte circonstance un courage héroïque. La situation avait besoin d'un chef habile et déterminé. Il fut ce chef; et la chrétienté dut encore une fois son salut au souverain Pontife. Il déploya une activité inouïe , réunit à la hâte tout ce que l'Italie pouvait fournir de soldats dans cette cause sacrée, et les mena lui-même à l'ennemi. En même temps, il envoyait par mer une multitude innombrable de barques pour couper aux Sarrasins le chemin du retour. L'émir, ayant deviné le but de ces dispositions si sagement concertées, craignit de tomber aux mains de l'armée pontificale et s'enfuit avec une faible escorte, laissant ses soldats privés de direction et de commandement. La déroute fut complète, et ils périrent presque tous victimes de la lâcheté de l'émir (1). Après cette brillante victoire, Benoît VIII rentra
(1) On raconte que l'émir des Sarrasins, irrité de sa défaite, envoya au Tape un énorme sac de châtaignes, en lui faisant dire que, Tété suivant, il amènerait