Nous avons suffisamment indiqué, au point de vue rcli
gieux, les admirables résultats des croisades. Il nous paraît important de réunir ici les principaux avantages qu'elles produisirent sur la société européenne en général. Leur influence immédiate sauva le monde chrétien de l'invasion des Turcs, et apprit aux enfants du Prophète ce qu'ils avaient à craindre des soldats de Jésus-Christ. Elles accrurent la puissance spirituelle et temporelle des Papes, en faisant rentrer sous leur suprématie les patriarchats de Jérusalem et d' Antioche , et en resserrant les liens de la hiérarchie presque détruits par le schisme d'Orient. Ces expéditions lointaines firent diversion aux entreprises des empereurs et des princes chrétiens contre le pouvoir temporel du Saint-Siège. Directeurs suprêmes des guerres d'outre-mer, les souverains Pontifes se trouvèrent placés à la tête de la confédération chrétienne; les croisades donnèrent de plus naissance à des principautés nouvelles dont les Papes devinrent les suzerains. L'influence politique des croisades s'exerça : 1° Sur les princes, qui y trouvèrent le moyen d'agrandir leurs domaines et de fortifier leur autorité ; 2* Sur la noblesse. Les ordres de chevalerie, établis en Orient, réfléchirent leur éclat sur l'Europe et furent imités dans tous les Etats chrétiens. Les tournois charmèrent l'Occident par la représentation des exploits de la guerre sainte; et les chevaliers d'outre-mer vinrent étaler dans les cours plénières les magnificences de l'Orient; les armoiries devinrent nécessaires, et les noms de famille prirent naissance. 3° Sur le peuple. Les croisades favorisèrent, plus que tout autre cause, les affranchissements, l'établissement des communes, et, par suite, la formation d'un tiers-état. 4° Sur le commerce et l'industrie. L'art nautique fit des progrès importants, dus à la fréquence des voyages, aux profits qu'on en retirait et aux pratiques empruntées des pilotes levantins. En ouvrant une carrière plus vaste aux spéculations et en facilitant les échanges, la navigation fit participer le commerce aux avantages qu'elle retirait elle-même des expéditions d'outre-mer. Des produits de l'art et de la nature, jusque-là inconnus, y apportèrent de nouvelles jouissances et quelquefois de nouvelles industries. Les villes maritimes, qui s'emparèrent du commerce de l'Orient, attirèrent à elles la plus grande partie du numéraire de l'Europe, et qoel-