‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 213 sur 324 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

ques-unes devinrent de puissantes républiques. De là la prospérité de Venise, de Gênes et de Pise, de Marseille et de Barcelone. De là , par une action moins immédiate , la richesse et l'activité des villes flamandes, qui furent tout à la fois marchandes et manufacturières, et servirent d'entrepôt entre le Nord et le Midi, entre les ports de la Méditerranée et les villes de laHanse-Tcutonique. L'agriculture, cette industrie des campagnes, s'enrichit de quelques cultures nouvelles. Le mûrier, le blé de Turquie, la canne à sucre, etc., furent apportés en Europe pour servir un jour à la nourriture du pauvre ou aux besoins du riche. Les croisades avancèrent la civilisation générale par les relations nouvelles des peuples entre eux et l'échange mutuel des connaissances usuelles. Les idées d'honneur et de courtoisie passèrent, de la chevalerie, dans les mœurs publiques, et anoblirent, en quelque sorte , la classe des affranchis qui devait en grande partie aux croisades sa richesse et sa liberté. De nouvelles et grandes inspirations s'offrirent au génie poétique , qui n'en tira toutefois qu'un médiocre avantage. Mais le talent se vit en honneur, et les grands , non contents d'encourager l'art des vers , qui célébrait leurs exploits, le cultivèrent eux-mêmes. Un caractère particulier fut imprimé à la poésie, et il en résulta les romans de chevalerie et les chants des troubadours. Par la culture dont elles devinrent l'objet, les langues vulgaires commencèrent a sortir de la barbarie. Les fréquentes expéditions en Syrie, les relations diplomatiques qu'elles firent naître avec les Mongols, et les voies inconnues qu'elles ouvt irent au commerce , donnèrent sur l'Orient et même sur l'intérieur de l'Asie, des notions plus exactes. Avec la géographie , l'histoire orientale s'éclaira de quelque lumière. La médecine emprunta aux Arabes le traitement des maladies et la connaissance des simples. Les mathématiques, la mécanique, s'inspirèrent des procédés orientaux. Les croisades eurent ainsi, sous des rapports divers, une heureuse influence sur la société européenne.

8. Les expéditions militaires, dirigées contre les Albigeois, eurent elles-mêmes un but aussi louable et des résultats non moins avantageux. Le caractère de leur hérésie était la négation

mémo du principe sur lequel reposait alors la société. L'insubordination, le mépris de tout pouvoir, la destruction de la hiérarchie ecclésiastique , étaient la conséquence de leurs dogmes impies, qui ébranlaient toutes les relations sociales et ouvraient la carrière à la plus honteuse immoralité. Les gouvernements s'unirent au chef de l'Eglise pour réprimer leurs excès. A la grandeur et à la durée de la lutte on put juger de l'étendue et de la profondeur du mal. Les principes des Albigeois ne tendaient pas seulement au renversement de la foi, ils ébranlaient tous les pouvoirs et menaçaient tous les trônes. Semblables aux modernes socialistes, ils promenaient la torche incendiaire sur tout ce que les peuples étaient habitués à respecter et à chérir. Quand les monastères dévastés, quand les églises ruinées, quand les villes détruites et pillées attestaient par leurs débris fumants la rage de ces fanatiques sectaires, un cri d'indignation s'échappait de toutes les poitrines ; et l'on voudrait que la société chrétienne du xii* siècle fût restée tranquille spectatrice de ces horreurs! Ce n'étaient pas seulement les Papes et les évéques qui réclamaient contre de tels excès : les princes, les souverains de cette époque étaient unanimes à en demander la répression. Quand Frédéric II, cet empereur si hostile à la Papauté, rédigeait une législation pour la Sicile, il édictait des peines terribles contre lès sectaires. Le comte de Toulouse lui-même, lorsqu'il eut enfin ouvert les yeux à la vérité, se plaignit en pleurant que les Albigeois, pour lesquels cependant il avait si souvent combattu, dévastaient ses provinces et ruinaient ses vassaux. Accablé de chagrin et de vieillesse, il parut au chapitre général de l'ordre de Citeaux , pour y faire entendre ses énergiques mais trop tardives réclamations, a Mes cheveux blancs, disait-il, sont ou- » tragés. Le torrent de la corruption entraîne les peuples; on i> se rit de mes vaines ordonnances, on foule aux pieds les lois » de l'Eglise , il ne nous reste plus d'espoir que dans les armes. » J'en appellerai contre les hérétiques au roi de France, et je » verserai pour cette cause jusqu'à la dernière goutte de mon » sang. Trop heureux si je réussis à étouffer une secte aussi ter » doutable! » L'Eglise, en organisant une croisade contre ces dangereux ennemis, sauvegardait l'unité européenne, étouffait

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