CHAPITRE PREMÏER
naux, auteurs de la sédition, accompagnés de leurs proches et de leurs amis, les pieds nus, la corde au cou , en habits de deuil, vinrent à Rieti se prosterner aux pieds de Boni face VIII, qui les reçut sur son trône , la tiare en tête , et au milieu de toutes les magnificences de la Papauté. D traita les vaincus avec bienveillance; mais il mit des restrictions au traité de paix. Les deux cardinaux restèrent privés de la pourpre ; Palestrina , qui avait servi de foyer à la révolte, fut anéantie, et remplacée par une autre ville qui prit le nom de Citta papale. Ces actes de rigoureuse justice furent taxés de trahison par les coupables; les Colonna eu appelèrent une seconde fois aux armes ; ils furent de nouveau abattus par l'énergie du souverain Pontife. Leurs palais furent détruits et leurs biens confisqués. Ils s'enfuirent euxmêmes en France , en Sicile et en Allemagne , pour se dérober aux foudres pontificales (1299).
5. L'année suivante inaugurait le xrv* siècle. Une tradition populaire, dont les titres ne se trouvent écrits nulle part, prétendait, qu'au renouvellement de chaque siècle, des indulgences spéciales étaient accordées aux pèlerins qui visitaient, à Rome, le tombeau des Apôtres. Au 1" janvier de l'an 1 300, un concours inouï de fidèles se rendit à l'église de Saint-Pierre pour gagner les indulgences. Afin de régulariser, pour l'avenir, cette pieuse dévotion , Boniface VIII publia la bulle célèbre qui instituait le Jubilé séculaire. « Par l'autorité des saints Apôtres, au nom du » Dieu tout-puissant, et dans la plénitude de notre autorité sud prème, disait le Pape , nous accordons à tous les fidèles vrai- » ment pénitents et confessés, qui visiteront la basilique de » Saint- Pierre dans le cours de cette présente année, et à l'a- » venir dans chaque centième année, la rémission pleine et en- » tière de leurs fautes. » Ce décret excita , dans toute l'Europe chrétienne, un enthousiasme universel. La Sicile, la Sardaigne, la Corse , la France , l'Espagne , l'Angleterre , l'Allemagne et la Hongrie, envoyèrent à Rome des multitudes innombrables de pèlerins; « mais la plus grande merveille, dit le Florentin Vil- » lani, fut que, pendant toute l'année, les 200,000 étrangers qui » se trouvèrent constamment à Rome, furent pourvus abondam- » ment de vivres. > Telle est l'origine du Jubilé séculaire, réduit
421 boniface vin (1294-1303).
plus tard à cinquante et ensuite à vingt-cinq années. Quel contraste la foi et la dévotion universelles des peuples chrétiens à la fin du xme siècle ne forment-elles pas avec l'irréligieuse indifférence du nôtre !
6. Cependant deux graves questions préoccupaient Boniface "VIII et réclamaient toute sa sollicitude. A la mort de Rodolphe de Habsbourg (1291), son fils Albert, duc d'Autriche, prétendant succéder sans conteste à l'héritage paternel, se revêtit des ornements royaux (1). Mais ce prince s'était déjà fait de nombreux ennemis par la violence et la dureté de son caractère. Les électeurs donnèrent donc la préférence au comte Adolphe de Nassau, qui fut proclamé roi des Romains, et couronné à Aix-la-Chapelle (1292). Les exactions du nouvel élu, la rigueur intempestive de son gouvernement, ne tardèrent pas à lui aliéner tous les esprits en Allemagne; et, en 12î>8, trois des électeurs impériaux , l'archevêque de Mayence , le duc de Saxe et le margrave de Brandebourg, déclarèrent Adolphe de Nassau déchu du trône, et déférèrent solennellement la couronne à Albert d'Autriche, dont l'élection fut confirmée, Tannée suivante, par la diète générale de Francfort. Les deux rivaux en appelèrent au Pape de leurs prétentions respectives ; mais sans attendre la décision, ils en vinrent aux armes. La rencontre eut lieu à Gelhem, près de Spire, et Adolphe de Nassau, attiré dans un piège, tut traîtreusement mis à mort par son rival. Cet événement modifiait gravement la question soumise à Boniface VIII. La honteuse victoire d'Albert d'Autriche, obtenue contre toutes les règles de la chevalerie , dans un lâche guet-apens , avait soulevé contre lui l'indignation de l'Europe ; Boniface VIII excommunia le meurtrier (1301). Effrayé de cette rigueur, Albert songea a faire sa paix avec le Saint-Siège; il envoya des ambassadeurs a Rome, non pour implorer le jugement du Pape, mais p . confier en sa miséricorde. Il promit toutes les réparations qu oft pourrait exiger de lui. Les lettres patentes, données à ses de-
(1) Le droit impérial n'était conféré, suivant la législation du Saint-Empire» qu'après le sacre tait par le Pape ou ses délégués. Rodolphe de Habsbourg n'a^1 jamais voulu procéder à la cérémonie de son couronnement à Rome: don0 toute sa vie, son litre officiel fut celui de roi des Romains.