CHAPITRE PREMIER
putés, portaient en substance : «c Je reconnais que l'Empire ro- » main, fondé par le Saint-Siège pour la défense des droits de » l'Eglise , ne saurait être conféré que par le souverain Pontife : »je promets de n'employer l'autorité impériale, si elle m'est » confiée, que pour l'honneur de la religion et l'exaltation de la » sainte Eglise. Je confirme toutes les donations faites par Ro- » dolphe , mon père , et par les empereurs qui l'ont précédé. Je » jure de défendre les droits du Saint-Siège, contre tous ses en- » nemis , quels qu'ils soient , et de ne faire jamais avec eux ni » alliance, ni Irève. » Boniface VIO se laissa fléchir, et, en 1303, il publia une bulle par laquelle il confirmait l'élection d'Albert d'Autriche. « En vertu de la plénitude de notre autorité aposto- » lique, disait le Pape, nous vous choisissons pour roi des Ro- » mains et pour fils de la sainte Eglise romaine. Nous ordonnons » à tous les sujets du Saint-Empire de vous rendre obéissance en » cette qualité , et nous vous absolvons, par ces présentes, de » tout ce que votre élection et votre administration ont pu avoir » de défectueux. » Les historiens du gallicanisme ont très peu appuyé sur ce document remarquable, dont. la teneur serait complètement inexplicable, si l'on n'admettait le principe, dont nous avons si souvent parlé, du droit public, qui investissait les Papes, au moyen âge, d'une suprématie incontestée en matière politique.
7. La première et la plus violente protestation contre ce principe devait partir de la France. Lorsque Boniface VIII monta sur le Saint-Siège, neuf ans s'étaient écoulés depuis l'avènement de Philippe IV, dit le Bel. Investi de l'autorité suprême à un Age où l'on ne connaît encore que l'obéissance, ce jeune roi gouvernait, néanmoins, ses Etats avec une supériorité que ses adversaires n'ont jamais cherché à lui contester. Personne n'eut, à un plus haut degré que lui, la fierté du pouvoir; personne ne s'en montra plus jaloux ; personne n'imposa ses volontés d'un ton plus ferme et plus résolu. Mais sa magnanimité dégénérait en hauteur, son courage en témérité. La force de sa volonté se changeait souvent en une obstination d'autant plus inflexible , qu'il croyait son honneur intéressé à faire prévaloir jusqu'à ses erreurs. Du reste, irritable à l'excès, implacable dans ses colères,
426 boniface vin (1294-1303).
n'oubliant jamais une injure, et n'estimant le dévouement qu'à l'égal du devoir. Ses entreprises, dont il ne calcula pas toujours la portée, le jetèrent, plus d'une fois, dans des embarras pécuniaires, qui le rendirent injuste envers ses peuples, et qui le forcèrent à l'acte le plus indigne d'un roi, à altérer la monnaie, et à jeter par là le trouble et la confusion dans toutes les fortunes. Les démêlés qui éclatèrent entre Boniface VIII et Philippe-le-Bel ne furent point l'explosion prévue d'un secret antagonisme : ils naquirent spontanément de circonstances étrangères à tous les calculs. Philippe-le-Bel et Edouard Ier, roi d'Angleterre, se faisaient une guerre acharnée. En 12931e roi de France avait fait citer Edouard devant la cour des pairs pour y répondre aux griefs qui lui étaient imputés. Le prince anglais ne comparut pas , comme on devait s'y attendre , et la cour prononça la confiscation de la Guienne, au profit du roi de France. L'Europe entière prit parti dans cette grande querelle. Edouard avait vu se ranger sous ses drapeaux Adolphe de Nas- • sau, le duc de Brabant, Amédée V, surnommé le Grand, duc de Savoie, et Jean II, comte de Bretagne. Philippe-le-Bel eut pour alliés Bailleul, roi d'Ecosse ; Albert d'Autriche, concurrent d'Adolphe de Nassau au trône impérial; le dauphin Viennois, ennemi d' Amédée V; enfin Eric II, roi de Norwége. Ce fat alors que Boniface VIII, alarmé de cette conflagration générale, crut devoir intervenir; mais sa médiation fut rejetée, et la guerre continua avec plus de violence que jamais. Il ne restait plus au Pape qu'à pourvoir, par des moyens énergiques, ao salut de l'Eglise et des peuples, dont les droits les plus chers étaient méconnus par l'ambition des souverains. Il cita les deux rois à comparaître devant son tribunal, pour y répondre de leurs exactions et de leurs injustices, et le 18 août 1296 il lançai* bulle Clericis laïcos , par laquelle il interdisait , sous peine des censures , à tout membre du clergé , de payer quelque subside que ce fût, sans la permission expresse du Samt-Siége , menaçant d'excommunication les princes, ducs, barons et ministre5 qui les exigeraient, et jetait l'interdit sur les villes et les communautés qui consentiraient à cette exaction.