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fut reconnue et respectée par toute la terre. On écoutait saint Pierre, même dans son indigne successeur. Il est aussi bien digne de remarque que, sous des Pontifes vicieux ou simoniaques, l'Eglise a joui d'une tranquillité qu'elle n'eut point sous les Pontifes les plus sages, tant il est vrai que le Seigneur ne perd jamais de vue le vaisseau de son Eglise! S'il permet que des pilotes indignes soient placés quelquefois au gouvernail, il se charge alors lui-même de le diriger.
19. Benoit IX donna successivement le pallium à trois archevêques de Hambourg : Hermann, Bézelin et Adalbert. L'Allemagne fournissait, au milieu des désordres de cette époque, une série de vertueux prélats et de pieux moines. Saint Bardon, archevêque de Mayence, illustrait son siège par sa science et sa piété. Saint Poppon, abbé de Stavelo, au diocèse de Liège, et plus tard du monastère de Saint- Vaast, en Flandre, rappelait les beaux temps des saint Antoine et des saint Benoît. Saint Gérard , évêque de Chonad, en Hongrie, renouvelait les exemples de fermeté et de courage de saint Ambroise. Un jour de Pâques ^1041), le tyran Aba, qui ensanglantait par ses cruautés le trône de Hongrie , se présenta à l'église, pour assister aux solennités religieuses. Saint Gérard monta à l'ambon, et s'adressant au prince : <t Le carême, lui dit-il, est institué pour procurer le » pardon aux pécheurs et la récompense aux justes. Vous l'avez j> profané par des meurtres. En m'enlevant mes enfants , vous » m'avez ôté le nom de père. Vous n'avez donc point le droit de •» prendre part en ce jour aux réjouissances des fidèles. Comme » je suis disposé à mourir pour Jésus-Christ, je n'hésite point à r> vous tenir un langage sévère. Sachez donc que, dans trois ans, 9 le glaive vengeur se lèvera contre vous, et vous perdrez, avec » la vie, le royaume que vous avez acquis par la fraude et la t> violence. » Le tyran, frémissant de rage, voulait faire massacrer le saint évêque; mais il craignit la vengeance du peuple. La prédiction de Gérard s'accomplit. En 1044, Aba eut la tête tranchée, et Pierre, successeur légitime du roi saint Etienne, remonta sur le trône de Hongrie. Mais les Hongrois, mécontents de l'alliance que Pierre avait contractée avec l'Allemagne, rappelèrent quelques seigneurs fugitifs, mirent à leur tête André, m. 4
50 benoît a (103.3-1044).
parent éloigné de saint Etienne, et organisèrent une révolte formidable. Etendant la haine du nom allemand au nom chrétien en général, ils massacrèrent les catholiques en masse et brûlèrent une infinité d'églises. Us prirent saint Gérard à Pesth, et l'assommèrent à coups de bâton, tandis qu'il répétait la prière du Sauveur : a Seigneur, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils » font » (1047). Cette réaction païenne en Hongrie ne fut point de longue durée. A peine le duc André fut-il affermi sur le trône , qu'il se hâta de prendre des mesures efficaces pour protéger la religion de Jésus-Christ, dont il faisait ouvertement profession. Depuis le règne de ce prince, la Hongrie demeura chrétienne et catholique.
20. Le feu de la discorde ne causa guère moins de désordres en Pologne, que la fureur idolâtre en Hongrie. A la mort de Micislas, dernier roi de Pologne (1034), son fils Casimir étant trop jeune pour gouverner, et la reine Rixa, sa mère, s'étant rendue généralement odieuse , il y eut sept ans d'anarchie , pendant lesquels chacun des seigneurs se livra au pillage et aux plus exécrables violences. Les biens des églises et des monastères ne furent point épargnés. Brétislas, duc de Bohême, profita de l'interrègne, pénétra dans le cœur de la Pologne., s'empara des villes les plus considérables, et entra à Gnésen, qui en était alors la capitale. Il dépouilla les églises de toutes leurs richesses, ornements, vases sacrés, chasses des saints, argent, fonds et revenus. Les évèques polonais portèrent leurs plaintes à Rome. Mais c'était Benoit IX qui occupait alors le Saint-Siège. Les cardinaux, qui avaient sa confiance, firent de belles promesses aux Polonais malheureux, et trouvèrent dans les présents des Bohémiens de bonnes raisons d'absoudre les coupables (1039). Lassés enfin de cette funeste anarchie, les Polonais résolurent de mettre sur le trône le fils de leur dernier roi. Une députation se rendit près du jeune prince Casimir, qui s'était fait moine à Cluny, sous la direction de l'abbé saint Odilon. a Nous venons, lui dirent les » envoyés, de la part des grands et de toute la noblesse de Po— » logne, vous conjurer de prendre en pitié le déplorable état de » ce royaume, et de mettre fin à l'excès de ses maux. » Casimir répondit qu'il ne s'appartenait plus à lui-même, qu'il dépendait