‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 6 sur 324 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

H le fît en des termes qui prouvaient l'élévation d'idées et de sentiments qu'il apportait au souverain pontificat. <c C'est au Siège » apostolique, dit-il, qu'il appartient de rétablir dans leurs n dignités ceux qui en ont été privés , afin de conserver à saint » Pierre la libre puissance de lier et de délier qui lui a été donnée » par Jésus-Christ, et pour que la splendeur de la gloire romaine » éclate en tons lieux. C'est pourquoi, vous, Arnulf, archevêque v de Reims, qui avez été autrefois atteint par une sentence de » déposition, nous croyons qu'il convient d'user, à votre égard » de miséricorde : et, comme votre déposition a été faite sans k > consentement de Rome, il faut montrer que Rome a le pouvoir » de réparer ce qui a été fait injustement; car telle est la suprême » autorité donnée à Pierre et à ses successeurs, qu'aucune gran- » deur humaine ne saurait lui être comparée. » Une nouvelle impulsion est donnée à l'Eglise. Sylvestre II écrit aux évêques du monde catholique une lettre pleine de force, d'humilité et d'onction, où il signale avec une rare habileté les vices du temps, et en sollicite la réforme , préludant ainsi aux efforts que devait continuer saint Grégoire VIL

5. Cependant l'an 1000 était venu, époque terrible et mystérieuse, où, sur une fausse interprétation de l'Apocalypse, toute la chrétienté croyait toucher à sa fin. Sylvestre II dut combattre ces terreurs populaires; mais la superstition était plus forte que les raisonnements et les exhortations. Dans la dernière année du xe siècle, affaires, intérêts matériels, tout, jusqu'aux travaux de la campagne, languissait abandonné. On léguait ses terres, ses châteaux aux églises, aux monastères, dontles dépouilles avaient enrichi tant de barons avides. Quand approcha le jour fatal, les populations remplirent les églises, les basiliques, les oratoires, les chapelles, attendant avec anxiété le dénouement de cette heure dernière. Elle passa comme les autres, et la fin du monde, dont Dieu seul connaît l'époque, ne sonna point encore. Le mouvement religieux , imprimé par la crainte dans l'esprit des peuples, se traduisit alors par une ardeur générale à reconstruire les églises et les édifices sacrés. Depuis l'invasion des Barbares, l'architecture chrétienne avait disparu, comme tous les autres arts , au milieu des révolutions qui bouleversaient la société

fi SYLVESTRE II (999-1003).

européenne. Des monuments d'un style nouveau, et surnommé gothique, parce qu'il avait été emprunté aux Goths d'Espagne, s'élevèrent à la fois dans toutes les principales cités du monde. « Le rot Robert, dit un chroniqueur, prit part avec zèle à ce » grand mouvement religieux; il fit commencer l'église de Notre- » Dame de Paris , sur les débris d'un temple païen , » et c'est de cette période que datent les progrès éclatants de l'art monumental du moyen âge. Le courant qui entraînait les esprits vers l'interprétation des prophéties donna naissance h deux hérésies diamétralement opposées. Un fanatique nommé Leu tard , du diocèse de Châlons, prenant acte de ce que le monde survivait au temps qu'on lui croyait définitivement fixé par l'Apocalypse, prétendit qu'il ne fallait croire qu'une partie de ce que les prophètes avaient écrit. Dans le même temps, un autre exalté, Vilgar, de Ravenne, enseignait au contraire qu'il faut croire tout ce qui a été dit par les poètes, et que leur inspiration a eu quelque chose de prophétique. Ces rêveries, jetées dans le monde, au moment où les espri fs étaient le plus vivement préoccupés des questions d'avenir, furent avidement saisies par la foule. Il v eut alors comme un débordement d'erreurs, qui fit croire à quelques-uns que le mot de l'Apocalypse était accompli : « Satan sera lâché après mille d ans. » De grandes calamités publiques, pestes, famines, intempéries des saisons, inondations des rivières, signalèrent la fin du x* siècle, et semblèrent marquer en effet une date d'un caractère fatal.

6. Les malheurs de Jérusalem et de la Palestine, livrées à toutes les horreurs de la persécution musulmane , attirèrent en ce moment l'attention de l'Europe chrétienne. Sylvestre II fut le premier pape qui comprit la nécessité d'armer la chrétienté, pour repousser ses plus mortels ennemis. La foi, réveillée dans tous les cœurs, était profondément blessée à la nouvelle des désastres de la Terre Sainte, et de l'humiliation qu'un joug impie et cruel faisait peser sur les lieux témoins de la Rédemption du monde. En dehors de l'intérêt religieux, si puissamment engagé dans cette lutte, la question d'humanité et de civilisation devait se débattre entre les soldats du Christ et les fils du Prophète. Sylvestre II, dans une lettre fameuse adressée par lui à

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