‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 98 sur 324 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

riade, de Joppé , tombaient successivement au pouvoir des croisés. Godcfroi de Bouillon avait fait admirer et aimer le nom chrétien, même parmi les infidèles. Plusieurs émirs, descendus des montagnes de Naplouse et de Samarie, vinrent un jour îe saluer et lui offrir des présents. Le roi de Jérusalem était assis sur la terre nue, sans appareil ni gardes. Les Musulmans en témoignèrent leur surprise. «Quoi donc! répondit le héros, la » terre d'où nous sommes sortis, et qui doit être notre demeure » après la mort, ne peut-elle pas nous servir de si^ge pendant » la vie? » Cette réponse, si orientale dans sa simplicité sublime, frappa vivement les émirs; ils ne quittèrent Godefroi qu'après avoir signé avec lui un traité d'alliance, et « dans Samarie, dit n> un écrivain arabe, on s'étonna qu'il y eût tant de sagesse parmi » Jes hommes de l'Occident. » Godefroi de Bouillon ne survécut qu'un an à la conquête de Jérusalem (1100). Il fut enseveli dans l'église du Saint-Sépulcre, au pied du Calvaire. Les cendres du héros chrétien allèrent ainsi se mêler à celles de Josué et de Gédéon, de David et de Judas Macchabée. Baudoin , son frère, hérita de sa couronne et de sa valeur. C'est à son règne que se rattache la fondation de l'ordre des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Depuis longtemps les pèlerins avaient fondé dans cette ville un hôpital, desservi par des frères hospitaliers qui s'y dévouaient au service de Jésus-Christ dans la personne des malades. Au moment de la conquête, l'hôpital devint une précieuse ressource pour les soldats blessés ou infirmes. La générosité des princes croisés et du pieux Godefroi en augmenta les ressources, dans une progression parallèle aux besoins. On songea alors à constituer les hospitaliers en un ordre religieux militaire, qui put, dans un cas donné, défendre, les armes à la main , contre une attaque ennemie, les pèlerins qu'ils étaient chargés de soigner. Telle fut l'origine de cet ordre célèbre, dont la milice courageuse rendit de si grands services à la chrétienté. Les nouveaux religieux furent mis sous la règle monastique de saint Augustin. Ils faisaient les quatre vœux, d'obéissance, de pauvreté, de chasteté et de dévoùment à défendre les pèlerins contre les infidèles. Leur costume fut celui des chevaliers du temps, avec une croix rouge à huit pointes sur le manteau noir. Le Pape Pascal II

180 pascal il (1099-1118).

confirma, par une bulle (1112), le nouvel ordre, auquel son deuxième grand maître, Raymond du Puy, donna sa forme définitive (1118) dans un chapitre général, où il distingua tous les membres en trois ordres : les chevaliers , les servants d'armes et les chapelains. Les chanoines, gardiens du saint sépulcre, armés aussi par le roi Baudoin (1110), formèrent plus tard les chevaliers du Saint-Sépulcre, qui furent réunis, sur la fin du xv* siècle, aux hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Les mêmes circonstances donnèrent, dans le même temps , naissance h un troisième ordre de chevalerie. Hugues de Payns, gentilhomme champenois, Geollroy de Saint-Omer, et sept autres chevaliers, réunis au saint sépulcre, résolurent de consacrer leur épéc à la défense de la vraie foi contre les Sarrasins. Ils embrassèrent comme les hospitaliers la règle de saint Augustin, et firent vœu de mourir pour le soutien de la religion et l'honneur de Jésus-Christ, mais sans y joindre l'obligation de soigner les malades. La maison qu'ils habitaient à Jérusalem était voisine du lieu où s'élevait autrefois le temple de Salomon ; ils prirent de là le nom de chevaliers du Temple ou Templiers, devenu depuis, et par leurs exploits militaires et par leur fin tragique, si diversement célèbre. Les Templiers portaient l'habit blanc et une croix rouge. Leur fondation remonte à l'an 1118, mais ce ne fut qu'en l'an 1129, au concile de Troyes, que saint Bernard leur donna une règle spéciale, qui resta obligatoire pour Tordre jusqu'à sa suppression.

27. Nous venons de prononcer le nom de saint Bernard, qui doit jeter un si grand éclat sur l'Eglise dans tout le cours du xne siècle. La vie monastique régénérée par lui; le gouvernement du monde remis en quelque sorte à la sainteté et au génie, dans ses mains; les merveilles des premiers âges du Christianisme renouvelées; les croisades dirigées, les populations rappelées à la foi , les princes gouvernés par un simple religieux , du fond de sa cellule , tel est le spectacle que doit nous offrir la vie de saint Bernard. Né près de Dijon , au château de Fontaines, d'une famille de gentilshommes où la piété était héréditaire , Bernard fut dès son enfance prévenu par la grâce, qui devait opérer en lui de si grandes choses. Son exemple devint un*

)igitized by

Page 1