‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 108 sur 294 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

tion par le souverain Pontife. Mais enfin il comprit que cet acte rehausserait l'éclat de sa couronne, et qu'un empereur ne doit pas rougir d'une soumission dont se glorifiait Charlemagne.

i. Cependant une complication inattendue venait de surgir en Portugal. La mort de Sébastien, dernier roi de ce pays, laissait le trône au cardinal Henri, son oncle (1578)» Les conseillers du nouveau souverain l'exhortaient à se marier pour assurer la succession de la couronne. Henri, vaincu par leurs instances, se décida à solliciter du Pape la dispense nécessaire. D était non-seulement cardinal, mais encore archevêque d'Evora. Grégoire XID comprenait ce que les raisons d'Etat, qu'on lui alléguait, avaient de gravité, mais il sentait, d'un autre côté, quelles conséquences pouvait avoir une dérogation aussi inouïe à toutes les règles canoniques. Sans doute la dispense n'excédait pas les pouvoirs du successeur de saint Pierre ; mais un tel exemple formait un précédent fâcheux. L'Eglise, qui avait maintenu, au milieu de tant de périls, l'unité et l'indissolubilité du mariage, devait sauvegarder, avec la même fermeté, l'indissolubilité des vœux du sacerdoce. Le Pape répondit er ce sens à l'ambassadeur de Henri : et ce prince , changeant de dessein , résista dès lors à toutes les instances contraires, que lui firent les cortès de son royaume. Les considérations et les intérêts politiques échouèrent ainsi contre le rocher sur lequel est édifiée l'Eglise de Jésus- Christ, et le monde n'eut pas la douleur de voir s'introduire, au sein du Catholicisme, le scandale des usages protestants.

5. Une mesure d'une extrême importance occupait alors l'attention de Grégoire XHI , et devait illustrer son pontificat. Nous voulons parler de la réforme du calendrier (1^. Rome reçut son premier calendrier de Romulrs et de Numa. Mais ce Cendrier, œuvre d'une science imparfaite, était rempli d'inexactitudes et de

(1) Le mot calendr.er vient de celui de calendes (**x«», appeler). Cette déflominalion était relative à un usage de l'ancienne Rome. Le jour des calendes, on appelait le peuple au Capitole pour lui annoncer à chaque mois la nouvelle lune et le quantième des nones. Le premier jour de chaque mois était celui des calendes. C'étaient des époques célèbres par l'échéance des paiements et les signatures des contrats. De là vint le nom de calendrier, #*>ur signifier en général li distribution qui fut faite du temps et des saisons.

220 Grégoire xiii (1572-1585).

fautes. Jules-César le réforma, sur les calculs de l'astronome Sosigène. Ce dernier avait pris, pour base de ses opérations, le principe que le soleil parcourt l'écliptique en trois cent soixante-cinq jours, six heures. Il approchait ainsi de la vérité, mais sans l'atteindre complètement ; car, dans la réalité, le soleil opère sa révolution annuelle en trois cent soixante-cinq jours, cinq heures et quarante-neuf minutes. Sosigène avait donc supposé l'année trop longue de onze minutes ; ce qui faisait un jour d'erreur tous les cent trente-quatre ans. De là il était résulté ,411b, depuis le concile de Nicée (325) jusqu'à la réforme du calendrier, en 1582, il s'était glissé dix jours de trop dans les éphémérides ; en sorte que l'équinoxe du printemps, qui, en 325, avait été fixé au 21 mars, arrivait le 11, en 1582, quoique le calendrier l'annonçât toujours au 21. On le voit, la réforme était devenue indispensable. Grégoire XIII s'entoura, pour l'opérer, de toutes les lumières; il réunit une commission des hommes les plus célèbres dans les sciences astronomiques ce fut surtout un médecin italien, nommé Lilio, qui eut la gloire de mener à bonne fin ce grand travail. Pour le passé, il était facile de corriger l'erreur des onze minutes. Il ne s'agissait que de remettre l'équinoxe du printemps au 21 mars, comme il y était en 325 , et pour cela, il n'y avait qu'à compter, pour le vingt et unième jour de ce mois, celui qui, en suivant le calendrier, n'eût été compté que pour le onzième. Quant à la cor* rection pour l'avenir, on s'y prit de cette manière. Puisque la précession des équinoxes venait des onze minutes en plus qui s' accu» mulaient tous les ans , il devait en résulter un jour d'erreur tous les cent trente-quatre ans. Ainsi quatre cent deux ans suffisaient pour introduire une erreur de trois jours ; et, en conséquence, il fut décidé qu'on supprimerait désormais trois jours tous les quatre cents ans. Si l'on ne tint aucun compte des deux années de plus, c'est qu'elles ne pouvaient amener un jour d'erreur qu'après vingt-six mille huit cents ans. A la rigueur, c'est un défaut du nouveau calendrier; mais il sera facile d'y remédier, si l'on voit la fin de cette longue révolution de siècles. Quand la suppression de trois jours par quatre cents ans fut résolue, il restait à savoir sur quelles années on l'exécuterait. Il fut convenu qu'elle aurait lieu les trois premières années séculaires de chaque période

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