‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 109 sur 294 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

de quatre cents ans. Par là, ces années, qui devraient toutes être bissextiles, ne sont que des années communes. L'an 1700 est le premier qui ait souffert de cette réduction; Tan 1800 ensuite; l'an 1900 aura le même. sort; mais l'an 2000 sera bissextile. Depuis l'an 1582 jusqu'en 1700, l'ancien calendrier n'était en retard série nouveau que de dix jours. La suppression d'un jour,^ en 1700. porta la différence, pour toute la durée du xvme siècle, à onze jours, £t celle de l'année 1800 à douze. On appelle vieux style l'ancienne manière de compter les jours : celle que le Pape Grégoire XIII a introduite s'appelle le nouveau style. Les Etats catholiques l'adoptèrent presque aussitôt qu'elle lut en usage à Rome ; les nations protestantes différèrent plus ou moins à accepter ce service rendu à la société, parce qu'il venait d'un Pape. Néanmoins elles finirent par se rendre , mais l'Angleterre seulement au dernier siècle. Il ne reste plus, aujourd'hui , en Europe, que la Russie qui s'obstine à garder le vieux style.

6. Grégoire XIII eut bientôt à accomplir une œuvre intimement liée à la réforme du calendrier : la publication du martyrologe romain. Il avait déjà été imprimé plusieurs fois en Italie; mais il avait besoin d'une révision. L'illustre cardinal Raronius fut chargé d'y travailler, et une nouvelle édition fat publiée par l'autorité de Grégoire XIII. Le bref de promulgation, daté du 14 février 1584, porte obligation pour tous les patriarches, archevêques, évêques, a&bés et supérieurs des églises, de s'y conformer dans l'office du chœur. Quant aux saints dont on a coutume de célébrer la fête en certaines localités, on ne les insérera pas au corps du martyrologe romain ; mais on écrira leurs noms sur un livre à part, pour les placer ensuite suivant l'ordre prescrit. Ce fut le dernier acte du pontificat de Grégoire XIII , qui mourut le 7 avril 1585, après un règne de douze ans, constamment employé à la gloire de Dieu et à l'exaltation de l'Eglise.

§ 2. Pontificat de Sixte-Quint (24 avril 1585-27 août 1590).

7. Pendant que le monde moderne adoptait presque générale-* ment le mode de transmission héréditaire pour le pouvoir, l'Eglise seule touchait par l'élection à tous les rangs et à toutes les classes de la société. Après avoir placé à sa tête des hommes entourés de

22S sixte-quint (1585-1590).

l'éclat de la naissance et de la fortune, elle ne craignait pas de descendre aux noms les plus obscurs et de les élever jusqu'au trône pontifical. Sixte -Quint, qui succéda à Grégoire XIII (24 avril 1585), était de ces derniers. Il descendait d'une familk slave, réfugiée en Italie depuis les premières invasions des Ottomans dans l'Illyrie et la Dalmatie. Son aïeul, Zanetto Peretti, établi à Montalto, épuisa toutes les misères de l'exil; son père quitta cette ville pour échapper à ses créanciers. Il se retira à Grotta-Mare, non loin de Ferino. C'est là que vint au monde le grand homme qui devait s'appeler Sixte-Quint. On lui donna, comme par un heureux augure, le prénom de Félix. Trop pauvre pour aspirer à une éducation même ordinaire, le jeune Félix ne dut qu'à son opiniâtreté d'apprendre à lire et à écrire. Il gardait les pourceaux de son père, et c'est pendant de longues heures passées dans les champs qu'il fut à lui-même son propre précepteur. Cette circonstance le fit adopter par un religieux franciscain, qui se chargea de développer les trésors que recelait cette vigoureuse nature. Entré plus tard dans l'ordre de son bienfaiteur, il se distingua, à l'assemblée générale de 1549, par des thèses théologiques soutenues avec le plus brillant éclat. Ce succès lui valut l'appui du cardinal Pio di Carpi , protecteur des Franciscains. Dès lors ses progrès furent rapides. Saint Pie V le nomma cardinal et l'employa dans ses plus importantes affaires. Après la mort de ce Pontife, Peretti , qui avait pris le nom de Montalte , se retira dans une solitude laborieuse, où il passait ses jours, exclusivement occupé à l'étude et à la méditation. Ce fut de là que la Providence l'appela sa gouvernement du monde.

8. Le nouveau Pape avait, au plus haut degré, les dons nétessaires au -commandement. Son caractère ferme et résolu ne connaissait aucun^bstacle et ne savait plier devant aucune nécessité. Son histoire est remplie de traits qui prouvent son inflexible sévérité. Du reste, les romanciers se sont emparés du nom glorieux de Sixte-Quint et en ont fait celui d'un personnage presque fabuleux, tant ils ont accumulé d'anecdotes invraisemblables sur son compte. Le principal auteur de ces fables est l'écrivain satirique Grégorio Léti, né à Milan (1630), qui se fit calviniste à Genève, et, après une vie de débauches, se créa une

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