‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 110 sur 294 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ressource dans ses romans satiriques ou licencieux. C'est ainsi qu'il a composé la Vie de Sixte-Quint, dont il disait lui-même qu'une fiction bien racontée avait toujours pour les lecteurs plus de charme que la vérité toute nue. L'histoire sérieuse n'a rien de commun avec de pareilles œuvres ; et c'est ailleurs qu'il faut chercher les documents qui peuvent servir à réhabiliter une aussi illustre mémoire.

9. Quand on parla à Sixte-Quint de jeter de l'argent au peuple, suivant la coutume, pour la cérémonie de sa promotion, il répondit : « Cet usage occasionne toujours des malheurs : ce sont les » plus robustes, et non les plus nécessiteux qui s'emparent de cet » argent. » Il fit distribuer les sommes convenues à domicile et dans les hôpitaux. Rome s'aperçut bientôt qu'elle était gouvernée par une main vigoureuse. La sûreté publique était depuis longtemps troublée dans l'Etat ecclésiastique par une foule de bandits, reste des guerres entre les Guelfes et les Gibelins. Grégoire XJH, pour réprimer leur audace, avait distribué des troupes nombreuses dans la campagne romaine. Sixte-Quint congédia toutes ces troupes, diminua même de moitié les employés de la justice. Mais il annonça qu'aucune grâce ne serait accordée, sous son règne, à quiconque se serait rendu coupable d'un crime contre les personnes ou les propriétés. L'exécution suivit de près la menace : et la terreur qu'inspira la rigoureuse justice du Pontife réussit à mettre un terme à tous les brigandages. Sixte-Quint mit à profit la tranquillité publique pour réveiller l'activité et l'industrie des Romains. « Il voulut glorifier et perpétuer la mémoire de » son pontificat; et, dans ce noble but, il renforça les règles con- * cernant le collège des cardinaux pour détruire les abus du né- » potisme; il agrandit la bibliothèque vaticane, arracha les ma- » gnifiques œuvres de l'art antique aux ruines qui les couvraient, » ordonna une nouvelle édition des Septante et la correction de la » Vulgate promise à Trente ; réorganisai' administration publique » en instituant quinze congrégations chargées àr toutes les af- » faires (1588); releva le grand obélisque que Caligula avait fait » transporter d'Egypte en Italie ; et amena d'abondantes eaux par » le superbe aqueduc sur le mont Quirinal (1). »

(i) M. Alzog, t. m, p. '213.

M4 sixte-quint (1585-1590).

10. Pour suffire à tant d'affaires, il fit servir de bases à son administration les congrégations des cardinaux. S'il ne les fonda pas, il leur donna un accroissement tel qu'il en fit son œuvre propre. « Il trouva déjà instituées, dit Ranke, les sept congréga- » tions les plus importantes : celles pour l'inquisition, l'index, les » affaires du concile ; celles des évoques , celles des ordres reli- » gieux et celles pour la Segnatura et la Consulta. Le gouverne- » ment de l'Etat n'était point étranger au travail de ces congréga- » tions ; les deux dernières que nous venons de nommer , étaient » consacrés à la justice et à l'administration. Sixte-Quint résolut » d'en créer huit nouvelles, dont deux seulement étaient destinées » aux affaires générales de l'Eglise. L'une devait s occuper de la » fondation des nouveaux évêchés ; l'autre du maintien et du red nouvellement des rites de l'Eglise, les six autres étaient réser-

* vées pour les affaires de l'Etat, pour YÀnnona , la construction

* des routes, l'abolition des impôts oppressifs, la construction » de> -HiUiicuu» ue guerre, l'imprimerie du Vatican, l'Université » ae Rome. Du reste, il voulait donner une haute idée des cardi- » naux eux-mêmes. Qu'ils soient, disait-il, des hommes distin- » gué& et de mœurs exemplaires. Leurs paroles doivent être des » oracles ; leurs maximes, la règle de la vie et de la pensée de

* tous. Qu'ils se montrent enfin comme le sel de la terre et la luy mière sur le chandelier. Leur nombre fut fixé à soixante-dix : » de même, disait-il, que Moïse a choisi soixante-dix vieillards » parmi tout le peuple pour former le conseil permanent des Hé- » breux. » Sous cette direction puissante, la cour romaine prit bientôt une allure sévère, qui concordait avec l'autorité du Pontife. Le cardinal Gallien de Lomo employait ses richesses à de pieuses fondations ; le savant Rusti se faisait remarquer par son irréprochable circonspection; Sirlet, par sa science. Frédéric Borromée, cousin et successeur de saint Charles (1584), marchait sur les traces de son illustre parent, et faisait éclater les merveilles de sa charité pendant la grande peste de Milan. Enfin Madruzzi , Valéri . Santano , célèbres à divers titres , rehaussaient la splendeur de la pourpre romaine.

11. A mesure que l'esprit chrétien se ravirait aux sources pures de l'orthodoxie,, la réforme luthérienne et calviniste conti-

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