CHAPITRE VII
famille ^e Florence, fut élu Pape le 6 août 1623 et prit le nom d'Urbain VIII. Littérateur distingué, caractère doux et aimable, protecteur des savants, auteur d'un recueil d'hymnes latines où la poésie se fait l'interprète des plus tendres sentiments de piété , ]e nouveau Pontife avait mérité, parmi les savants, le surnom d'i4~ teille at tique. Son élection fut unanimement approuvée, et le zèle qu'il déploya pour les intérêts de la religion confirma les heureuses espérances que sa promotion avait fait concevoir. Le règne d'Urbain VIO coïncidait avec un concours d'événements qui menaçaient la tranquillité de l'Europe. En France , Louis XIII venait de confier la direction des affaires à un homme dont le génie audacieux et inflexible devait intervenir en maître dans les destinée» du monde. Richelieu , d'abord évêque de Luçon , puis cardinal , allait régner pendant un quart de siècle, sous le nom de son maître, et préparer à la France les splendeurs de Louis-le-Grand. En Angleterre, Charles Ier succédait (1 625) à son père Jacques II, et inaugurait un règne qui devait se terminer sur l'échafaud par un favoritisme aveugle à l'égard du duc de Buckingham , caractère frivole , ambitieux à vues étroites , ministre sans portée , qui creusait sous le pouvoir un abîme où devait s'engloutir la monarchie. En Espagne, le comte Olivarès, premier ministre de Philippe IV, songeait à lutter d'influence avec le cardinal Richelieu.
17. Tous ces éléments de division qui fermentaient au sein de la société européenne , se trouvèrent combinés pour donner à la guerre dite de Trente ans, qui éclata en Allemagne, un caractère d'acharnement et d'obstination sans égal dans l'histoire. Elle avait commencé par une révolte des Bohémiens en faveur du protestantisme, sous les auspices de l'électeur palatin Frédéric V (1618). L'empereur Ferdinand II, soutenu par les Espagnols et par la ligue catholique d'Allemagne, défit les rebelles à la bataille de Prague. Leur chef fut dépouillé de l'électorat que le vainqueur transmit au duc de Bavière Maximilien (1620). La guerre paraissait finie, mais elle n'en était encore qu'à sa première période;, dite Palatine, La puissances du Nord intervinrent en faveur des réformés allemands. Christian IV, roi de Danemarck, marcha contre l'empereur (1624-1629), et donna à cette période le nom rv. 17
258 urbain vin (1623-1644).
de période Danoise. La période Suédoise s'ouvrit jwr les brillants exploits de Gustave-Adolphe (1630-1635). Enfin Richelieu vint mettre son génie dans la balance ti ouvrit la période Française (1635-1648 ). Il n'entre pas dans le cadre de notre récit de raconter en détail ces événements qui appartiennent à l'histoirg politique de l'Europe. La guerre de Trente ans, religieuse à son début, ne fut point poursuivie jusqu'à la fin d'après un plan déterminé, ni pour le but particulier qui l'avait fait entreprendre. Personne , dans le principe , ne put en prévoir ni l'étendue, ni la portée. De toute part et à toute occasion , il se présenta, pour l'alimenter, de nouveaux ferments d'agitation et de vengeance; toutes les animosités particulières, toutes les altercations politiques vinrent se confondre dans cette grande querelle, et jamais on ne vit, autant que dans cette circonstance, la vérité de l'axiome : que la guerre nourrit la guerre.
18. Au milieu de cette conflagration générale, l'Italie avait ses sujets particuliers de crainte. La maison d'Autriche avait pris un grand développement depuis Charles-Quint , ,et commençait à exercer une influence marquée sur les affaires générales de l'Europe. Son alliance avec l'Espagne ajouta encore à sa prépondérance, déjà trop menaçante. Les défilés des Alpes étaient occupés par l'Espagne , ceux qui confinent aux Etats allemands le furent par l'Autriche. Les petites principautés d'Italie regardèrent comme une menace d'être environnées, et pour ainsi dire étreintes, par ces deux puissances formidables. Venise et la Savoie conclurent avec la France un traité d'alliance offensive et défensive, en vertu duquel la maison d'Autriche devait être contrainte par leurs forces réunies à rendre les défilés et les places des Grisons. En même temps, le Pape était chôsi pour médiateur et arbitre suprême entre les partis. Les troupe^ pontificales furent mises en possession des places fortes qui soulevaient tant d'inquiétudes et de rivalités. Urbain VIII s'efforça de tenir la balance égale entre tant de prétentions diverses, et chercha à faire prévaloir des conseils de paix. Mais le cardinal de Richelieu , qui se proposait pour unique but de sa politique étrangère l'abaissement de la maison d'Autriche, refusa d'entrer dans les vues pacifiques du souverain Pontife. Sans aucun égard pour ses protestations, il prit l'offen-