CHAPITRE VII
sive en Italie, fit inopinément entrer des troupes françaises dans la Valteline et chassa les garnisons pontificales des places fortes qu'elles occupaient. Urbain VIII, malgré toute son inclination! pour la France, possédait trop le sentiment de sa haute dignité pour souffrir impunément l'expulsion de ses troupes. Tl fit de nouvelles levées et les envoya dans le Milanais , annonçant hautement son intention de reprendre les places perdues , aidé des Espagnols avec lesquels il s'était ligué. Le ministre français se vit donc dans la situation étrange de lutter , lui cardinal , contre le souverain Pontife. Il comprit ce qu'une telle lign^ de conduite avait de dangereux, et fat obligé de revenir sur ses pas. Un traité de paix fut bientôt conclu entre les puissances belligérantes.
19. De nouvelle4- complications réclamaient d'ailleurs tout le génie de Richelieu en France. Buckingham avait préparé une invasion formidable pour secourir les calvinistes français. Il débarqua, au mois de juillet 1627, à l'île de Rhé, s'en empara, et fit le siège de la citadelle de Saint-Martin. Les huguenots prirent les armes afin de seconder le mouvement qui s'opérait en leur faveur. Le centre de leur puissance était La Rochelle , dont la possession leur avait été concédée par l'édit de Nantes. Richelieu , dont le génie grandissait avec les obstacles, s'empara de cette place, au mois d'octobre de l'année suivante. La principale forteresse du protestantisme était tombée en France. Les huguenots durent subir la loi du vainqueur : ils cessèrent enfin d'être une puissance, et permirent à Richelieu d'intervenir plus librement dans les affaires générales de l'Europe. Ce fut alors en effet qu il prit une part active à cette guerre de Trente ans , qui se termina en 1648, par la paix de VVestphalie, et qui consomma l'abaissement de la puissance autrichienne.
20. Urbain VIII profita des luttes politiques où l'Europe se trouvait engagée pour grandir l'influence du Saint-Siège, en la faisant intervenir comme médiatrice entre les divers partis. Les événements lui offraient chaque jour l'occasion de signaler sa fermeté, son zèle, sa vigilance. Sa carrière fut vaste, immense, et il se montra toujours à la hauteur de sa mission dans ces temps ora* ceux. Le duché d'Urbin, dont le dernier titulaire venait de mou- Tir sans enfants, fut dévolu au Saint-Siège, malgré la jalousie des
-260 urbain vin (1623-1644).
Etats italiens, qui ne voyaient qu'avec peine les agrandissements successifs de la puissance pontificale.
21 . Fendant que le bruit des armes retentissait dans le monde politique, une lutte nouvelle surgissait dans le monde religieux, et prenait les proportions d'une hérésie d'autant plus dangereuse, que ses partisans prétendaient demeurer plus étroitement unis au centre de l'unité. Les autres sectes affichaient hautement leur mépris pour l'autorité ecclésiastique. Luther, Calvin, Zwingle, se faisaient gloire d'avoir brisé tous les liens qui les attachaient à la communion romaine ; les jansénistes, au contraire, voulurent être de l'Eglise malgré l'Eglise, et ne reconnurent jamais qu'ilss'en étaient séparés. Cornélius Jansénius était né en 1585 dans un village de Hollande. Il commença ses humanités à Utrecht et les acheva à l'Université de Louvain. Il étudia la théologie sous le neveu du fameux Michel Baïus et sous Jacques Janson, deux zélés propagateurs du baïanisme. Le jeune homme se préoccupa tellement de la grande question de la grâce, agitée alors dans toutes les écoles, qu'il lut et relut dix fois de suite les ouvrages de saint Augustin, et résuma le fruit de ses lectures dans un énorme in-folio , dont il commença la publication après avoir été élu évêque d'Ypres, et qu'il intitula : Augustimts. Il mourut avant l'impression complète de cet ouvrage, et il déclara, dans son testament, qu'il soumettait sa doctrine au jugement du Sain*-
;iege.
22. L' Augustinas est divisé en trois parties, qui traitent de la grâce, du libre arbitre, du péché originel, de la prédestination. Jansénius établit en principe la non-liberté humaine. Suivant lui, la volonté est enchaînée et tenue en servitude par la concupiscence des choses terrestres , et ne peut sortir de cet état par ses propres forces : il faut que la grâce vienne à son secours. Cette impuissance provient, selon l'auteur, de ce que la volonté est affaiblie par la concupiscence qui l'éloigné du bien, l'entraîne en sens contraire, de sorte que l'homme ne saurait plus vouloir d'une manière efficace. A côté de cette faiblesse de la volonté , Jansénius accorde à la grâce une force irrésistible. Selon lui , la grâce est toujours efficace, et il n'est pas au pouvoir de l'homme de se soustraire à son action ou de lui résister. Ces tendances du livre