‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 128 sur 294 · CHAPITRE TH · texte numérisé non relu

CHAPITRE TH

de Jansénius ont été résumées depuis par le docteur Cornet, syndic de la faculté de théologie de Paris, et réduites aux cinq propositions suivantes : « 1° Quelques commandements de Dieu sont im- » possibles aux hommes justes, malgré leur bonne volonté et leurs » efforts. 2° Dans l'état de la nature tombée, on ne résiste jamais » à la grâce intérieure. 3° Pour mériter et démériter, on n'a pas » besoin d'une liberté exempte de la nécessité d'agir ; il suffit que d Ton ait une liberté exempte de contrainte. 4° Les semi-Péla< » giens n'étaient hérétiques qu'en ce qu'ils prétendaient que » l'homme peut résister à la grâce intérieure et prévenante. » 5° Jésus-Christ n'est pas mort et n'a pas répandu son sang pour * tous les hommes. » Telle est l'essence doctrinale de YAugustinus.

23. Dès qu'il parut à Louvain (1640) , il souleva d'un côté les admirations les plus enthousiastes, de l'autre les plus justes critiques. Un Français, Jean Duvergier de Hauranne, si connu sous le nom d'abbé de Saint-Cyran , introduisit YAugustinus en France, et chercha à en propager les doctrines. L'abbé de Saint- Cyran était un novateur imbu de l'esprit du calvinisme, mais un novateur caché et adroit , qui préparait de loin les éléments de la secte dont il voulait s'entourer lui-même. Il avait réussi à gagner la famille d'Arnauld d'Andilly, dont les deux filles, célèbres sous le nom des Mères Angélique et Agnès, dirigeaient alors l'abbaye de Port-Royal. Qu'il y ait eu , à cette époque , entre l'abbé de Saint-Cyran, Jansénius et autres affidés , une société secrète, un plan d'attaque contre l'Eglise , rédigé par les sectaires à Bourg- Fontaine, c'est là un de ces problèmes dont l'histoire n'a pas en«* core trouvé la solution définitive. Quoi qu'h en soif , il est certain que tout était préparé en France pour les longs scandales qui commencèrent à l'apparition du livre de Jansénius. Urbain VIII, dans l'intention de couper court à de» discussions qui s'envenimaient chaque jour, se hâta de rendre un décret par lequel la lecture de l'ouvrage de Jansénius était interdite. L'Université de Louvain refusa de se soumettre à cette ordonnance pontificale. Vainement Urbain VIII adressa un nouveau bref aux docteurs récalcitrants pour leur faire sentir le scandale de leur désobéissance : cette seconde démarche du Pape n'obtint pas on meilleur

262 urbain vin (1623-1644).

succès que la première. Abandonnant donc les réfractaires à leur sens réprouvé, Urbain résolut de prononcer un jugement solennel et décisif. On remit à la commission du saint-office le livre de Jansénius, avec les écrits composés pour et contre, afin de tout examiner avec la plus grande maturité et la ©lus sérieuse attention.

24. Sur le rapport des consulteurs, et d'après son propre examen, le Pontife trouva YAugustinus condamnable à deux points de vue : par un motif préjudiciel, puisqu'il traitait des matières de la grâce contre la défense formelle du Saint-Siège, et quant au fond, parce qu'il renouvelait presque à chaque page les erreurs déjà anathématisées dans les écrits de Baïus. En conséquence, le 6 mars 1642, ia bulle In Eminenti, qui condamnait le livre de Jansénius , fut rendue par le Pape : « Après un examen » approfondi de Vouvrage intitulé : Augustinus, disait Urbain VIII, » on a reconnu qu'il renferme d'une manière formelle plusieurs » propositions déjà condamnées par nos prédécesseurs, et qu'il les » enseigne, an grand scandale des catholiques, sans aucun respect » pour l'autorité du Saint-Siège, Dans le dessein d'apporter un » remède convenable à ce désordre qui émeut toute la société » chrétienne et qui tend à la raine de la foi catholique , de notre » propre mouvement, de notre science certaine et de la plénitude » de la puissance apostolique, nous confirmons et approuvons, en » tout et pour toujours, par la présente constitution, qui aura forc^ » à perpétuité , les constitutions de nos prédécesseurs les Papes » Pie et Grégoire. En vertu de la même autorité, nous défendons » absolument, par les présentes, et voulons qu'on tienne pour dé- » fendu le livre intitulé Augustinus, comme contenant et renou- » vêlant, ainsi que nous l'avons reconnu, les articles, les opinions » et les sentiments réprouvés et condamnés par les constitutions » susdites. De plus , nous ordonnons , sous toutes les peines et les » censures contenues dans la constitution de Pie , notre prédéces- » seur, qu'aucun des fidèles, de quelque condition et qualité qu'il » soit, n'ose parler, écrire, disputer touchant les art^les condam * » nés dans ce livre. L'absolution des censures encourues par let d contrevenants sera exclusivement réservée au souverain Pontife» • excepté à l'article de la mort. » Ce jugement de l'Eglise ro»

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