CHAPITRE VIII
les passions. « Le succès des protestants, dit Bossuet „ na rien de » merveilleux, ni même qui leur soit honorable. Les causes n'en » sauraient être ni plus naturelles ni plus humaines. Que des r> hérésies qui favorisent les inclinations de la nature corrompue,
* se soient répandues en peu de temps, qu'y a-t-il en cela de mi- » raculeux? Qui s'étonnera qu'en ouvrant la porte de tous les
* cloîtres, en permettant aux prêtres, aux moines, aux religieuses » de se marier, il y en ait eu un grand nombre qui se soient laissé » glisser sur cette pente de la concupiscence? En donnant à tous » les peuples la liberté de se dispenser des obligations les plus pé- » nibles des lois ecclésiastiques , comme le jeûne , la pénitence, » est-ce un miracle que les âmes charnelles, dont l'Eglise était » alors remplie, aient été disposées à recevoir ces instructions » charnelles ? En est-ce un que des hommes qui attaquaient des » mystères incompréhensibles, et qui paraissent contraires aux » sens et à la raison,, aient entraîné dans l'impiété les esprits eu— » rieux, superbes, présomptueux, qui sont toujours en trop grand » nombre? Enfin est-ce un miracle, qu'en excitant un zèle mal » réglé contre les désordres dont l'Eglise gémissait la première ,, y> on ait porté une foule de chrétiens jusqu'au schisme et à la ré- » volte? Les nouveaux réformateurs ayant trouvé moyen de » mettre de leur parti la concupiscence, l'orgueil, la vanité, l'in- » dépendance , le zèle indiscret , et ayant accommodé leurs opi- » nions à des passions si naturelles, si communes et si fortes, leurs » progrès n'ont rien de plus miraculeux que ceux de Mahomet,
* parce qu'ils présentent les mêmes caractères. »
2. On se placerait d'ailleurs à un point de vue trop restreint, si Ton ne considérait, dans la Réforme , qu'un débat purement théologique. Le côté politique et social du luthéranisme ne mérite pas moins l'attention de l'histoire. Quand les doctrines du moine de Wittemberg eurent introduit le principe du libre examen dans les questions religieuses , le monde chrétien du moyen âge , qui s'était rallié autour du siège de Rome, comme au centre de toute autorité, fit place à une société où l'incrédulité remplaça bientôt l'ardeur des polémiques religieuses. On transporta alors les idées de liberté, de la sphère de la foi à celle de la politique. Les nations de l'Europe septentrionale, ivres de cet esprit nouveau d'indépen-
dance, s'égarèrent à l'envi dans les routes de l'orgueil , de la licence et de l'impiété. Quand le joug salutaire de la religion eut été secoué, quand ce frein eut été rompu, les idées radicales de liberté restèrent dans les masses. La philosophie du xvuf siècle^ ia littérature voltairienne les exaltèrent : l'inconcevable inaction des rois laissa achever cette œuvre de destruction ; et, à un moment donné, tous les trônes chancelèrent^ quelques-uns croulèrent dans le sang, un déluge de crimes jusque-là inouïs, inonda l'Europe, la couvrit de ruines et d'échafauds. La barbarie de la civilisation, plus terrible mille fois que celle du ixe etduxe siècle, promena sa terreur sur toutes les têtes, au nom de la liberté. A notre avis, on n'a pas assez insisté sur l'étroite connexité qui unit ces deux époques fatales du protestantisme et de la révolution. L'une fut le berceau de l'autre. Le principe de Luther appliqué au monde politique et social a bouleversé toute l'Europe et l'a jetée dans un abîme sans fond où elle roule sur elle-même sans plus trouver ni calme ni repos.
3. Au moment où le protestantisme faisait ainsi irruption dans le monde, sous prétexte de ramener l'Eglise à la pureté primitive de son institution, une réforme salutaire naissait du sein même de l'Eglise, promulguée par l'autorité légitime, dans une assemblée solennelle, aux acclamations de tout l'univers. Depuis longtemps on sentait le besoin, on réclamait vivement la tenue d'un concile; mais les guerres de Charles-Quint et de François Ier y apportaient chaque jour de nouveaux obstacles. Nous avons vu avec queiie énergique persévérance la Papauté lutta centre les difficultés sans cesse renaissantes, et réunit enfin l'immortelle assemblée de Trente. « Pour peu que l'on examine les sessions de ce concile r> célèbre, dit M. Alzog, on acquiert la conviction que jamais syp node ne développa et ne définit avec autant de prudence , de » netteté , de précision , un ensemble aussi cor iplet des plus im- » portantes matières. Les extrêmes s'y rencontrèrent sur un terd rain commun, se limitèrent les uns les autres , et il en résulta o l'équilibre nécessaire à la véritable catholicité. Les évêques el
* les théologiens espagnols se firent remarquer par la sagesse avec » laquelle ils parvinrent à concilier les oppositions, les difficultés
* de tout genre qui se produisaient sous des formes diverses , de