CHAPITRE VIII
» la part de chaque nation. Nulle assemblée ne réunit jamais un ;> plus grand nombre de cardinaux , d'évêques et de théologiens a distingués par leur piété sincère et leur science profonde. Quels » changements heureux , quel progrès dans l'Eglise , si tous ces » décrets avaient été fidèlement observés, comme le désiraient » ces vertueux représentants de la catholicité ! Malheureusement » des considérations particulières de politique ou d'ambition préj> valurent dans quelques états européens, et empêchèrent l'adop- » tion des règlements disciplinaires du concile. En France , le » refus vint des parlements, imbus des principes du gallicanisme. » En Espagne , on ne promulgua les décrets qu'en les accompa- » gnant de la restriction - « Sans préjudice des droits royaux. » » L'opposition de la France tomba principalement sur les décrets » concernant : les amendes et les peines d'emprisonnement en » matière spirituelle , laissées au pouvoir de l'autorité ecclésias- » tique ; le duel , le concubinage , le divorce ; le jugement des » évêques par le Pape seul ; le consentement des parents reconnu » nécessaire en France pour les mariages, et non exigé par le » concile, etc., etc. »
4. Les membres des anciens ordres religieux n'avaient pas , dans la lutte engagée entre l'Eglise et le protestantisme, rendu tous les services qu'on aurait pu attendre de leur zèle et de leur piété. Les uns étaient restés spectateurs du combat, sans y prendre part ; d'autres avaient donné le scandale de l'apostasie. L'Esprit *aint, toujours vivant cfans l'Eglise, produisit alors» un ordre nouveau qui , né de la force des circonstances , était , par là même , propre à répondre aux besoins du temps. Cet ordre , devant surtout faire contrepoids dans l'Eglise au Protestantisme, a toujours effrayé l'imagination des protestants, qui n'y ont vu qu'un épouvantail pour l'humanité, aussi redoutable qu'odieux. Au sein même de l'Eglise catholique, on ne s'est pas toujours formé un jugement exact et vrai sur cette société célèbre des Jésuites, qui n'a soulevé tant de haines que parce qu'elle a constamment atta- \jaé toutes bs passions. La constitution de l'ordre, beaucoup plus riette et plus forte que toutes celles des autres ordres, peut se résumer ainsi :
5. Le but principal de la société est la plus grande gloire de
Dieu (A. M. D. G.) (1). Ses membres doivent travailler au salut du prochain comme au leur propre. Ils travaillent au salut du prochain par la prédication, les missions, les catéchismes, la controverse contre les hérétiques, la confession, et surtout par l'instruction de la jeunesse ; à leur propre salut, par la prière intérieure , l'examen de conscience , la lecture des livres ascétiques et la fréquente communion. Avant leur réception, les candidats passent par l'épreuve d'un noviciat de deux ans , durant lequel toutes les études sont interrompues, et qui est principalement employé à des exercices spirituels. A la fin du noviciat se font les premiers et souvent les seconds vœux, semblables à ceux des autres ordres. La pauvreté des membres consiste en ce qu'ils ne peuvent posséder, soit individuellement, soit collectivement, ni revenus , ni propriétés , et doivent se contenter de ce qu'on leur donne pour leurs besoins. Mais les collèges sont dotés, afin que ceux qui enseignent et ceux qui étudient ne perdent pas leur temps aux soins de leur entretien. Après le noviciat, commencent les études, qui consistent principalement dans la connaissance des langues , de la poésie , de la rhétorique , de la philosophie , de la théologie, de l'histoire ecclésiastique et de rEcriture sainte. Ceux qui e li i ent à ces études doivent, pour entretenir la piété dans leur cœur, faire de fréquents examens de conscience, s'approcher des sacrements tous les trois jours, et renouveler leurs vœux deux fois par an. Chaque membre est surveillé par un confrère. Il sort toujours accompagné. Alors vient le second noviciat, qui dure un an, et pendant lequel on est employé à la prédication, aux catéchismes, à l'enseignement. Cependant la majeure partie du temps doit être consacrée à la contemplation, dont saint Ignace a tracé les règles dans ses Exercices spirituels, Dv après leur talent, le» membres de la société sont partagés en trois classes : 1° Les profès, qui, outre les trois vœux monastiques, font le quatrième vœu d'obéissance absolue au Pape, par rapport aux missions. Il y a peu de prof es , ou jésuites du quatrième vœu. C'est parmi eux que sont élus le général et les autres chefs des instituts de l'ordre. Ces instituts sont les maisons professes , dirigées par un préfet; les
(t) Ad majorera Dei gloriam.