‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 135 sur 294 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Canisms la Dogmatique. Les succès qu'ils y obtinrent leur ourrirent bientôt les portes de Munich (1559). Ils surent y réveiller le goût des études classiques , littéraires et scientifiques dont les protestants proscrivaient l'enseignement comme une occupation mondaine, inutile et dangereuse. Dès lors l'Eglise catholique de Bavière fut garantie contre les attaques ennemies. Il en fut de même lorsque les Jésuites fondèrent des collèges à Cologne (1559), Trêves (1561), Mayence (1562), Augsbourg et Dillingen (1563), Paderborn (1585), Wurtzbourg (1586), Munster et Saltzbourg (1588), RavnW-s (1595), Anvers, Prague, Posen (1571), et dans d'autres contrées. Partout ils devinrent l'appui et le rempart de l'Eglise. Leurs remarquables travaux sur toutes les parties de la théologie, de la philosophie , de la grammaire et de la philologie, *e répandirent dans tout le monde savant. Tels furent les écrits de Tursellini (De particulis Linguœ latinœ); de Viger (De Idiotismis Linguœ grœcœ); de Jean Perpinianus, Pontanus, Vernulaeus et d'autres sur la bonne latinité; de Jacques Balde, Sarbiewski, Jouvenci, Vanière, Spée, sur la poésie ; de Clavius, Hel, Scheiner, Schall, de Bell, Poczobut, à Wilna, sur les mathématiques et l'astronomie; de Kircher, Nieremberg, Raczinski, sur la physique et l'histoire naturelle; d'Acunha, de Charlevoix, Dobrizhofer, Gerbillon, sur la géographie ; d' Aquaviva, de Mariana, de Ribadeneira, sur l'histoire, l'hagiographie et les sciences politiques. Les hommes les plus judicieux ont toujours reconnu que la méthode des Jésuites, alliant la science à la religion, et soutenant l'esprit par une sage et paternelle direction, est merveilleusement appropriée à l'instruction de la jeunesse. Nous ne citerons ici à l'appui de cette opinion que les paroles du plus juste et du plus malheureux des rois, Louis XYI : « Le gouvernement, dit-il, a

* toujours trouvé un appui spécial dans cette célèbre société, qui

* élevait la jeunesse dans l'obéissance à l'Etat, dans la connais- » sance des arts, des sciences et des belles-lettres. Choiseul a livré » les Jésuites aux persécutions des parlements ; il a livré la jeu- » nesse aux systèmes de la philosophie, ou aux influences des » opinions parlementaires les plus dangereuses. En renversant » les Jésuites, il a fait, au grand détriment de l'éducation et de la » science, un vide qu'aucune autre corporation religieuse ne

iv, 18

» pourra jamais combler. » Il n'est pas étonnant que l'habileté et les vertus morales des Jésuites les fissent souvent appeler à la cour des princes. Ils furent mêlés, par conséquent, aux grands événements politiques du xvne siècle. On a voulu leur en faire un crime , comme si les souverains n'étaient pas libres de mettre à profit les lumières et les conseils des hommes éclairés, par la seule raison que ces hommes ont fait vœu d'employer leur activité et leur zèle pour la plus grande gloire de Dieu et de l'Eglise.

8 . Nous avons successivement parlé des nouveaux ordres religieux, qui apportèrent, en même temps que les Jésuites, leur con« cours aux efforts de la Papauté luttant contre l'esprit d'indépendance et de schisme , propagé par les doctrines protestantes. Les Théatins, les Somasques, les Barnabites, les Oratoriens, les Lazaristes se montrèrent les dignes auxiliaires de l'Eglise. Les Carmélites de sainte Thérèse , l'ordre de la Visitation de saint François de Sales , les Ursulines , les filles de la Charité renouvelaient les merveilles de l'austérité, des saintes contemplations et de l'héroïque dévouement des premiers siècles. — L'ordre des Bénédictins produisait une nouvelle branche destinée à ressusciter sa gloire antique. Jadis si florissant, si actif, cet ordre avait été envahi par l'esprit de relâchement. Il s'était appauvri au milieu de sas immenses richesses. Après bien des essais infructueux, Didier de la Cour, prieur de l'abbaye de Saint -Vanne, en devint le réformateur. Placé, jeune encore, à la tête de cette abbaye, il résolut d'y remettre en honneur l'étude des sciences et des lettres et d'y faire adopter, dans la discipline , une réforme devenue indispensable. Les monastères de Moyen-Moutier et de Saint-Hidulphe reçurent la nouvelle règle confirmée par le pape Clément VIII (1604). Elle fut favorablement accueillie dans un grand nombre de couvents de France. Dès lors le chapitre général tenu à Saintisuy, à Tulle (1618), résolut de former une congrégation particulière des couvents réformés , sous l'invocation de saint Maur, le plus grand disciple de saint Benoît. Grégoire^V autorisa cette congrégation. Richelieu s'y intéressa vivement, et elle compta bientôt cent quatre-vingts abbayes et prieurés conventuels. La congrégation avait , outre la règle commune à tous les Bénédictins , quelques statuts particuliers , et un supérieur général qui

CHAPITKE VIII. 275

demeurait à Paris , dans le cloître Saint^Germain. Les Bénédictins de Saint- Maur produisirent bientôt des noms que la science a immortalisés : Mabillon, Mvntfaucon, Ruinart, Thuillier, Martène, Durand , d' Aehery, Le Nourry, Martianay, ces géants d'érudition qui réalisèrent des prodiges de savoir et de patients labeurs.

9 . La cbarité et le dévouement des fidèles ministres de l'Evangile ne s'exercèrent pas seulement parmi les nations appartenant depuis longtemps à l'Eglise chrétienne, mais s'étendirent aux peuples païens les plus éloignés et les plus sauvages. Aucun ordre ne montra un zèle plus héroïque que la société de Jésus, dont un grand nombre de membres' n'eut d'autre ambition que eelle 'de mourir dans les missions étrangères pour l'amour du Christ. Les découvertes des Portugais et des Espagnols leur en fournirent l'occasion et leur en facilitèrent les moyens. Nous avons parlé des travaux apostoliques de saint François Xavier aux Indes , et de ses collègues en Chine et au Paraguay. Les conversions entreprises par ces hardis missionnaires furent singulièrement encouragées et en quelque sorte régularisées par l'institution de la Propagande, fondée sous Grégoire XV [congregatio de Propaganda fide) (1662). Cette congrégation se composa de quinze cardinaux, de trois prélats et d'un secrétaire. Les abondantes aumônes des catholiques obtinrent ainsi une destination sûre et régulière. Le collège, annexé par Urbain VIII à la congrégation de la Propagande, devint le séminaire des missions étrangères. L'exemple du Pape fut noblement imité; de riches dotations assurèrent l'œuvre ; de ^ombreux ouvriers de toutes les nations catholiques s'v formèrent à l'apostolat, et l'oa vit 'se renouveler à Rome, chaque année , le dimanche après celui de la Trinité , le sublime spectacle de la Pentecôte et de l'Evangile prêché dans tous les idiomes connus. Cette fête de la Propagande où le nom du Seigneur est glorifié dans toutes les langues de la terre , est une des solennités qui expriment et révèlent le mieux l'idée fondamentale de l'Eglise catholique.

10. Tout se tient d'une manière vivante dans l'histoire. Il ne se fait pas un mouvement dans un sens, qu'il ne retentisse dans toutes les directions. C'est ainsi que la lutte contre le protestai!-

/sme; les discussions qui s'élevèrent dans le sein même de l'Eglise, et l'institution des ordres nouveaux, excitèrent un mouvement scientifique très prononcé. Les attaques des protestants dirigèrent l'attention vers la dogmatique , dont on s'occupa sérieusement, non pas, comme jadis, au point de vue spéculatif, mais surtout au point de vue historique , le plus nécessaire dans la polémique filtre les prétendus réformateurs. Le plus savant théologien qui ait laissé des ouvrages en ce sens est sans contredit le père Denys Petau, d'Orléans (1583). Ses travaux sont si solides, si complets, si pleins de sagacité, que quiconque étudie la théologie doit les consulter avec le plus grand soin. Outre la publication des écrits de plusieurs historiens ecclésiastiques et de quelques philosophes (1), et de son ouvrage historique et astronomique , intitulé : Rationale temporum , qui a fait époque , ses Dogmata Theologica éveillèrent la plus vive attention. C'est une exposition de la vraie doctrine professée par l'Eglise catholique dans tous les temps , et opposée aux enseignements variables des hérétiques. Malheureusement cet ouvrage est resté incomplet par suite de la mort de l'auteur (1652). On a peine à croire que la vie d'un homme ait pu suffire à des œuvres aussi considérables, aussv consciencieuses, aussi exactes et aussi remarquables sous tous les rapports. La latinité du père Petau est en général facile et heureuse, son expression claire et méthodique ; il associe, d'une manière large et ingénieuse , l'histoire et la dogmatique. Dans la polémique religieuse qu'entraînait nécessairement la controverse avec les protestants , on remarqua de bonne heure Eck, Coclœus, Stanislas Hosius et Berthold, évêque de Chiemsée. Mais le plus éminent de ce^ théologiens est certainement Robert Beliarmin, de Florence (1 542). Entré dans l'ordre des Jésuites (1560) après avoir reçu une éducation aussi pieuse que savante, il se distingua bientôt par une ardeur infatigable pour l'étude. Il professa les diverses parties de la théologie et composa une Grammaire hébraïque, une Biographie des écrivains ecclésiastiques (De Scriptoribus ecclesiasticis), et le grand et célèbre ouvrage de controverse, intitulé : Disputationes de controversis Christianœ fidei articulis lib. IV.

(i) Epiphane, Syoésius, Nicéphore, l'empereur Julien, Thémistius

Page 1