‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 136 sur 294 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

Bellarmin connaît à fond toute la littérature protestante , les œuvres de Luther, Mélanchton, Calvin, Bèze, des sociniens, et en général de tous les ennemis de l'Eglise catholique. Il expose avec précision ^t impartialité les points controversés et l'état de la question. Ses démonstrations, fondées sur la tradition, sont d'une rare abondance et d'une logique irrésistible. L'élévation du savant jésuite au cardinalat ne lui fit rien changer à sa vie simple et laborieuse. Le livre Scala ad Deum , qu'il composa depuis , nous fait connaître les profonds sentiments de piété , de dévouement et de résignation de sa belle et sainte âme.

11. L'étude de l'Ecriture sainte n'était point, c&^nme le prétendaient les protestants, négligée par les docteurs catholiques. Les travaux de Bellarmin et de Pagnini, sur la langue hébraïque, exercèrent une heureuse influence sur cette partie des sciences sacrées. Le dominicain Sixte de Sienne (1569) composa une Introduction à la connaissance des Livres saints, fort utile pour l'intelligence du texte. Yatable (1540) publia, sous François Ier, une nouvelle traduction de l'Ecriture sainte , avec de courtes remarques , fort estimée pour sa clarté et sa concision. Les Commentaires sur la Bible, par le jésuite Etienne Ménochius, obtinrent le plus grand et le plus légitime succès. Cornélius à Lapide se plaçait au premier rang parmi les interprètes de la sublime théologie de saint Pa^. Le jésuite Maldonat et Guillaume Estius, chancelier de l'Université de Douay, s'immortalisaient aussi par leurs travaux sur l'Ecriture sainte.

12. Cet ensemble de savantes et pieuses études se complétait par les ouvrages ascétiques qui parurent alors , et qui furent un des derniers fruits de l'heureuse influence du moyen âge sur la littérature catholique. Tels furent les Exercice? spirituels de saint Ignace [Exercitia spiritualia ) ; les écrits de saint Charles Borromée : Instructiones confessariorum et concionatorum ; IdRhetorica ecclesiastica de Valère Augustin ; celle du célèbre dominicain Louis de Grenade, et surtout les sermons des grands prédicateurs de l'époque : en Italie, Clarius, évêque de Fuligno ; Cornélius Musso, évéque de Bitonto, dans le royaume de Naples (1574) ; Charles Borromée, le jésuite Paul Segneri (1694); en France, Simon Yigor, archevêque de Narbonne (1575), le jésuite Claude

de Lingendes (1666) et son parent Jean de Lingendes, François Férault, de l'Oratoire (1670) ; en Espagne, Louis de Grenade ; en Pologne, Pierre Skarga. Enfin la piété, la dévotion, les sens religieux des peuples, furent alors réveillés et entretenus par la réimpression et les nouvelles traductions des écrits de sainte Thérèse , de saint Jean de la Croix , dfe saint François de Sales , du pieux Louis de Grenade, auteur du Guide des pécheurs, des Pensées sur la vie chrétienne , d'un traité De la prière , etc. Ces utiles réimpressions rappellent les paroles que le pape Grégoire XIII écrivait à Louis de Grenade : « Vous avez rendu, lui dit -il , à tous ceux » qui ont cherché à s'instruire dans vos livres, un plus grand ser- » vice que si vous aviez obtenu du Ciel , par vos prières , la lu- » mière pour les aveugles et la vie pour les morts. »

13. En dehors de ces travaux exclusivement religieux, le sentiment catholique inspirait encore les arts et la littérature, malgré fes efforts du protestantisme. Le Corrége, le Titien, les Carrache, le Dominiquin, Guido Réni, les peintres du Rhin et des Pays-Ba» continuaient les- traditions glorieuses de Raphaël et de Michel- Ange. La poésie prit un nouvel et religieux essor, lorsque le tTasse (1580) la consacra au récit des chevaleresques exploits du moyen âge dans sa Jérusalem délivrée; lorsque Caldéron de la Barca (1640), devenu prêtre et chanoine de Tolède } après avoir vaillamment porté les armes, chanta l'héroïsme des chrétiens et l'immortelle gloire qui leur est réservée. Dans le même temps, Lope de Véga, mort en 1 635 dans la solitude du cloître, vouait sa féconde imagination, son intarissable verve, à embellir les sujets les plus graves , ou à exprimer les idées les plus sublimes de la foi. La musique s'associa encore à la peinture et à la poésie. Le génie de Palestrina rendit à l'art sa véritable dignité et en assura pour toujours la conservation. C'est ainsi que le Catholicisme ré-» gnait encore sur les plus hautes intelligences au moment où sa ennemis conjurés se vantaient de £ré$>arer ses funérailles.

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