CHAPITRE PREMIER
prit les armes pour venger cette injure. Sans attendre les résultats de l'enquête , que le Pape avait fait commencer sur cette affaire, les Corses viennent attaquer l'hôtel de l'ambassadeur, frappent de mort plusieurs Français, et tirent des coups d'arquebuse sur le carrosse de l'ambassadrice, dont un des gens est tué (1662). Ces événements étaient déplorables sans doute; mais, au fond, il n'y avait là qu'une sorte d'émeute militaire provoquée par l'insolence des Français, et dans laquelle le gouvernement romain n'avait eu aucune part. Cependant le cardinal Chigi, neveu du Pape, se rendit immédiatement près de l'ambassadeur pour lui faire agréer ses excuses au nom du souverain Pontife, et lui offrir toutes les réparations qu'il voudrait exiger. Le duc de Créqui refusa de l'entendre, quitta Rome, se retira en Toscane, et fit parvenir à la cour de Versailles un rapport où il présentait l'affaire sous le jour le plus désavantageux pour l'administration pontificale. LouisXIY, à cette nouvelle, ordonna que le nonce du Saint-Siège en France, Piccolomini, fût conduit, par cinquante soldats, de Paris aux frontières de la Savoie. En même temps il s'emparait d'Avignon et du comtat Venaissin, et faisait marcher des troupes en annonçant l'intention de faire une descente en Italie. Alexandre VII offrit en vain toutes les explications possibles sur cette funeste affaire. Louis XIV était inflexible. Toute l'année 1663 se passa en négociations infructueuses. Enfin le Pape proposa la médiation du roi catholique, du grand duc de Toscane, de la république de Venise et des autres Etats italiens. On ne pouvait disconvenir que les Français avaient commencé la querelle. Les Corses avaient, de leur propre mouvement, pris les armes et causé tous les malheurs subséquents. Mais il fut impossible de faire entendre aucune raison à la cour de Louis XIV. Ce prince exigea l'exil de dom Mario Chigi, neveu d'Alexandre VII. Il voulut que le cardi* nal Impériali vînt à Versailles présenter des excuses au nom dm Pape, et enfin qu'on élevât à Rome une pyramide, dont l'inscription exprimerait le délit et la punition des Corses (1). A ce prix, H consentit à donner au souverain Pontife des assurances de paix,
(i) Ce monument fut abattu sous Clément IX, à qui Louis XIV permit de W faire disparaître.
298 ALEXANDRE vu (1655-1667).
C'était agir en monarque absolu et non en roi tr^s chrétien. « Les » hommes sages , dit Muratori , désapprouvèrent le procédé pré- » patent du roi de France contre le vicaire de Jésus-Christ, pour » un accident survenu sans aucune faute de sa part. » Cependant toutes les conditions furent exécutées, et la bonne intelligence fut. rétablie entre la couronne de France et le Saint-Siège.
19. Un des premiers soins d'Alexandre VII, en montant sur le trône apostolique, avait été de s'occuper de l'affaire du jansénisme que la bulle d'Innocent X n'avait pas terminée. Le docteur Arnauld venait de publier deux lettres où il soutenait, que les cinq propositions, condamnées comme extraites de Y Augustinus, ne se trouvaient nullement dans ce livre. La Sorbonne censura les deux lettres (14 janvier 1 (556), ce qui n'empêcha pas le docteur de composer de nouveaux écrits où il avançait : « Que la grâce, sans laquelle » on ne peut rien, avait manqué à un juste dans la personne de » saint Pierre , dans une occasion où l'on ne peut pas dire qu'il » n'ait point péché. » C'était renouveler, sous une forme hisk* rique , la première des cinq propositions condamnées. Un second arrêt de la faculté de Paris censura la doctrine d' Arnauld (16 janvier 1656). Les jansénistes n'en continuèrent pas moins à dogmatiser sur ce thème. Alexandre VII crut devoir intervenir. Dans une bulle du mois d'octobre (1656), il promulgua une nouvelle constitution par laquelle il confirmait de point en point celle d'Innocent X, qu'il inséra tout entière dans ]a sienne. Il y déclare et définit que les cinq propositions, objet de la discussion, sont réellement extraites du livre de Jansénius , intitulé Augustiniis , qu'elles ont été condamnées dans le sens que leur donne cet auteur. Il condamne de nouveau Y Aurjustinus et tous les ouvrages imprimés ou manuscrits que l'on a faits ou que l'on pourra faire pour en soutenir la doctrine. « La précision et les précautions, dit » un écrivain moderne , ne pouvaient guère être poussées plus » loin ; elles parurent presque outrées d'abord : on verra qu'elles » n'étaient pas encore suffisantes. »
20. La bulle d'Alexandre VII fut reçue avec soumission par l'assemblée générale du clergé de France (1657). On déclara qu'il serait procédé , selon la teneur de cette bulle et de celle d'Innocent X, contre ceux qui continueraient à professer la doctrine con-