‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 16 sur 294 · CHAPITRE PREMIER. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. i

en intelligence curieuse, cherchant à y puiser des enseignements, des conseils, des maximes pour la vie à venir. Il avait, dans l'espace de deux ans , prit ses grades de philosophie , lorsqu'un événement fortuit vint donner une autre direction à ses idées. Un de ses plus intimes amis, compagnon des travaux et des joies de sa jeunesse, mourut à ses côtés, frappé de k foudre. Effrayé par cet avertissement du ciel, l'écolier allait, la nuit suivante, frapper à la porte du couvent des Augustins, y demandait l'habit de moine, et, le lendemain, il renvoyait à l'Université les insignes de maître ès-arts qu'il en avait reçus. Une vocation si subite vut accompagnée des signes extérieurs de l'austérité la plus rigide et de la plus sévère pénitence. La vision de son ami, tombé soudain dans les mains du Dieu vivant, poursuivait ses nuits sans sommeil. Luther jeûnait et se mortifiait comme un anachorète de la Thébaïdf . Staupitz, général des Augustins, fut obligé de modérer souvent ces exagérations d'une ferveur de néophyte. Il démêla bientôt, dans les replis de cette âme ardente, un orgueil démesuré et une opiniâtreté invincible, qu'il soumit aux plus énergiques épreuves. Enfin, après un noviciat rude et pénible, Luther fut admis, en 1507, à prononcer ses vœux, et reçut la prêtrise la même année. « C'est aujour- » d'hui, écrivait-il à un de ses amis, que je dirai ma première » messe : venez l'entendre. Indigne pécheur que je suis, Dieu a » daigné me choisir dans les trésors de sa miséricorde : je tâche- » rai de me rendre digne de sa bonté, et, autant qu'il est possible » à de la poussière comme moi, j'accomplirai ses desseins. Priez » pour moi afin que mon holocauste soit agréable à Dieu. » Le jeune prêtre continua à se livrer, avec une ardeur toujours croissante, au mysticisme le plus exalté. Il prenait pour des avertissements du ciel les hallucinations d'une imagination en délire. Ses supérieurs, j/our changer le cours de ses idées, lui conseillèrent un voyage à Rome : ils espéraient que la foi révélerait mieux ses douces harmonies au cœur de Luther, au milieu de la Ville éternelle. Mais le moine austère ne comprit rien aux splendeurs de l'Italie, à l'éclat et au rayonnement de la Papauté. Il sortit de Rome l'anathème à la bouche. Il n'était pas encore rebelle, il allait le devenir. Sa foi commençait à fléchir et déjà

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se débattait en lui le réformateur futur. « Ma vie, écrivait-il à » cette époque , fait chaque jour uu pas vers l'enfer ; car » n aque jour je deviens plus mauvais et plus misérable. » Cependant son talent se développait au milieu de ces luttes intérieures et des orages qui tourmentaient son âme. Frédéric, électeur de Saxe, prince ami des lettres et des arts, musicien habile, humaniste qui savait par cœur les poètes classiques de l'antiquité, avait entendu plusieurs fois prêcher Luther, dont il avait admiré la parole. Il voulut l'attacher à l'université de Wittemberg, qu'il avait fondée. Le moine saxon fut donc nommé professeur de philosophie, et, peu de temps après, prédicateur de la ville. La jeunesse wittembergeoise se porta en foule aux leçons de Luther. On admirait sa parole claire, incisive et toute remplie d'ironie. Mais les hommes sensés s'effrayaient de sa tendance à dénigrer les docteurs qui l'avaient précédé, et dont la renommée régnait encore dans les écoles : « Echos du passé, dit-il, qui ne

* rendent que des sons humains, comme tous les philosophes % imbéciles; qui cherchent l'explication des phénomènes moraux

* dans l'homme, au lieu de remonter à leur source, c'est-à-dire » à Dieu et à son Verbe. » Ses succès, comme prédicateur, offrirent les mêmes caractères d'entraînement oratoire et de fouguf désordonnée. Sa voix était belle et sonore, ses gestes larges et nobles. Il avait, dès l'abord, annoncé son dessein de ne pas imiter ses devanciers; et il tint parole. Abandonnant les routes battues de la scholastique, il affectait de puiser exclusivement ses inspirations, ses textes et ses images dans les livres saints. Son auditoire, charmé de ses innovations, l'encourageait, par des applaudissements, dans les voies dangereuses qu'il inaugurait. «Luther, disait un religieux, au sortir d'un de ses sermons, » a un profond regard, des imaginations admirables; il donnera » du tourment aux docteurs et soulèvera de grandes tempêtes. » On remarquait, dès lors, le germe des doctrines qu;il développera plus tard, en donnant au protestantisme sa dernière formule. Il soutenait déjà que la foi seule obtient ce que commande la loi. Sans s'élever précisément contre le jeûne, les pèlerinages et la prière, il exalte la foi au point de déprécier les œuvres. Il affirme que le culte de Dieu a été défiguré par des pratiques

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