‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 17 sur 294 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

superstitieuses qui ne sont propres qu'à tuer Pâme ; s'il accordé encore quelque efficacité aux indulgences de l'Eglise, il leur refuse le titre de remède spirituel. La même formule revient sans cesse dans ses discours : le salut par la foi.

28. T«3 était le professeur de Wittemberg, lorsque Léon X, à l'exemple de plusieurs de ses prédécesseurs, publia des indulgences accordées à tous les fidèles qui contribueraient, par leurs aumônes, à l'achèvement de la basilique de Saint-Pierre, commencée par Jules II , et aux frais de l'expédition contre les Turcs, dont le Pape nourrissait toujours l'espoir. L'archevêque de Mayence, chargé, en Allemagne, de la promulgation du décret pontifical , en confia la commission pour la Saxe à Jean TeUel , dominicain et inquisiteur de la foi. Les religieux de saint Augustin , qui se croyaient des droits à cette mission , furent vivement piqués de cette préférence. Luther embrassa chaudement leur querelle, et, ainsi, une jalousie de moines allait enfanter d'effroyables orages. Avant de poursuivre le récit des faits, il est important d'établir la doctrine catholique touchant les indulgences, qui va devenir le sujet d'une ardente controverse. « La » théologie distingue dans le péché , disent les Pères du concile D de Trente, la coulpe et la peine. La coulpe est l'offense faite à » Dieu; la peine, le châtiment que mérite l'offense, peine éter- » nelle ou temporelle. L'Eglise qui, avec les clefs, a reçu le pou- » voir de lier et de délier, exerce ce pouvoir à l'égard du péché » commis après le baptême, et par le sacrement de pénitence, et » par l'application de l'indulgence ; dans !e sacrement de péni- » tence , l'Eglise remet le péché quant à la coulpe et à la peine » éternelle, mais non toujours quant à toute la peine tempo- » relie. Par l'indulgence , elle délie en tout ou en partie de » la peine temporelle qui restait à subir pour nos péchés en » ce monde, par le moyen des œuvres satisfactoires ; dans l'autre, » par l'expiation du purgatoire. L'indulgence remet donc la » peine, mais non la coulpe. Le trésor des indulgences, dont la » dispensation appartient aux Papes et aux évêques, se compose » des satisfactions surabondantes de Jésus-Christ : une seule

• goutte du sang de l'Homme-Dieu , eût suffi mille fois pour

• racheter des milliers de mondes A ces fonds inépuisables de

U Léon x (1513-Ï521).

» mérite, viennent s'ajouter, agréées de Dieu comme méritoires, v à cause de leur union avec les satisfactions du Sauveur, et d comme étant appliquées en vertu du dogme de la communion )> des saints , les satisfactions surabondantes de Marie , mère de r> douleurs, qui n'eut jamais aucune faute à expier, et celles d'un * grand nombre de saints qui ont souffert pour la justice et pra- » tiqué de longues pénitences pour racheter de légères imperfec- » tions. » Le dogme de l'indulgence est intimement lié avec le dogme du Purgatoire. Au-delà de cette vie, la foi nous enseigne qu'il est un lieu de purification où l'âme achève de se laver de ses souillures, jusqu'à ce que les temps prescrits par la miséricorde et la justice divine étant accomplis, elle vienne s'asseoir parmi les bienheureux, car rien de souillé, dit l'Ecriture, ne saurait entrer dans le royaume des deux. La foi nous dit aussi que ces heures d'épreuves et ces peines dont nous ignorons la durée, peuvent être abrégées et adoucies par les œuvres satisfactoires. Non pas que ces œuvres aient aucune puissance en elles-mêmes; mais offertes par notre divin Médiateur à son Père, elles désarment et fléchissent un Dieu de miséricorde et de charité. Or, l'indulgence comme la prière, comme l'aumône , vient apporter, par l'application des mérites de Jésus-Christ., quelque adoucissement aux souffrances passagères des âmes de nos frères. L'Eglise a le pouvoir d'abréger ces peines satisfactoires, en vertu même des paroles du Sauveur : Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel : tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dam le ciel.

29. Le dominicain Tetzel, en prêchant les Indulgences accordées à toute la catholicité par Léon X, était donc dans son droit et faisait son devoir. L'esprit de piété et de foi, malgré la licence et le désordre des mœurs publiques, n'était pas éteint au milieu des peuples. La prédication du religieux de saint Dominique obtenait, en Allemagne, d'éclatants succès. Vers la fin de l'année 1517, il vint à Interbock, petite ville de la principauté de Magdebourg, à huit milles de Wittemberg. Les habitants de cette dernière cité , dans leur impatience d'entendre le dominicain , quittaient leurs maisons et couraient aux sermons des Indulgences. Luther essayait en vain de retenir ses pénitents qui voulaient à toute

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