CHAPITRE Iî. Sît
* taire, fit voir qu'un rci absolu qui veut le bien, vient à bout d* » tout sans peine. Il n'av&it qu'à commander, et ses succès dan* » l'administratif .; étaient aussi rapides que l'avaient été ses con— » quêtes. C'était une chose véritablement admirable de voir les » ports de mer, auparavant déserts et ruinés, maintenant entourés y> d'ouvrages qui faisaient leur ornement et leur défense, couverts » de navires et de matelots, et contenant déjà près de soixante y> grands vaisseaux qui pouvaient armer en guerre, De'nouvelles » colonies, protégées par notre pavillon, partaient de tous côtés » pour l'Amérique, pour les Indes orientales, pour les côtes d'A- » frique. Cependant en France, et sous les yeux du monarque, » des édifices immenses occupaient des milliers d'hommes , avec » tous les arts que l'architecture entraîne après elle; et, dans » l'intérieur de sa cour et de sa capitale , des arts plus nobles et » plus ingénieux donnaient à la France des plaisirs et une gloire » dont les siècies précédents n'avaient pas eu même l'idée. » Louis XIV pouvait donc dire avec quelque raison ces mots si mal interprétés ou si peu compris ; « La France, c'est moi ; » car il avait personnifié en lui l'intérêt de la France , le sentiment de {a puissance, de la dignité, de l'orgueil même de cette nation, et jusqu'à ses passions et à son esprit ; le peuple français se sentait vivre et régner dans Louis XIV. Mais un pouvoir aussi immense a ses aveuglements, ses écarts et ses faiblesses. L'homme, quelque grand qu'il soit, conserve toujours cette empreinte de l'imperfection originelle qui marque toutes ses œuvres. Louis XIV, auquel ses ministres, par une flatterie exagérée, faisaient entendre que sa volonté était la seule limite de sa puissance, voulut imposer à toute l'Europe son absolutisme sans frein. Les sentiments religieux qui dominaient sa vie, malgré toutes les faiblesses de son cœur, ne le retinrent pas dans les empiétements qu'il méditait contre l'autorité pontificale. Nous l'avons vu, sous Alexandre VU, pousser la lutte contre le Saint-Siège avec une ^Slence indigne d'un roi très-chrétien, qui prenait le titre de Fils aine de i'Ef/hse : le pontiîîcat d'Innocent XI va nous offrir une série d'actes de même nature, produits, d'un côté, par une ambition et ui auteur démesurées, et supportées, de l'autre, avec une ap< istolique fermeté.
328 innocent xi (1676-1689);
10. Nous allons toucher à l'époque où le gallicanisme s'imposa avoc le plus d'obstination. Il importe de fixer les idées sur cette doctrine, dont les controverses ont agité tout le xvne siècle, et qui a prolongé, jusqu'à nos jours, l'écho de ses luttes intestines. Nous résumerons cette question en la prenant telle que Fa posée l'abbé Fleury, dont les gallicans vantent la modération. L'abbé Fleury, successivement précepteur des fils du prince de Conti , du comte de Vermandois, un des fils naturels de Louis XÏV ; sous -précepteur des ducs de Bourgogne, d'Anjou et de Berry, et plus tard confesseur du jeune roi Louis XV, est l'auteur d'une Histoire, ecclésiastique, en vingt volumes in-4°, qui a été longtemps le seul ouvrage classique de ce genre admis dans les écoles de France , Le style en est pur, facile et abondant ; le récit des événements clair et naturel. Une longue étude des Pères et des docteurs avait familiarisé Fleury avec les matières qu'il traite. On pourrait trouver, sans doute, de nombreuses critiques de détail à formuler sur divers points ; mais dans un travail de si longue haleine, il serait injuste de ne pas tenir compte de la difficulté vaincue et d'insister minutieusement sur des taches légères. Il n'y a que les esprits prévenus, ou les hommes qui n'ont jamais rien essayé, qui aient le facile courage de se montrer des juges si sévères. A nos yeux, le grand, le seul reproche qu'on puisse adresser justement à Fleury, c'est d'avoir entrepris son travail avec le parti pris et l'intention arrêtée de combattre dans tout le cours des siècles, et partout où il croit «n trouver une occasion favorable, l'autorité du Saint-Siège et la suprématie pontificale. C'est à celte tendance malheureuse que son Histoire doit d'avoir subi l'injure des éloges de presque tous les écrivains protestants. Basnage écrivait lois de la publication de cet ouvrage : « Il suffit de nommer Fleury pour ) donner une idée de la plus haute réputation de sincérité qu'un * auteur ait jamais méritée. Cependant nous affirmons qu'en » Italie, en Espagne, et surtout en aucun heu des Etats du Pape, » elle n'obtiendra jamais l'estime qu'on y a pour Baronius. Je » suis persuadé, et je le déclare en face de l'univers , qu'il n'y a » pas un seul catholique qui n'en ait été scandalisé. >> Le luthérien Gruber disait à la même époque : « Fleury est un auteur » plein de sentiments excellents; car il parle de la primauté pou