‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 168 sur 294 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

20. Le 23 mars suivant, des lettres patentes de Louis XFV en rendaient l'enseignement obligatoire dans toutes les Universités ;iu royaume. « Nous défendons, disait le roi, à tous nos sujets et .» aux étrangers étant dans notre royaume, séculiers et réguliers » de quelque ordre, d'enseigner dans leurs maisons, collèges ou » séminaires, ou d'écrire quelque chose contraire à la doctrine » contenue dans cette Déclaration. Ordonnons que ceux qui seront » désormais choisis pour enseigner la théologie dans tous les » collèges de chaque Université, séculiers ou réguliers, souscri- » ront ladite Déclaration avant de pouvoir faire cette fonction ; » qu'ils se soumettront à enseigner la doctrine qui y est contenue, * et que les syndics des Facultés de théologie présenteront aux » ordinaires des lieux et à nos procureurs-généraux , des copies » desdites soumissions, signées par les greffiers desdites Facultés. » Que dans tous les collèges et maisons desdites Universités où il » y aura plusieurs professeurs réguliers ou séculiers, l'un d'eux » sera chargé tous les ans d'enseigner la doctrine contenue en » ladite Déclaration ; et dans les collèges où il n'y aura qu'un seul » professeur, il sera obligé de l'enseigner l'une des trois années » consécutives. Voulons qu'aucun bachelier ne puisse être désor- » mais licencié en théologie, ni droit canon, ni être reçu docteur, » qu'après avoir soutenu ladite doctrine dans une de ses thèses. » Quelque temps après, le procureur-général du Parlement se transporta à la Sorbonne pour y faire enregistrer la fameuse déclaration. Sur le refus des docteurs, il se fit apporter de force les registres, y fit inscrire la déclaration sous ses yeux, le tout en vertu des libertés de l'Eglise gallicane !

21 . Innocent XI, contre l'autorité duquel éclatait tout cet orage, ne tarda pas à se prononcer. Dans un bref adressé, le 1 1 avril 1682, aux évêques qui avaient fait partie de l'Assemblée générale, il s'exprime ainsi : « En vertu de l'autorité que le Dieu tout- puissant » nous a donnée, nous improuvons , annulons et cassons ce qui a » été fait dans votre assemblée au sujet de l'affaire de la Régale, » avec tout ce qui s'en est suivi, et tout ce qu'on pourrait encore » attenter par la suite; et nous déclarons le tout, à perpétuité, » nul et de nul effet. » — « De bonne foi, dit un écrivain mo- *> derne, un acte aussi odieux, dans son origine, que celui de*

â44 innocent xi (1676-1680).

» quatre articles , aussi suspect dans le but de ses auteurs , aussi » injurieux à l'autorité pontificale , devait-il être reçu par le chef » de l'Eglise , conservateur et modérateur des canons , docteur de » tous les chrétiens, pasteur des brebis comme des agneaux? » Etait-ce au supérieur à fléchir devant ses inférieurs? Au lieu àê, » favoriser le pouvoir de la force, dont les héritiers et les usurpa- » teurs devaient un jour dépouiller l'Eglise de France, n'était-ce » pas un devoir pour les évêques de consulter leur chef, d'obéir à » sa voix paternelle, de donner à leurs peuples l'exemple de 1» * soumission à son jugement? »

22. L'assemblée de 1682 fut donc un malheur, dit Mgr de Vil- Jecourt ; elle devint plus tard le germe funeste de la Constitution dite civile du clergé de France. La Déclaration souleva l'indignation de toute l'Europe catholique. Les deux premiers écrits qui furent publiés contre elle partirent de l'Université de Louvain. Un concile national de Hongrie, ayant à sa tête son primat, flétrit les actes de l'assemblée de France. Rome parla par ses Pontifes ; l'Espagne par ses ÏÏAguirre, ses Gonzalez et ses Roccaberti; l'Autriche par ses Sfondrate; les Pays-Bas par Schelestrate ; la France elle-même, dont les véritables sentiments étaient comprimés par la puissance civile, eut un digne représentant de ses doctrines dans le théologien Charlas, dont la plume savante et la dialectique serrée forcèrent l'admiration de l'évêque de Meaux lui-même. Ce dut être pour Bossuet un tonnerre bien terrible que celui dont les sons partaient, presque à la fois, de tous les points de la catholicité. Une logique plus imposante que tous les syllogismes paraissait armée et menaçante; c'était l'accablante autorité de toutes les églises du monde, moralement réunies pour repousser la déclaration que l'évêque de Meaux avait rédigée, au nom de ses collègues, et que Louis XIV imposait par la force comme une loi fondamentale de l'Etat.

23. Bossuet, s'il eût sérieusement et sans préoccupation réfléchi sur cette unanimité de sentiments, dont il avait tiré, après saint Augustin, un si grand parti contre les hérésies, n'eût pas hésité à désavouer un acte où la passion avait eu tant de part : du moins il eût gardé un silence prudent. Mais la fierté de son génie se révolta contre la réprobation du monde catholique ; et l'évêque

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