‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 185 sur 294 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

de prévenir, par une prompte répression, les désordres du nouveau Montan d'une autre Priscille. Cette démarche, ces paroles cruelles jusqu'à l'outrage , contre un prélat, précepteur du Dauphin, chéri de toute la cour, produisirent une sensation profonde ; c'est qu'en effet l'autorité de Bossuet, que Louis XIV avait surnommé le Père de l'Eglise, leur donnait un poids immense. Fénelon, un nouveau Montan ! Nous aimons à penser que Bossuet eût désavoué , plus tard , une comparaison qui lui était échappée dans la chaleur de la passion. La postérité déplore une pareille violence. Bossuet pressa ie roi de dénoncer le livre des Maximes des saints au jugement du Pape, en assistant « que les erreurs de » l'archevêque de Cambrai seraient foudroyées par le Saint-Siège » aussitôt qu'elles auraient frappé les oreilles du Vicaire de Jésus- » Christ. » Fénelon demanda la permission d'aller à Rome plaider sa cause. Louis XIV la lui refusa, le renvoya de sa cour, malgré les pleurs du jeune duc de Bourgogne qui conserva pour soe Mentor une reconnaissance plus forte que toutes les disgrâces. En même temps tous les amis et tous les parents de Fénelon furent exilés, et Mme Guyon jetée à la Bastille.

9. L'évêque de Meaux fit partir pour Rome son neveu, l'abbé Bossuet, plus tard évêque de Troyes, avec la mission de poursuivre la condamnation du livre des Maximes. Pendant que l'oncle combattait en France la doctrine de Fénelon,. dans de nombreux écrits où l'on retrouve trop souvent l'empreinte de la passion à côté de celle du génie, l'indigne neveu du grand homme l'attaquait à Rome avec l'arme de la calomnie et de la mauvaise foi. Innocent XII nomma une commission chargée d'examiner le livre des Maximes. Après une année d'examen et soixante-quatre séances, de six ou sept heures chacune, les dix commissaires se trouvaient partagés ; cinq avaient constamment voté en faveur di\ livre ; les cinq autres s'accordaient à dire qu'on pourrait facilement, au moyen d'une seconde édition, rendre le livre irréprochable. Le Pape , pressé par Louis XTV de se prononcer défi-% nitivement, répondit que « l'affaire n'était pas suffisamment » éclaircie. » Le roi de France saisit cette occasion pour redou* bler de rigueur contre les amis de l'archevêque de Cambrai, et il écrivit de nouveau à Innocent XII pour le presser de prononcer

Page 1