‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 202 sur 294 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

sait consister la liberté dans la volonté simple, et n'en excluait que la contrainte ou la nécessité physique. Clarke soutint la thèse contraire, avec cette dialectique lumineuse qui fait le caractère de ses écrits. Collins y répondit par son Discours sur la liberté de penser y où il s'élève ouvertement contre la révélation tout entière. Il fut composé, ainsi que l'indique son titre, à l'occasion de la naissance et des progrès d'une société de libres penseurs, qui, sous prétexte d'attaquer la superstition et le Prisme, ébranlaient réellement les fondements de la religion. « On peut se plaindre » avec raison, dit Léland, du peu d'équité et de bonne foi de » Collins, dans tout le cours de son livre. » Il y suppose perpétuellement que les défenseurs de la révélation sont opposés à une liberté de penser raisonnable. D'après lui, tout le mal qui a été fait par des chrétiens, tourne en preuve contre le Christianisme, et tout ce qui a été un sujet de controverse doit être regardé comme douteux En dernière analyse, l'ouvrage aboutissait au Déisme. Il faut rendre justice au clergé anglican ; il se souleva contre la témérité de Collins, qui fut obligé de passer en Hollande. Là il fit imprimer, sous ses yeux, à la Haye, une traduction française de son Discours sur la liberté de penser (1714). Clément XI soumit ce livre à l'examen d'une commission, et le condamna par un décret solennel. Collins était comme une sentinelle avancée de l'école voltairienne, qui devait si souvent, plus tard, attirer sur ses publications, les roudres du Saint-Siège. 36. Le soin qu'apportait Clément XI à réprimer les hérésies et les mauvaises doctrines ne détournait pas ce grand Pape de l'attention qu'il donnait aux intérêts g méraux de la chrétienté. Le sultan Achmed 111, successeur de Moustapha II, violant le traité de Carlowitz, avait attaqué les Vénitiens dans la Morée au commencement de l'année 1715. Trahis par les Grecs du Péloponèse, qui, à l'exemple des Grecs du Bas Empire, ; référaient le ioug ottoman au gouvernement des catholiques, ies Vénitiens se virent forcés d'abandonner cette Morée,conquisequinze ans auparavant par l'illustre Morosini. Cette guerre fut marquée par d'effroyables massacres de la part des Turcs : ceux des Vénitiens échappés au fer ottoman furent presque tous réduits en servitude. Les atrocités des Turcs en Morée émurent la chrétienté tout entière. Un îm-

mense cri d'horreur et de vengeance retentit d'un bout de l'Europe a l'autre. Le Saint-Siège qui, tant de fois, avait armé les peuples et les rois, au nom de la religion et de la civilisation, contre l'islamisme, fit entendre encore sa grande voix. Clément XI déploya, dans cette circonstance, un zèle égal à celui des Urbainll, des Pie V, des Innocent XII. Il envoya, dans toutes les cours de l'Europe, ses légats et ses brefs apostoliques pour armer les chrétiens, et fit lui-même d'immenses sacrifices d'argent pour la guerre sainte. « J'achèterai, s il le faut, disait le souverain Pon- » tife, j'achèterai le succès de cette entreprise par la vente des » calices et les ciboires de toute l'Italie !» A sa voix, l'Espagne, le Portugal, Gênes, la Toscane, l'ordre de Malte, arment des vaisseaux, et la flotte parcourt l'Archipel sous le pavillon pontifical. Cependant, sur le continent, le vainqueur de Témeswar, le prince Eugène de Savoie, premier ministre d'Autriche et généralissime des armées impériales, somme, au nom de l'empereur Charles VI, le Divan de rentrer dans le traité de Carlowitz, qu'il a violé, et de rendre a Venise la Morée qui lui a été injustement ravie. Le Divan répond par une déclaration de guerre. A la tête d'une armée de soixante mille hommes, l'invincible Eugène écrase les Turcs à Péterwaradin (5 août 1716), comme il les avait écrasés, dix-neuf ans auparavant, près de Témeswar, dans les plaines de Zenta. Six mille Musulmans restent sur le champ de bataille ; cent quatorze canons, cinquante drapeaux, des sommes d'argent considérables tombent au pouvoir des chrétiens. Quelques jours après, la ville de Témeswar, dernier boulevard de l'islamisme en Hongrie, rentre sous la domination autrichienne. Un an après, Belgrade, défendue par cent cinquante mille Ottomans, est assiégée pendant trois semaines par le prince Eugène, et la ville se rend aux chrétiens (1er août 1717). Ces deux brillantes campagnes eurent pour résultat le traité de Passarowitz. Les Turcs y reçurent encore la loi des chrétiens. Cette paix, une des plus glorieuses et des plus avantageuses que l'Autriche eût jamais conclues avec l'empire ottoman, enleva à la Porte Péterwaradin r Belgrade, Témeswar, Semendria et une grande portion de la Vaiachie et de la Servie. Des places importantes en Dalmatie, dans les îles Ioniennes, furent rendues à Venise. La Porte garda

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