CHAPITRE III
rent a lire les bulletins, et il manqua trois voix pour que Paolucci eût obtenu les deux tiers des voix nécessaires. « Très certaine- » ment, dit Ottieri, si le cardinal eût réuni la majorité requise, » il aurait été proclamé, car les exclusions qui sont prononcées » par les cours d'Autriche, de France et d'Espagne, s'admettent, » non comme un pacte définitif, mais par un égard prévoyant, » pour ne pas donner lieu à un schisme dans l'Eglise, dans le « cas où les princes ne voudraient pas reconnaître un Pape dont » ils auraient vu l'élection avec déplaisir. » Cet incident présentait naturellement, aux délibérations du sacré Collège, la question des exclusions. Quelques auteurs prétendent que le privilège de l'exclusion dont jouissent, dans les conclaves, les trois cours de Vienne, de Paris et de Madrid, a eu son principe au concile de Saint-Jean de Latran, célébré, en 1059, par le Pape Nicolas IL Mais il ne fut réellement question, dans ce concile, que du couronnement des souverains Pontifes, pour lequel on devait attendre l'agrément de l'empereur, et non de l'élection elle-même. Le droit d'exclusion que nous venons de voir exercé contre le cardinal Paolucci, par l'Autriche, ne remontait pas au-delà d'un siècle. Il est né, ainsi que l'exprimait parfaitement Ottieri, d'une sorte de connivence prévoyante, d'une sage déférence, qui veut que le souverain Pontife ne puisse être personnellement désagréable aux grandes puissances catholiques, car le Pape est pour toutes le père et le pasteur. Il y a eu près de trente schismes, tous occasionnés et fomentés par la défiance qui régnait entre les Pontifes et les princes. Il est donc convenable de tenir compte des répugnances de telle ou telle cour ; autrement, on risque de troubler le repos de l'Eglise, on prive le Pontife élu, en dépit de l'exclusion, du respect et de l'amitié des plus puissants princes. Telles furent les raisons qu'exposa, en 1644, le savant cardinal de Lugo, en faveur du maintien des exclusions. Le conclave de 1721 respecta ces considérations ; il lit agréer à Paolucci l'expression touchante de ses regrets, et élut, le 15 mai 1721, le cardinal Conti, qui prit le nom d'Innocent XIII.
42. La famille Conti avait déjà donné à l'Eglise sept Papes. parmi lesquels saint Léon-le-Grand, saint Grégoire-le-Grand, Innocent 1IL Grégoire IX et Alexandre III. Le nouveau Pontife
416 innocent xin (1721-1 724).
promettait de marcher sur leurs traces glorieuses. Mais la brièveté de son règne ne lui permit pas de réaliser les espérances qu'il avait fait concevoir.il sut cependant immortaliser sa mémoire par des vertus qui le firent bénir de tout le peuple romain. Il voulut intervenir dans les contestations que le jansénisme avait fait éclater en France, et adressa deux brefs au roi Louis XV et au régent, pour déclarer que la seule voie possible de conciliation était une obéissance franche et sincère, sans équivoque ni restrictions. Il se plaignit qu'on n'eût pu déterminer les opposants à révoquer leur appel, s'expliquait avec force contre une lettre qui lui avait été écrite par quelques-uns d'eux et déclarait que « con- » fier des brebis à de tels pasteurs, c'était perdre ces brebis, » plutôt que de leur donner des gardiens.» Enfin, pour répondre aux allégations des partis, il répétait que la constitution Unigenitus ne condamnait que des erreurs et n'attaquait ni les sentiments des Pères ni les opinions des écoles. Le régent fit imprimer ces brefs au Louvre ; mais il ne réussit point encore à obtenir l'adhésion du cardinal de Noailles et des quatre évêques appelants.— Le cabinet de Versailles sollicitait alors, près de la cour de Rome, l'élévation de Dubois au cardinalat. Dubois, né à Brives-la-Gaillarde, d'un pharmacien de cette ville (1656), avait été précepteur du duc de Chartres, fils du duc d'Orléans, frère de Louis XIV. Par le crédit de son élève, il avait obtenu de riches bénéfices. A la mort de Louis XIV, Dubois, servant les caprices du régent, avait gagné sa confiance, et il était devenu successivement conseiller d'Etat, secrétaire du cabinet, ambassadeur exraordinaire en Angleterre (1715), pour surveiller la ligue de la ♦ Grande-Bretagne et de la Hollande avec la France. Il avait négocié la paix à Hanovre et à la Haye, et le régent l'avait nommé ministre d'Etat (1718) et archevêque de Cambrai (1720). Dans ces diverses missions politiques, il faut le dire, Dubois avait déployé un talent qu'on n'aurait pu attendre de ses mœurs corrompues. Le régent renouvela donc ses instances près d'Innocent ill pour faire élever son favori au cardinalat, et les fit appuyer par celles de presque tous les souverains. Le Pape avait fait une longue résistance, mais les instances redoublèrent; il céda enfin, et cette nomination, qui nous étonne tant aujourd'hui, fut alors