‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 22 sur 294 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

qu'il .f j*gnisé toutes les voies de conciliation, de douceur et de charité js©ur ramener le novateur dans la voie de l'obéissance. « Nous pourrions, dit-il en terminant, procéder immédiatement » contre sa personne, et le frapper d'une sentence nominale d'exr » communication. Cependant, pour imiter la clémence du Sei- » gneur, de l'avis de nos très-chers frères les cardinaux, nous » consentons à lui accorder encore un délai de soixante jours, » pour rétracter ses erreurs et brûler ses livres impies. Ce terme » expiré, si lui et ses adhérents n'ont pas satisfait à cette obliga— » tion, nous déclarons qu'ils ont encouru les peines portées contre » les hérétiques, et qu'ils sont exclus de la communion des » fidèles. »

34. Cette sentence jeta Luther dans une exaspération qui tenait de la rage. Il publia aussitôt un pamphlet virulent contre X exécrable bulle. « Qui a dicté cette bulle, s'écrie-t-il, je le tiens pour » l'Antéchrist; je la maudis comme une insulte et un blasphème » contre le Christ, Fils de Dieu. Mais, dis-moi donc, ignoraot » Antéchrist, tu as donc pu croire que l'humanité allait se bnsser » effrayer! Quoi! tu n'as pas rougi, avec tes paroles de fumée, de » te mesurer aux foudres de la parole divine ! » Tel était le style du moine saxon ! Tel était le langage du père du protestantisme ! Et encore, sommes-nous obligé, en le citant, d'adoucir la crudité de ses expressions et de ses images, pour ne pas souiller, par ses blasphèmes sacrilèges et ses dégoûtantes injures, un livre destiné à raconter les triomphes et les luttes de l'Eglise, cette épouse immaculée du Saint-Esprit. Luther ne s'en tint pas aux paroles. Le 1 0 décembre î 520, il fit brûler publiquement à Wittemberg, la bulle du Pape. Le lendemain, il monta en chaire, car sa révolte contre le Saint-Siège trouvait des admirateurs fanatiques, et, au milieu d'une explosion d'applaudissements enthousiastes, il s'écria : « J'ai fait » brûler en place publique l'œuvre satanique du Pape. îl vaudrait i> mieux que ce fût le Pape lui-même, je veux dire le Siège ponti- » fical. Que tout chrétien réfléchisse bien qu'en communiant avec » les papistes, il renonce à la vie éternelle. Abomination sur Ba- » ly7lone! Tant que j'aurai un souille de vie dans la poitrine, je » errerai : Abomination. » C'en était fait! La scission était consommée. Dès ce jour, on ne pouvait plus rien espérer de Luther.

52 Léon x (1513-1521).

35. Cependant de graves événements politiques avaient, m* \nstant, détourné l'attention de l'Europe des mouvements^éditieux du prétendu réformateur. Maximilien Ier, empereur d'Allemagne, venait de mourir (1519). L'archiduc Philippe, et son épouse Jeanne, fille de Ferdinand-le-Catholique, avaient transmis à Charles-Quint, leur fils, l'Espagne, avec les conquêtes et les trésors de l'Amérique ; les Deux-Siciles, les Pays-Bas et la Franche-Comté, et, de plus, le titre de roi des Romains, qu'il devait aux soins de son aïeul. Actif, appliqué, prudent et courageux, son vaste génie s'étf H encore agrandi par le travail, et par les leçons du cardinal Ximénès, qui continuait à gouverner l'Espagne, sous l'héritier de Ferdinand et d'Isabelle. L'ambition de Charles- Quint répondit au développement de ses facultés, et, prince de vingt ans, il brigua l'empire. François Ier, plus âgé que lui de six ans, plus célèbre par ses exploits, se mit aussi sur les rangs. La puissance de l'un et de l'autre inspirait une juste inquiétude aux Allemands, jaloux de leur liberté. Les électeurs impériaux se rassemblèrent à Nuremberg, conformément à la bulle d'or, pour donner un maître à l'empire. Jamais l'Europe n'avait paru aussi attentive à un spectacle électoral de ce genT^. La politique de la cour romaine se dessina nettement en cette conjoncture. Léon X prévoyait que l'élection de l'un des monarques rivaux compromettrait la liberté de l'Europe, l'indépendance du Saint- Siège et le repos de l'Italie. Avec François Ier, plus de barrières de glace pour séparer l'Italie de la France ; avec Charles-Quint, maître de l'Espagne et de Naples, plus de mer entre les Etats de l'Église et les possessions de ce souverain. Fidèle aux instructions du souverain Pontife, Cajétan dut rappeler aux électeurs la constitution qui exclue du trône impérial les rois de Naples, et le danger qu'il y aurait à donner l'empire et le titre de roi des Romains à un jeune prince déjà maître, comme François I", du Mi* lanais et de la Lombardie. Un moment on crut que la politique de neutralité indiquée par Léon X l'emporterait. Les électeurs, justement alarmés des périls que signalait le nonce, offrirent la couronne à Frédéric, duc de Saxe. Mais ce prince la refusa, soit par un motif de désintéressement, soit par crainte d'êtlt écrasé par deux redoutables compétiteurs. Toutefois, les électeurs, frappés

<de sa générosité, le prièrent, d'une commune voix, de nommer au trône vacant. Frédéric opina pour le roi d'Espagne. Le 5 juillet 1519, l'archevêque de Mayence, au nom du collège électoral, ^tt>» clama, dans l'église de Saint-Barthélémy, Charles d'Autriche, empereur d'Allemagne. En apprenant ce résultat, Léon X voulut du moins tirer, pour l'Eglise, le meilleur parti possible d'une élection qu'il n'avait pu prévenir. Il importait au repos du monde? que le jeune empereur prît, à l'égard de Luther, le parti de la répression. Jamais une alliance entre l'empire et le Saint-Siège n'avait été plus nécessaire. Le nonce du Pape fut chargé de parler en ce sens à Charles-Quint. Ce dernier ne tarda pas à rassurer Léon X sur ses véritables dispositions. Le jour de son couronnement à Aix-la-Chapelle, l'archevêque de Cologne s'avança en habits pontificaux, et s' adressant au prince : « Promettez-vous, » lui dit-il, de travailler saintement au triomphe de la foi catho- » lique ; de défendre et de protéger les Eglises d'Allemagne ; de » soutenir loyalement les intérêts de l'empire ; d'être le père et le » tuteur des veuves et des pauvres ; de rendre au Pontife de Rome » l'obéissance qui lui est due? » A chacune des premières questions, Charles s'était contenté d'incliner la tête, en signe d'assené timent; à la dernière, il leva la main, et la posant sur le côté droit de l'autel : « Je le veux ainsi, dit-il, et je compte, pour remplir > ma promesse, sur l'aide de Dieu et les prières des chrétiens : o que Dieu et ses saints me soient en aide. »

36. Préoccupé des plus vastes projets, le jeune souverain songeait à faire repentir François Ier de s'être posé comme son concurrent au trône d'Allemagne. Le roi de France s'était acquis un nom fameux à Marignan ; Charles-Quinc voulait ne pas lui rester inférieur. Les désordres de ia Réforme ne pouvaient lui plaire, au moment où il songeait à employer contre mr ennemi redoutable toutes les forces de l'Allemagne. La politique lui faisait une loi de pacifier ses nouveaux états et d'arrêter les progrès de l'hérésie. Une diète générale fut convoquée à Worms pour prendre un parti définitif. Luther avait profité de l'intervalle de trêve que lui laissait l'élection, pour répandre ses doctrines et fortifier son parti. Ce n'était pas toujours par des libelles et par des injures qu'il combattait le dogme catholique. Dans son Traité d(j

34 liow x (1513-1521).

la liberté chrétienne, œuvre sérieuse et qui affecte de hautes prétentions théologiques, le novateur avait définitivement formulé sa doctrine. Il pousse ses principes à leurs dernières conséquences, et il établit, comme des vérités fondées sur la parole évangélique, non-seulement la justification sans les œuvres, mais l'impossibilité de la loi avec les œuvres, qu'il regarde comme autant de péchés; la sujétion de la créature au démon, même quand elle fait effort pour lui échapper. A côté de ces désolants axiomes, il érige en dogme l'impeccabilité de l'âme, qui n'a pas cessé de croire ; c parce que, dit-il, si j'ai péché, le Christ, qui est en moi, n'a pas » péché, ce Christ en qui je crois, qui opère, qui pense, qui agit, * qui vit avec moi, et qui seul accomplit la loi. » Il s'efforce ensuite d'établir que le sacerdoce est, en quelque sorte, infusé dans l'humanité tout entière, comme l'âme dans le corps ; qu'il appartient à tout homme qui croit, parce que le Christ s' étant uni à l'humanité par unp union toute mystique, l'âme est devenue son épouse et qu'elle participe alors de tous les dons que l'époux répand sur sa bien-aimée ; que tous ces vocables de prêtres, de clercs, d'ecclésiastiques, ne signifient rien, sont un outrage à la parole de Dieu, parce que nous sommes tous ses enfants au même degré, ses économes et ses ministres, et que les vêtements, la pompe extérieure, les cérémonies ne sont que de vaines figures, des formes humaines que l'esprit du Christ doit bannir du milieu des chrétiens.

37. La négation ne pouvait être plus complète, plus tranchée, plus dogmatique. Si Luther dit vrai, la Papauté, le ministère ecclésiastique, le catholicisme, ne sont pîus que des invention» humaines. Rome est véritablement, comme i) l'appelait, la Babylone empourprée. Les défenseurs ne manquèrent pas à la foi outragée. De toutes parts, les théologiens, les docteurs s'élevèrent contre la nouvelle théologie. Eck, chancelier de l'Université d'ïngolstadt, homme d'érudition et d'esprit, dont le nom était connu de toute l'Allemagne savante, entra le premier en lice. Dans un livre intitulé : Les Obélisques, il oppose au Réformateur l'enseignement constant de la tradition, les arguments tirés des Pères, des théologiens catholiques. Aux yeux de tout lecteur impartial et de bonne foi, Eck a de son côté la raison, le droit, la vérité.

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