CHAPITRE IV
de donner à leur diocèse de nouveaux missels, de nouveaux offices, de nouveaux bréviaires. L'unité de prières, cette imposante et magnifique harmonie de l'Eglise universelle, adressant à Dieu, le même jour, à la même heure, de tous les points du globe, les mêmes vœux, dans les mêmes termes et dans la même langue , cette forme de la prière qui doit être , suivant les saints Pères, la règle de la foi, se trouvèrent ainsi détruites. Les hérétiques de tous les siècles s'étaient efforcés d'altérer la liturgie de l'Eglise de Dieu, pour y insinuer leurs erreurs. Les jansénistes ne devaient pas négliger ce moyen de propagande : ils furent les vrais auteurs de la révolution liturgique sous le manteau des archevêques de Paris, Harlay, Noailles et Vintimille lui-même, qui ne comprirent pas la portée de ces nouvelles tendances. Ce sont les Papes qui ont formé tout l'office divin ; ils en ont fait les rubriques, réglé le cérémonial , composé les prières, réformé le calendrier, dressé le martyrologe ; ils ont établi une congrégation de cardinaux pour en expliquer toutes les difficultés. Saint Damase fit chanter les psaumes en chœur, le jour et la nuit, et ajouter à chacun la doxologie ou Gloria Palri. Saint Grégoire-le-Grand composa des oraisons, des antiennes, des homélies, régularisa l'office dans toutes ses parties, et donna son nom au chant grégorien, si grave, si imposant, si majestueux. Le pape saint Etienne, venu en France demander des secours contre les Lombards, y réforma l'office et le chant qui s'étaient altérés. Pépin e* Charlemagne, pour resserrer de plus en plus l'union avec l'Eglise romaine, firent recevoir partout l'office et le chant romain, qui, restauré par leurs soins, subsista en France, pendant mille ans, jusqu'à l'invasion du jansénisme. Les nouvelles réformes liturgiques, qui avaient suivi les travaux du concilû de Trente et de saint Pie V, furent reçues en France comme dans les autres pays de la catholicité. Telle avait été la perpétuelle succession de pieux travaux et de saints elforts, au moyen desquels l'Eglise, toujours vivante et toujours animée du Saint-Esprit, avait réglé les prières, qu'elle adresse à Dieu le Père, par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Au xvme siècle, l'hérésie jansénienne s' efforce de rompre eu France cette unité de la prière et de l'adoration, de détourner, pai ses periiues insinuations, adroitement glissées dans l'office
428 benoît xiii (1724-1730).
public, de la fréquentation des sacrements, du culte de la sainte Vierge et des saints, de la confiance en la bonté divine, pour remplacer la sainte joie des enfants de Dieu par les sombres ter* reurs des partisans de la grâce insuffisante.
9. Les premiers démolisseurs de la liturgie catbolique furent Nicolas Letourneux et le bénédictin janséniste Claude de Vert, qui fabriquèrent ensemble le nouveau Bréviaire de Cluny , le plus téméraire et le plus hostile au souverain Pontife, et où le culte de la sainte Vierge n'est pas moins rabaissé que l'autorité du Siège apostolique. L'ordre de Cluny, autrefois si dévoué au chef de l'Eglise, reniait ainsi les plus belles pages de son histoire. A leur suite, le janséniste Foinard propageait les innovations liturgiques, et leur traçait, en quelque sorte , un symbole dans son livre si connu : Projet d'un nouveau Bréviaire, dans lequel l'office divin serait particulièrement composé de l'Ecriture sainte. Ce titre seul, nouveau Bréviaire, annonce suffisamment qu'on dédaignait l'antiquité, la tradition, l'autorité, la prière vivante de l'Eglise, pour y substituer les vues d'un simple particulier, qui, tel que tous les sectaires, coupera les textes, les isolera et les groupera à sa fantaisie , afin de les détourner de leur véritable sens et de les incliner du côté de ses erreurs. L'idée de Foinard fut réalisée dans le Bréviaire de Paris, publié par le cardinal de Noailles, et composé par le janséniste Duguet. Vigier, Mesenguy et Coffin, plus téméraires encore, reprirent en sous-œuvre la tâche de Duguet ; ils fabriquèrent un nouveau Bréviaire de Paris, publié par Charles de Vintimille, qui souleva tant de désapprobations, au' il fallut, pour le faire adopter, réformer, dans de nombreux cartons, les erreurs qu'on n'avait pa?« assez pris la peine de dissimuler. Orléans et Nevers eurent leurs Bréviaires particuliers (1730), composés par le janséniste Lebrun Desmarets, qui avait été condamné aux galères et qui mourut impénitent. Charles de Coislin, évêque de Metz ; Caylus, évêque d'Auxerre ; Bossuet, l'indigne évêque de Troyes; Colbert, évêque de Montpellier; Montazet, évêque de Lyon, introduisirent de force lea mêmes innovations dans leurs diocèses. Cette révolution se prolongea jusqu'en 1770. Charles Loménie de Brienne, dont le nom devait se mêler si tristement à l'histoire de l'Eglise, fut le dernier