‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 215 sur 294 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

évêque de France qui ait implanté une liturgie nouvelle dans son diocèse. Les ordres religieux, oubliant leur respect traditionnel pour les saintes coutumes du passé , se laissèrent entraîner euxmêmes dans cette voie d'innovation. La congrégation de Saint- Vannes se donna un Bréviaire et un Missel sur le modèle de ceux de Paris. L'ordre de Prémontré renonça à son Bréviaire romain pour en prendre un nouveau, rédigé par un de ses moines, qui prêta depuis serment à la constitution civile du clergé. Enfin la Congrégation de Saint-Maur eut aussi un Bréviaire particulier, dont l'auteur fut un bénédictin apostat, Nicolas Foulon. « Tous y> ces nouveaux Bréviaires, dit l'abbé Bertrand de la Tour, font » profession de prendre celui de Paris pour leui c^acle ; c'est le » centre de l'unité gallicane, à la place de R^/at^Oo^1 on ne pro- » nonce presque plus le nom, et qui n'est $MPÏe@€ntf* fie l'unité » mtholique. Le Pape régnera au Vatican, mais ©11 HW^isera ses » Sois, ses censures, ses rubriques a&s pvKtoes, bc$ feéviaire, son » Missel, son Rituel. Ainsi sa jetons ses fecfcments, ébranlée » dans ses parties, la France ^ométojfoéftcta se trouver presque » schismatique. »

10. Cependant Benoît XIII avait achevé son pontificat. D mourut le 22 février 1730, à l'âge de 81 ans. Telles étaient ses vertus, dit le savant Muratori, qu'il était regardé comme un saint. D'une humilité incomparable, il estimait plus son titre de religieux théatin que toute la gloire et la majesté du souverain Pontificat. A un merveilleux désintéressement, il joignait une tendresse infinie pour les pauvres. On le vit plusieurs fois les embrasser, considérant en eux celui dont il était le Vicaire icibas. Ses pénitences, ses jeûnes étaient extraordinaires. Sa douceur était proverbiale, et l'on cite encore à Rome ce mot de Beaoît XIV : « J'aime, disait-il, la modestie de Benoît XIII, ce bon » Pape, qui fit reculer son carrosse dans Rome même, pour ne » pas avoir d'affaire avec un gentilhomme romain. » On ne peut reprocher à Benoît XIII qu'une faute grave : c'est de n'avoir pas toujours maintenu ses ministres dans les strictes limites de la justice et du devoir. Il avait investi de sa confiance le cardinal Coscia, qui abusa de la bonté du Pontife et s'attira, par des exactions multipliées, la haine du peuple romain.

430 CLÉMENT X!ï (1730-1740).

§ 2. Pontificat de Clément XII (12 juillet 1750-6 février 1740)

1 1 . Le cardinal Corsini , né à Florence, d'une des premières familles de cette ville, fut élu pour succéder à Benoît XIII, par la presqu' unanimité de ses collègues, et prit le nom de Clément XII. Le lendemain de son couronnement, le peuple entoura le Vatican, en criant : << Vive le pape Clément XII! Justice des justices du » dernier ministère ! » Le cardinal Coscia, contre lequel ces clameurs étaient dirigées, s'était enfui de Rome, immédiatement après la mort de Benoît XIII ; mais le sacré Collège lui avait envoyé un sauf-conduit, pour qu'il pût revenir siéger au conclave. Maintenant le peuple soulevé semblait demander sa tête. Pour apaiser la sédition, Clément XII promit qu'une enquête sévère serait dirigée contre tous les administrateurs qui avaient abusé de la confiance du dernier Pape. Coscia fut d'abord privé de la voix active et passive dans les congrégations ; un décret pontifical lui enjoignit de rester dans le territoire romain jusqu'à la conclusion de son procès ; et on lui fit comprendre qu'il devait renoncer à tout ministère spirituel dans son diocèse de Bénévent. Coscia refusa ; une congrégation spéciale fut nommée alors pour instruire son procès. Le cardinal fut condamné à réintégrer dans le trésor deux cent miiib écus romains, somme qu'il avait induement reçue à l'époque de son ministère. Le condamné avait sollicité de Clément XII la faveur de ne pas être enfermé au château Saint- Ange ; le Pape l'avait généreusement accordée ; mais Coscia, se défiant peut-être de l'avenir, profita de la liberté qui lui était laissée pour s'enfuir à Naples. L'interdit le punit de sa désobéissance et ses biens furent vendus au profit de la chambre apostolique qu'K avait tant dépouillée.

12. Ces actes de rigoureuse justice annonçaient un Pontife ferme et vigilant, qui ne transigerait jamais avec le devoir, quelque pénible qu'il fût à accomplir. La cour de J abonne l'éprouva bientôt; la prétention des rois de Lisbonne était de faire jouir les nonces envoyés en Portugal du privilège dont jouissent ceux des grandes puissances, et qui consiste à être promu au cardinalat , à la lin de leur ambassade. La cour de Lisbonne tenait d'autant plu*

Page 1