‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 216 sur 294 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

à obtenir cette faveur, qu'elle aurait consacré, d'une manière plus solennelle, de la part des souverains Pontifes , la reconnaissance du royaume récent du Portugal. Mais ;es autres souverain! d* l'Europe «'opposaient à la prétention de Lisbonne ; et Rome, toujours prudente, ne jugeait pas que le moment fût encore opportun. Jean V, roi de Portugal , était un prince violent, que la moindre contradiction irritait. H crut pouvoir emporter de haute lutte la faveur qu'il sollicitait ; en conséquence, sous le pontificat de Benoît XIII, il demanda le chapeau pour Biclii , alors nonce à Lisbonne ; on ne lit aucun droit à cette requête, et Bichi fut même rappelé. Mais le roi lui défendit de quitter la cour, refusa de recevoir le successeur qu'on lui envoyait, rompit ouvertement avec Rome, et défendit à tousses sujets, sous les peines les plus sévères d'entretenir aucune relation avec la cour pontificale. Telle était la situation lors de l'avènement de Clément XII. Ce Pape était proche parent de Bichi : le roi de Portugal espéra que cette circonstance faciliterait un accommodement , et des négociations furent entamées en ce sens avec le nouveau Pontife. Clément XII déclara que te nonce rebelle devait immédiatement quitter Lisbonne. Cette fois il fallut obéir : Bichi revint à Rome, fut remplacé parle successeur désigné ; et, plus tard, le Pape, pour montrer que la douceur et la fermeté sont toujours alliées, dans le cœur des vicaires de Jésus-Christ, consentit à élever Bichi au cardinalat.

13. Cependant de graves événements s'étaient accomplis en France. Le régent Philippe d'Orléans était mort , victime de ses folles passions (10 août 1723) , peu de temps après son indigne ministre , le cardinal Dubois. Le jeune roi Louis XV avait été sacré, et déclaré majeur l'année précédente. Après un court intervalle, occupé par le ministère du duc de Bourbon , Louis XV remit le gouvernement de l'Etat et le titre de premier ministre à son ancien précepteur, le cardinal de Fleury , <^'êque de Fréjus, vieillard septuagénaire, qui prit à tâche de réparer, par une sage et bienveillante administration , les désordres et les scandales de la cour du régent. Le mariage de Louis XV avec Marie Leczinska, fille de Stanislas, roi détrôné de Pologne , fit monter la vertu et les grâces aimables sur le trône de saint Louis. Mais cette réaction contre les vices de la régence ne fut pas assez puissante pour

432 clément xii (1730-1740).

rendre à la France sa moralité perdue. Philippe d'Orléans s'étaï entouré de tout ce qui faisait profession publique de libertinage et d'impiété. La cour du régent corrompit la société ; la société corrompit le jeune roi ; la vertu ne fut plus qu'un nom, le devoir qu'un mot; la religion qu'un épouvantail, bon pour le peuple ; et for, avec toutes les jouissances qu'il procure , devint la passion de la France. Le passage du cardinal de Fleury aux affaires fut somme un instant de calme entre deux orages. Il aimait la paix, et la paix était le besoin de la France. Il laissa le royaume réparer ses pertes et s'enrichir par un commerce immense , sans faire aucune innovation, traitant l'Etat comme un corps puissant et robuste qui se rétablit de lui-même ; il diminua les impôts , fixa la valeur des monnaies , et porta dans la cour l'exemple de l'exactitude et de l'économie. Au point de vue politique, ce fut un temps heureux pour toutes les nations, qui, cultivant à l'envi le commerce et les arts , oublièrent leurs calamités passées. Tout était paisible depuis la Russie jusqu'à FEspagne, Lorsque la mort d'Auguste H, roi de Pologne, qui avait détrôné Stanislas Leczinski, beau-père de Louis XV , replongea l'Europe dans une nouvelle guerre. Les Polonais offrirent de nouveau la couronne à Stanislas, qui fut proclamé (12 septembre 1733), de la manière la plus légitime et la plus solennelle, par l'assemblée des Etats. Mais l'empereur d'Autriche, Charles YI, fit faire une autre élection, appuyée par ses armes et par celles de la Russie, et une autre réunion des seigneurs polonais offrit la couronne au fils d'Auguste H (5 octobre 1733). Stanislas se rendit à Dantzick, pour soutenir ses droits. Il était digne de porter une couronne , et rien , peut-être, ne prouve mieux le vice du système électif, que ie spectacle du meilleur des rois, de ce Stanislas , dont le nom et les vertus vivent encore dans le souvenir de la Lorraine reconnaissante, chassé deux fois de la Pologne , qu'il eût rendue la plus heureuse des nations. Les seigneurs qui avaient élu Leczinski abandonnèrent honteusement sa cause. Dix mille Russes, commandés par le comte de Munich , assiégèrent Dantzick , où Stanislas , trop fai« blement secouru par la France, ne put se soutenir longtemps. Ix ville fut prise, la tête du roi légitime mise à prix, et ce ne fut qu'à: travers les plus grands dangers, et sous le déguisement d'un ma-

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