CHAPITRE PREMIER
Mais les ouvrages des apologistes chrétiens ont tous, pour les multitudes, précisément le tort d'avoir trop raison. Les esprits passionnés, qui composent la masse, le vulgaire, veulent du piquant, du nouveau. La multitude applaudit à Luther, qui se borna, pour toute réponse, à jeter à la face du docteur catholique, les épithètes de valet de Satan, & ennemi insigne du Christ, de tkéologastre, de malheureux sophiste. — Emser, professeur à Leipsick, ne fut pas plus heureux dans sa polémique contre le moine augustin. « Ta n'es qu'un misérable Romaniste î lui ré- 9 pondit Luther. Et moi je dis : Adieu, Rome, ville de scandale ! » La colère de mon Maître, qui est au ciel, va se lever sur toi. » Adieu, séjour des dragons ; adieu, nid des vautours, des hiboux » et des chauves-souris! » Le dominicain Priérias, maître du sacré palais, vieillard blanchi dans les études théologiques et dans les luttes des écoles, vint, à son tour, défendre contre le sectaire riionneur de Rome et de la Papauté foulé aux pieds. Luther ne mit que deux jours pour composer un pamphlet en réponse au dialogue de Priérias, « Ce vieux moine, dit-il, tenait la plume » pendant que Satan dictait- Qu'il tâche, du moins, une autre » fois, de mieux inspirer le Thomas qu'il m'oppose dans ses dia- » logues. » Le sarcasme et le rire étaient, on le voit, l'arme favorite du père de la Réforme. Quand ses adversaires, croyant le foudroyer, invoquent contre lui la grande voix de la tradition, il soutient qu'un seul homme peut avoir raison contre les papes, les conciles, les docteurs, le présent et le passé. Saint Thomas d'Aquin, l'Ange de l'école, dont le nom seul était une autorité, Luther le représente « comme un pédant **t collège, enfilant de» » mots comme des grains de chapelet, rampant dans la boue, et, » pour arriver au ciel, prenant une route hérissée de ronces et » d'épines. » La négation succédait à la négation, dans cette âme lancée en pleine voie de scepticisme. Le livre de la Captivité de Babylone parut alors; et Luther y supprimait, d'nn trait de plume, les sacrements de l'Ordre, de l'Extrême-Onction, de la Pénitence, les Indulgences, le Purgatoire et la Papauté.
38 . Un apologiste couronné se dressa alors avec toute la majesté du pouvoir royal et toute la logique d'un disciple de saint 'îliomae pour réfuter le docteur de Wittemberg. Henri VIII, roi d'Angle
56 lêon x (1513-1521).
terre, avait, de bonne heure, étudié avec passion la Géologie. L'Ange de l'école était son auteur favori; le disciple ro; avait prorïté des leçons de ce grand maître. Il ne dédaigna pas de se faire le cÎMmpion de la vérité catholique , dans ce beau livre s Assertio ssptem sacramentorum , qui lui valut de Léon X le titre glorieux de Défenseur de la foi, et auquel son auteur devait luimême donner plus tard un si triste et si scandaleux démenti. « Il » fut un temps de doux souvenirs , dit Henri VIII , où la sainte » Eglise n'avait pas besoin d'être vengée, car elle n'avait pas » d'ennemis. Il s'en présente un aujourd'hui, qui cache les ins- » tincts pervers du démon sous l'apparence d'un beau zèle pour la y> vérité, et qui, poussé par la haine et la colère, vomit son venin » contre l'Eglise. Il est temps de le démasquer. Que toute aine » régénérée par l'eau du baptême et rachetée parle sang de Jésus- » Christ ; que l'enfant et le vieillard , que le prêtre et le roi se » lèvent pour combattre l'ingrat et l'impie. » Adressant ensuite directement la parole au novateur : « Ose donc nier, lui dit-il , » que la communion chrétienne tout entière salue, dans Rome, sa » mère spirituelle ! Jusqu'aux extrémités du monde , tout ce qui » porte le nom de chrétien, sur les mers et dans les solitudes, s'in- » cline devant Rome ! Si ce pouvoir ne vient ni de Dieu , ni des » hommes, la Papauté l'a donc usurpé, Rome l'a donc volé? El » quand ? Voudrais-tu bien nous le dire ? Mais si ce pouvoir est ï> vieux, que son principe repose dans la nuit des temps, alors tu » dois savoir qu'il est établi par les lois humaines que toute pos- » session dont la mémoire est impuissante à désigner la source , » est, par là même, légitime; et que, du consen went unanime » des peuples , il est défendu de toucher a ce. que le temps a fait » immuable. » Luther avait soutenu dans sa Captivité de Baby— lone , que les paroles de Jésus-Christ : « Tout ce que vous lierez » sur la terre sera lié dans le ciel, etc. , » s'adressaient non pas aux Apôtres, représentés d'âge en âge par leurs successeurs, mais à la communauté des fidèles en général, à tout ce qui avait reçu le baptême, homme ou femme : créant ainsi un sacerdoce que F enfan***" jevait dès T1'^ ouvrait les yeux à la lumière. Voiei comment Henri VÏÏI lui répond : « Luther dit que les paroles dé » l'institution s'appliquent aux laïques comme aux prêtres, et