‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 221 sur 294 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

• dont la bulle était pleine, autorisaient les curés à former oppo-

* sition à son enregistrement, ce qui ne les empêcherait pas, » dans un temps plus opportun, de procéder à l'appel comme » d'abus. » On comprend l'immense douleur qu'un pareil scandale, donné par les magistrats et les prêtres d'une nation qui s'appelait la fille aînée de P Eglise, à propos d'un saint qui faisait la gloire de la France, dut causer au cœur du souverain Pontife. Il ne jugea pas cependant convenable de procéder, dans tette circonstance, avec une rigueur qui eût donné plus de publicité et d'éclat à une résistance déplorable. 13 se contenta d'agir par la voie diplomatique auprès de la cour de France. Ses réclamations trouvèrent un interprète et un défenseur puissant dans la pieuse reine Marie Leckzinska. A sa prière, Louis XV ordonna que l'arrêt du Parlement, relatif à la canonisation de saint Vincent de Paul, serait supprimé, que le mémoire des curés serait regardé comme non avenu. Il réprimait dans le même temps un autre écart des magistrats qui Venaient de défendre de donner le titre d'œcuménique au cinquième concile de Latran; comme si c'était à des juges séculiers à décider de l'cecuménicité des conciles. Le roi cassa leur arrêt, ce qui ne les empêcha pas de déclarer qu'ils persistaient à le soutenir.

17. A ne consulter que les premières notions du catéchisme, ou même le bon sens le plus vulgaire , la conduite du Parlement de Paris est absurde ; mais il n'en est plus de même si l'on consulte les libertés de l'Eglise gallicane. Fleury, dans son discourt sur ces fameuses libertés, s'exprime ainsi : « La doctrine ancienne » est demeurée à des docteurs souvent moins pieux et moine » exemplaires en leurs mœurs que ceux qui enseignent la non— » velle. Quelquefois même ceux qui ont résisté aux nouveautés » ont été des jurisconsultes ou des politiques profanes et libertins, i> qui ont outré les vérités et les ont rendues odieuses. C'est une » merveille que l'ancienne et saine doctrine se soit conservée au » milieu de tant d'obstacles. » Fleury appelle ici ancienne et saine doctrine la doctrine des parlement;», des jurisconsultes ou des politiques libertins et profanes, il appelle nouveautés les sentiments de l'Eglise romaine, des locteurs et des saints les plus illustres, tels que Yincent de PauL François de Sales, Thomas d' A-

440 clément xii (1730-1740).

quin.Or, si les parlements, les jurisconsultes, les politiques libertins et profanes ont conservé l'ancienne et saine doctrine contre 1er Papes et les saints qui introduisaient des nouveautés scandaleuses, comment ne serait-ce point encore à eux d'examiner et de juge! , en dernier ressort les bulles de canonisation et même les conciles nommés œcuméniques , pour y. signaler et flétrir les tendances corruptrices des saints et de l'Eglise romaine ? La conséquence est rigoureusement logique.

18. Le Parlement prouva bientôt qu'il entendait ne pas la laisser à l'état de théorie , mais la faire passer dans la pratique. Depuis la promulgation de la bulle Unigenitns, lorsqu'un janséniste malade demandait le saint Viatique, les évèques et les curés catholiques exigeaient préalablement que le malade se soumit aux décisions de l'Eglise relatives aux erreurs qu'il avait professées , et se confessât à un prêtre approuvé. C^tte dernière clause était d'autant plus nécessaire , que des prêtres jansénistes parcouraient secrètement tous les quartiers de Paris , et même toutes les villes de province, pour donner, sans autre forme, l'absolution aux hérétiques qui réclamaient le secours de leur ministère. Les jansénistes avaient e:^ effet pour principe qu'un prêtre interdit pouvait parfaitement confesser et n'admettaient pas qu'il fut au pouvoir d'aucune autorité ecclésiastique de lui retirer ce droit. La conduite des évêques et des curés orthodoxes déplut aux magistrats qui composaient les parlements, et leur sembla un acte de violence aussi arbitraire qu'injuste. On vit bientôt paraître des arrêts qui enjoignaient, de par le magistrat, aux pasteurs des âmes, de donner le saint Viatique à tout janséniste, sans condition, et cela sous peine d'amende, de prison et d'exil. Cette persécution des parlements de France contre l'Eglise catholique commwça publiquement en 1731. Le 28 avril, le Parlement de Paris rend un arrêt contre l'évêque d'Orléans, en faveur d'une femme janséniste à qui il avait été fait un refus de sacrements. Le roi casse l'arrêt comme abusif en ce qu'il y est fait injonction à un évêque en matière spirituelle. Le Parlement présente des remontrances aux- «juelles le roi répond qu'il persiste à ne pas changer l'arrêt de son conseil et défend aux magistrats toute délibération contraire ; ses ordres ne sontpas respectés. On pouvait déjà, dans ces conflits, sign»-

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