chapitre nr. ii
1er l'apparition de l'esprit de révolte ei d'indépendance , au souffle duquel la monarchie devait s?écrouler dans le sang et les ruines. Cependant Louis XY l'emporta. Il cassa l'arrêt du Parlement, le mit à néant, le déclara nul et sans effet. Il voulut que la minute en fût rayée et l'ordonnance de suppression transcrite à la marge. Cette rigueur arrêta pour quelque temps les poursuites, et le Parlement , vaincu , se vengea en supprimant \m décret et un bref que Clément XII venait de publier contre une Vie du diacre Paris, contre les prétendus miracles du cimetière de Saint-Médard , et contre un mandement de l'évêque janséniste de Montpellier. O nouvel attentat contre l'autorité du Saint-Siège Dassa inaperçu.
19. A cette époque un homme qui devait réunir l'immortalité du génie à l'immortalité du scandale, qui semblait avoir reçu de l'enfer la puissance de la destruction et la haine de toutes les hiérarchies civiles et religieuses, qui étonna son siècle par la mobilité de son caractère et le prestige de son talent, dont l'hypocrisie égala la corruption ; qui sembla résumer, comme dans un foyer ardent, toutes les idées d'incrédulité, de licence, de négation universelle, d'hostilité à l'Eglise et au Christ; qui se donna pour mission de flétrir les plus saintes croyances, de calomnier les gloires les plus pures, de nier Dieu, l'âme, la conscience, la religion, d'ébranler les fondements des institutions sociales, consolidés par des siècles de bienfaits et de victoires ; qui réussit à précipiter, au bruit des applaudissements enthousiastes de l'Europe entière, la plus antique monarchie du monde dans un abîme sanglant , Voltaire enfin , commençait sa longue carrière , signalée par tant de triomphes littéraires et d'immoralité, par tant de corruptions et de gloires, par tant de grandeurs et d'infamies. Obligé de se retirer en Angleterre, en 1726, à la suite d' tin duel imprudemment offert, le jeune Arouet de Voltaire avait emporté dans son exil une amertume et un ressentiment profonds. Dans cette disposition, il se passionna pour le gouvernement, les lois et les «sages de cette nation étrangère. La liberté, dont les institutions anglaises offraient bien plus l'image que la réalité , séduisit cet esprit superficiel et épris d'idées d'indépendance. Les doctrines de Collins, Tindal, Woolston, Morgan, Chubb, qui tendaient toutes alors à élever le déisme sur les ruines de la foi, firent une impres-
lit CLÉMENT XII (1730-1740).
sion profonde sur l'esprit du fugitif. Il résolut dès lors d'importé? «n France un système religieux qui flattait toutes les passions, légitimait tous les vices, consacrait toutes les croyances et réalisait» enfin dans sa plus haute expression cette liberté d'opinions qui avait été le rêve de Luther, qui devint le but du philosophisme, et qui fut plus tard l'arme de toutes les révolutions. Dans sa retraite en Angleterre, Voltaire fit imprimer les Lettres philoso phiques ou Lettres sur les Anglais. L'auteur y effleure tout : la théologie, la métaphysique, l'histoire, la littérature, les sciences et les mœurs. Un style léger et en même temps un ton tranché et dogmatique, des plaisanterie» fines et adroite*, des épjgrammes mordantes, tout ce cortège de qualités et de défauts littéraires qui ont fait la fortune de Voltaire , se retrouvaient dans cet ouvrage dont l'auteur n'avait pas trente ans. La religion était d'ailleurs traitée dans ces lettres avec les mêmes sarcasmes ; il se moquait du clergé catholique et de nos usages religieux, tandis qu'il comblait de louange^ les quakers , ces sectaires ignorants et enthousiastes. « Je suis corps, et je pense, je n'en sais pas davantage ; » je regarde comme impossible de démontrer l'immortalité de » l'âme. » La France avait vu se produire, sous toutes les formes et dans tous les genres, des écrits scandaleux; elle n'avait pas encore entendu le langage de l'impiété aussi clair, aussi absolu, aussi formel. Bossuet, le grand Bossue! n'était plus là pour écraser, sous les coups de sa victorieuse éloquence, ces sophismes d'origine étrangère. Cependant la Faculté de théologie de Paris condamna les Lettres sur les Anglais; mais ce jugement n'arrêta pas l'invasion du philosophisme, qui avait des lors un chef , un guide, an apôtre. Quelque temps après, Voltaire obtenait la permission de rentrer en France, et y était accueilli avec enthousiasme par les seigneurs de la cour de Louis XV, aveugles qui couraient à l'abîme par un chemin serné de fleurs.
20. La Faculté de théologie de Paris condamna, dans le même temps, un livre janséniste intitulé : Consultation sur la juridiction et sur l'approbation nécessaires pour confesser. L'auteur, nommé Travers, se faisait gloire d'être un des appelants qui avaient refusé de souscrire le formulaire et de recevoir la bulle Vnigenitus. Le but de son ouvrage était d'établir dogmatique-