‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 225 sur 294 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

tifier îa prévision du héros. A peine la succession de Charles YI fut-elle ouverte, qu'on vit se mettre sur les rangs, outre François de Lorraine, époux de Marie^Thérèse, les électeurs de Bavière et de Saxe : le premier, Charles-Albert, comme issu d'une fille de l'empereur Ferdinand Ier; le second, Auguste III, comme marié à la fille aînée de l'empereur Joseph Ier. D'un autre côté, Philippe V, roi d'Espagne, et Charles-Emmanuel Ier, roi de Sardaigne, prétendaient à différentes parties de la succession. Le roi de France , issu de la branche aînée d'Autriche , par la mère et par la femme de Louis XIV, pouvait alléguer de plus justes titres que tous les autres compétiteurs; mais il préféra le rôle d'arbitre à celui de concurrent, et cette détermination prouvait autant de désintéressement que de sagesse et de modération. La cause de tant de têtes couronnées fut plaidée dans tout le monde chrétien par des mémoires publics ; or s'attendait à une guerre universelle ; l'orage commença d'un côté où personne n'avait tourné les yeux, 26. Qu'il nous soit permis, à ce propos, de faire remarquer qu'au moyen âge une pareille question aurait été résolue par des voies plus pacifiques ; on aurait eu recours alors à l'arbitrage du souverain Pontife , et cela avec d'autant plus de justice que l'empire d'Allemagne avait été créé par les Papes. Mais, au xvme sièr cle, les rôles étaient changés, la Papauté semblait reléguée, par les grandes puissances, dans le domaine exclusif de sa juridiction spirituelle, et bientôt même on allait lui disputer le droit de vivre. — La Prusse ducale, récemment érigée, comme nous l'avons vu, en royaume héréditaire, avait été gouvernée pendant trente ans (1713-1740) par Frédéric-Guillaume Ier, électeur de Brandebourg, prince protestant, dur et farouche soldat. Ce fondateur de la Prusse conçut l'Etat comme un régiment. Il craignait que son fils ne continuât pas sur le même plan, tt il eut la tentation de lui faire couper la tête. Ce fils, qui fut Frédéric II, plaisait peu à un père qui n'aimait et n'appréciait que la force physique. Le jeune Frédéric était petit, avec de grosses épaules, un œil dur et perçant, une physionomie étrange. C'était un bel esprit, un poète, un musicien, un philosophe surtout, imbu de toutes les idées nouvelles, en politique et en religion, que l'école voltairienne allait mettre en honneur; ses goûts étaient dépravés , ses instincts

I4& benoît xiv (1740-1758).

immoraux; il avait la manie d'écrire des vers français, détestables, que Voltaire avait la bassesse de vanter comme des chefsd'œuvre; il ne connaissait pas le latin et méprisait l'allemand, sa langue maternelle. Il avait pourtant une chose par quoi il mérita d'être appelé le Grand: il voulait. Il voulut être brave; il voulu faire de la Prusse l'un des premiers Etats de l'Europe ; il voulut être législateur ; il voulut que les déserts de son pays se-peuplassent; il y réussit : il fut à la Prusse ce que Pierre-le-Grand venait d'être à la Russie. Quand la question de l'héritage de Charles "VI fut agitée, il prévit la confusion générale qui en allait être le résultat, et ne perdit pas un moment pour en profiter. Il pouvait réclamer de Marie-Thérèse, comme souveraine de Hongrie, quatre duchés en Silésie. Ses aïeux avaient [renoncé à leurs prétentions, parce qu'ils étaient faibles ; il se trouva puissant, et il les renouvela. Il réclama donc de Marie-Thérèse la Basse-Silésie, en retour de laquelle il lui promettait, pour l'aider à revendiquer le trône impérial, crédit, armes, argent. Mais le sang de tant d'empereurs qui coulait dans les veines de-cette héroïque princesse, ne lui laissa pas seulement l'idée de démembrer le patrimoine de ses aïeux, elle préféra la guerre. Frédéric envahit la province qu'il revendiquait, au mois de décembre 1740 ; et 1» victoire de Molwitz (1741), présage de plus grands succès, couronna ses premières armes.

27. Le roi de Prusse avait prévu que son triomphe lui procurerait des alliés, et que la France ne manquerait pas une occasion si favorable de concourir à l'abaissement de la maison d'Autriche, son antique rivale. Néanmoins, le cardinal Fleury voulait rester fidèle à la foi des traités ; il plaida, dans les conseils de Louis XV, la cause de Marie-Thérèse, au nom de l'honneur, de la justice, et peut-être de la prudence. Cette résistance au courant de l'opinion, honorera toujours le caractère de ce sage ministre. Mais le roi de France était, depuis quelque temps, entouré de jeunes seigneurs qui ne rêvaient que les combats ; leur avis prévalut; Louis XY n'écouta plus les observations de son vieux prémoteur; l'alliance offensive et défensive de la France et de la Prusse contre l'Autriche fut signée , et le ministre octogénaire m cnar£«aa de présider une entreprise qu'il désapprouvait.

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