‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 226 sur 294 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

28, L'électeur de Bavière, Charles- Albert, fut reconnu par le cabinet de Versailles légitime héritier du trône impérial ; Louis XV lui donna une armée commandée par Maurice de Saxe et Chevert, et l'armée lui donna une couronne. Charles- Albert envahit la Bohême, se rend maître de Prague, et se fait sacrer à Francfort, sous le nom de Charles VII (24 janvier 1742). C'était beaucoup de tenir le sceptre, mais il fallait le garder. Les circonstances étaient heureuses; la situation de Marie-Thérèse, au contraire, semblait désespérée. Mais le péril même lui procura des ressources. Fugitive chez les Hongrois, elle rassembla les quatre ordres de l'Etat à Presbourg, y parut tenant dans ses bras son fils aîné, depuis Joseph II, et leur parlant latin, langue dans laquelle elle s'exprimait avec une noble aisance : « Abandonnée de » mes amis, dit-elle, persécutée par mes ennemis, attaquée par » mes plus proches parents, je n'ai d'autre ressource que dans » votre fidélité, dans votre courage et dans ma constance ; je mets » en vos mains la fille et le fils de vos rois, qui attendent de vous » leur salut. » Tous les palatins attendris tirèrent leurs sabres en s'écriant : Moriamur pro rege nostro Mariâ-Theresidî Mourons pour notre roi Marie-Thérèse ! Jamais princesse ne mérita mieux ce dévouement. Ils versaient des larmes en faisant serment de la défendre ; elle seule retint les siennes : il faut au malheur de la fermeté pour trouver des sympathies. L'Angleterre et la Hollande pressentant que la face des affaires allait changer, envoyèrent des secours d'argent à celle que l'enthousiasme populaire venait de proclamer roi de Hongrie. Le roi de Sardjûgne , gagné par d'im» portantes concessions, se détachait de la ligue et embrassait la cause pour laquelle il venait de prendre les armes. Les ennemis de Marie-Thérèse la servirent encore mieux par leurs fautes. La discorde se mit entre eus: et rompit le concert, et, par conséquent, le succès de toutes leurs mesures. Le prince Charles, frère du grand-duc, harcelait les alliés avec ses pandours, ses tolpaches, ses Croates, ses houzards, terrible fléau pour des troupes dispersées et faciles à surprendre. Enfin l'armée franco-bavaroise fut presque anéantie sans action considérable. Cependant le roi de Prusse, vainqueur à Czaslaw, et se préoccupant beaucoup plus de ses intérêts personnels que des avantages collectifs de la liguef iv. 2&

450 benoît xiv (1740-1758).

venait de conclure, pour son propre compte, avec Marie-Thérèse, le traité de Breslaw , qui lui garantissait la Silésie. L'électeur de Saxe avait été compris dans cette convention, en sorte que les Français , ne comptant plus sur aucune diversion, furent bientôt obligés d'évacuer Prague. Le maréchal de Belle-Isle fit retraite avec 13,000 hommes, seul débris d'une armée naguère formidable; et, du fond de Y Allemagne, où l'on faisait des conquêtes, il fallut reculer jusqu'au Rhin pour se défendre. L'empereur Charles Vil, chassé de la Bavière, parut aussi malheureux qu'il avait d'abord été triomphant (1742). Le cardinal de Fleury ne survécut point à ces revers que sa prudence n'avait pu prévenir, et que son habile administration cherchait énergiquement à réparer (20 janvier 1743). A sa mort, Louis XV prit en main, comme autrefois son bisaïeul, les rênes du gouvernement. Sa douceur, son affabilité lui avaient gagné tous les cœurs, et si la dernière partie de son règne eût répondu à ces heureux commencements, la postérité eût ratifié le beau nom de Bien- Aimé, que lui décerna, dans une circonstance mémorable, la reconnaissance de ses peuples.

29. Louis XV avait dû songer à venger les revers de ses armes. Les Anglais venaient de s'allier définitivement avec Marie-Thérèse. Leur armée, commandée par le roi Georges Tl, en personne, avait été cernée , près de Dettingen, par les savantes manœuvres du maréchal de Noailles. La position était celle de Poitiers ou de Crécy ; le résultat fut le même ; la précipitation des Français les perdit , et le nom de Dettingea vint se joindre à ceux des plus funestes journées à? notre histoire. Dans cette situation critique,. Louis XV n'hésita pas ; il crut que la place du roi de France était là où se trouvait IV danger. Il se porta sur la Flandre (1744) avec «ies meilleurs généraux, JNoaiiles et le comte Maurice de Saxe , prit tlourtrai, Menin, Ypres, Furnes, \Za Knoque. Tout à coup on apprend que le prince Charles de Lorraine a passé le Rhin, à Spire, avec soixante mille hommes, qu'il fait des progrès en Alsace , et pousse des res^nnaissances jusqu'en Lorraine. Louis quitte alors \e théâtre de ses conquêtes , et , laissant le maréchal de Saxe ea Flandre, il vole au secours de ses provinces menacées. Arrivé à Meiz, il fut saisi d'une fièvre maligne , qui le réduisit en peu de

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