‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 227 sur 294 · CHAPITRE IV. 45i · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. 45i

jours à l'extrémité. Cette nouvelle , répandue rapidement , porta la désolation de ville en ville, de province en province. Les églises, ouvertes jour et nuit pour les prières publiques, ne désemplissaient pas, Louis XV, croyant toucher à sa dernière heure, dit au comte d'Argenson, ministre de la guerre ; « Ecrivez de ma part au ma- » réchal de Noailles, que pendant qu'on portait Louis XHI au » tombeau , le prince de Coudé gagnait une bataille. » Le lendemain, tout danger avait disparu. Le courrier qui en porta la nouvelle à Paris fut embrassé et presque étouffé par le peuple ; on baisait son cheval, on le menait en triomphe ; toutes les rue» retentissaient du cri de joie : « Le roi est guéri ! Vive Louis XV le » Bien- Aimé ! » Louis se montra digne, par sa bravoure, de tant d'affection et d'enthousiasme. Les victoires de Fontenoy , de Lawfeld et de Rocoux, la prise deTournay, Gand, Oudenarde, Ostende, Bruxelles, Mons, Namur, Berg-op-Zoom et Maestricht, forcèrent les ennemis de la France à demander la paix (1748). Depuis longtemps d'ailleurs les hostilités n'avaient plus d'objet» En 1745, l'empereur Charles VII, dont la destinée devenait de plus en plus incertaine , mourut à Munich , sa capitale , plus encore de chagrin que de maladie . Marie-Thérèse vint à bout de réunir les suffrages de la diète en faveur de son époux, et la couronne impériale passa ainsi à la maison de Lorraine , dans la personne de François Ier. La paix d'Aix-la-Chapelle confirma son avènement. Louis XV victorieux la fit, « non en marchand, » comme il le dit lui-même , mais en roi. » Frédéric-le-Grand fut maintenu dans ses possessions silésiennes. Chacun d'ailleurs restitua ses conquêtes. Jamais une aussi formidable guerre n'avait amené si peu de changements : ce fut une seconde paix de Riswick (17 octobre 1748).

30. Pendant le cours de ces longues hostilités, Benoît XIV avait observé, vis-à-vis de toutes les puissances belligérantes, la plus stricte neutralité. L'Italie avait été, elle aussi, le théâtre de sanglants combats. La France y avait envoyé une puissante armée, sous les ordres du maréchal de Maillebois, pour rétablir, dans le duché de Milan et de Parme , Don Philippe , gendre de Louis XV , fils de Philippe V et de la reine Elisabeth Farnèsc Comme Moïse sur le mont Horeb , le Pape se contenta de prier

152 benoît xiv (1740-1758).

pour le triomphe du parti le plus juste. Les troupes autrichienne*, espagnoles, napolitaines, s'établirent indistinctement dans le* Etats ecclésiastiques. Les officiers qui passaient dans Rome se faisaient un devoir de respecter le trône de la religion et l'asile de a paix. Les armées de Charles de Lorraine et de Lobkowitz se battaient aux portes de la ville, sans que la sécurité des Romains en fût troublée. Lors de la paix d'Aix-la-Chapelle , Benoît XIV obtint de justes indemnités pour le séjour des troupes dans ses domaines, et les puissances de l'Europe ? en s' acquittant envers lui de leurs obligations , s'empressèrent de fortifier leur alliance respective, par ce lien sacré de la concorde universelle.

31. Deux années auparavant, s'était tranchée d'une manière définitive une question à laquelle la Papauté n'avait cessé de prendre le plus vif intérêt. Les membres proscrits de la famille des Stuarts avaient trouvé à Rome une noble et généreuse hospitalité. Les souverains Pontifes n'avaient point oublié que l'attachement de ces princes à la foi avait été Tunique cause de leurs malheurs ; la capitale du monde chrétien fut pour les illustres fugitifs comme une seconde patrie , où ils retrouvèrent sinon la puissance, du moins les respects dus à leur rang et à leur naissance. En 1745, l'héroïque Charles-Edouard, petit-fils de l'infortuné Jacques II, regardant la guerre qui venait d'éclater entre la France et la Grande-Bretagne comme une circonstance favorable , résolut de tenter , lui aussi , la fortune des combats. Une barque de pêcheurs le jeta en Ecosse ; cette barque portait le Catholicisme qui revenait visiter l'île des Saints, dans la personne de l'héritier de tant de rois. Quelques habitants deMoidard, auxquels le jeune prince se fit connaître, se jetèrent à ses genoux : « Mais que pouvons-nous faire ? lui dirent-ils, nous n'avons point » d'armes, nous sommes pauvres, nous ne vivons que de pain » d'avoine, et nous cultivons une terre ingrate. — Je cultiverai » cette terre avec vous, répondit Edouard ; je mangerai de ce pain, *> je partagerai votre pauvreté, et je vous apporte des armes. » Les Écossais électrisés jurent de rétablir le fils de leurs rois sur le trône de ses pères. Une petite armée de montagnards fidèles et de quelques auxiliaires Français se réunit autour du prince. Le gouvernement anglais mit à prix la tête de Charles-Edouard, et

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