‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 228 sur 294 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

promit trente mille livres sterling à quiconque le livrerait. Le jeune guerrier , fidèle aux doctrines catholiques , se montra plus généreux , et il défendit par un manifeste d'attenter à la vie de Georges II et des princes de sa famille. La victoire de Preston- Pans, sur le général Cope, récompensa ce noble langage. Charles- Edouard s'avance dans l'intérieur de l'Angleterre , et arrive jusqu'à Derby , à quarante lieues de Londres. Tout annonçait le triomphe du prétendant , lorsque les chefs écossais de son armée, doutant de leur fortune , décident la retraite, Charles- Edouard recule en frémissant de colère. Les Anglais , commandés par le duc de Cumberland, le plus grand homme de guerre de la Grande- Bretagne, prennent l'offensive, et poursuivent les Ecossais jusque dans leur pays. La victoire couronne encore la cause de la justice à Falkirk, mais le duc de Cumberland gagne la bataille de Culloden (27 avril 1746), et achève de dompter le parti jacobite par des exécutions qui lui valurent le surnom de Boucher. Charles- Edouard, échappé par miracle aux dangers qui menaçaient sa vie, vint mourir à Florence. Son frère, le duc d'York, créé cardinal par Benoît XIV, en 1 747 , mourut doyen du sacré Collège, en 1 8 07 . Avec lui s'éteignit la race glorieuse et infortunée des Stuarts.

32. Les préoccupations de la guerre pour la succession de l'empereur Charles YI avaient un instant calmé les fureurs du jansénisme. Mais elles se réveillèrent, avec une nouvelle vivacité, après le traité d'Aix-la-Chapelle. Le refus des sacrements aux sectaires, sans un billet de confession attestant que le malade avait reçu l'absolution d'un prêtre approuvé , était toujours l'objet des récriminations du parti. Le 29 décembre 1750, un conseiller dénonce au Parlement de Paris un acte de ce genre. On mande aussitôt le curé , auteur du refus. Interrogé sur les motifs de sa conduite, il répond qu'il n'en doit compte qu'à son archevêque, et qu'il suivra ses ordres. Cette réponse irrite les magistrats, qui envoient le curé en prison. En même temps, les procureurs et avocats du Parlement vont trouver l'archevêque. C'était le courageux Christophe de Beaumont. Le prélat répond qu'il a trouvé l'usage des billets de confession établi dans son diocèse, et que rien ne l'en pourra faire départir. Cependant l'opinion publique s'était montrée indignée de l'acte arbitraire du parlement ; le curé fut relâché , mais les magistrats

454 benoît xrv (1740-1758).

se vengèrent en rendant un arrêt qui « défendait à tous eeclésias- » tiques de faire aucun acte tendant au schisme , notamment » de faire aucun refus public de sacrements , sous prétexte de » défaut de billet de confession , ou de déclaration du nom du » confesseur, ou d'acceptation de la bulle Unigenitus. » Cet arrêt, d'une scandaleuse témérité , servit depuis de fondement à toutes les entreprises des tribunaux contre le clergé catholique. Il fut répandu à des milliers d'exemplaires. On y joignit une estampe allégorique, où la magistrature était représentée sous l'emblème de la justice, avec cette devise fastueuse : Custosunitatis, schismatis ultrix. Epouvantés de ces tendances anarchiques , vingt et un prélats se réunirent à Paris, pour adresser au roi. sous le titre de Représentations y une lettre où ils exprimaient toute leur indignation et toute leur douleur. Le Parlement avait osé , par un arrêt du 5 mai 1752, accuser le vénérable Languet, archevêque de Sens, de favoriser le «chisme. Les évêques présentèrent à ce sujet un autre mémoire à Louis XV. « Des magistrats, disent-ils , qui » ne peuvent apprendre authentiquement que de nous ce qui cons- » titue le schisme, ne craignent pas d'intenter une accusation si » odieuse coatre leur pasteur ; et ce qui montre à quel point la » prévention les aveugle, c'est qu'ils traitent ce prélat de schisma- • tique, dans le temps même où , par un arrêt , ils défendent de » donner ce nom injurieux au moindre de vos sujets. »

33. Le Parlement ne pouvait rien opposer de solide à cette logique claire comme le bon sens et simple comme la vérité. U répondit par de nouvelles violences. Le 4 janvier 1753, l'évêque d'Orléans est condamné à six mille livres d'amende, et un curé de son diocèse banni à perpétuité pour refus de sacrements. Le roi, fatigué de tant de scandales, crut en prévenir le retour en ordonnant « de surseoir, jusqu'à nouvel ordre, à toutes poursuites » et procédures pour refus de sacr^uients. » L'édit, muni du sceau royal , fut envoyé au Parlement , qui refusa de l'enregistrer, continua ses violences tyranniques et décréta que, tout autre service cessant, il demeurait en permanence pour juger les ecclésiastiques coupables de refus des sacrements. Louis XV fit parvenir aux magistrats rebelles des lettres de jussion, ordonnant l'enregistrement de l'édit, sous peine de désobéissance et d'en-

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