‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 233 sur 294 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

» nuages passagers , et répond : Nous avons la parole de Jésus- » Christ , l'Eglise est inébranlable. Il ne soupçonne pas qu'il y » ait de la différence entre l'Eglise et la cour de Rome. » Ce que blâme la légèreté de Du clos, nous le prenons au sérieux comme un éloge. Torrégiam avait raison de n'admettre aucune distinction entre l'Eglise et le Saint-Siège : l'un c'est l'autre. Et cette conviction est, dans une âme , l'expression de la vraie foi et de la fermeté chrétienne. Ainsi Clément XHI et son ministre étaient unis par des vues de foi profondes et consciencieuses, par la saine appréciation des luttes engagées, par une constance et une fermeté généreuses, vouées à la défense des intérêts sacrés de la religion.

4. Ils eurent pour adversaires successifs, et bientôt simultanés, tous les cabinets des puissances catholiques. Au premier rang, paraît Pombal, ministre de Joseph Ier, roi de Portugal. Ce prince faible et voluptueux ne régnait que de nom ; Pombal gouvernait en despote. Esprit audacieux et naturellement tyrannique, il préféra, à la stabilité des traditions chrétiennes et nationales, l'influence d'opinions étrangères et dissolvantes. Il se précipita donc, tête baissée, dans la carrière des innovations; renversa toutes les barrières qui s'opposaient à ses desseins; déclara la guerre à l'Eglise, dont l'autorité l'importunait, et, par des vexations incroyables, dont on a peine à se rendre compte, d'un pays avant lui religieux et paisible, fit un Etat livré à l'agitation et au désordre. Pombal était tout-puissant à Lisbonne; Choiseul, en France, avec le titre de premier ministre, ne l'était pas autant. La ligue philosophique, les parlements , la marquise de Pompadour, le jansénisme lui dictèrent souvent des lois. Louis XV n'était plus ce roi vertueux auquel i affection de ses sujets décernait des triomphes ; livré à ses passions , il abandonnait les rênes du gouvernement à des mains subalternes. La comtesse du Barry, qui succéda à la marquise de Pompadour dans les faveurs du roi , fit vingt ans la honte de la France et le scandale du monde. Réveillé quelquefois de cette léthargie de désordres et de vices, Louis XV n'en sortait que pour dire : « Cela durera bien autant que moi ; » et il se replongeait dans ses infâmes plaisirs. Cependant toute la famille royale ne cessait de le rappeler à ses devoirs en pratiquant,

464 clément xin (1758-1769).

sous ses yeux, les plus hautes vertus. La reine, Marie Leczinskfc, et les deux dauphines, étaient le modèle des femmes chrétiennes; son fils unique , le dauphin , père du duc de Berry (Louis XVI), du comte de Provence (Louis XVIII), et du comte d'Artois (Charles X), qu'une mort prématurée ravit au bonheur de la France, et qui emporta, dans le tombeau, la fortune de son illustre maison; son petit-fils et son héritier présomptif (Louis XVI) ; sa fille , Madame Louise de France, qui échangeait les splendeurs de Versailles pour l'humble cellule d'une Carmé- Rts; ses petites-filles, Madame Elisabeth, surnommée Y Ange de la cour , et Madame Clotilde , reine de Sardaigne , dont le procès de béatification est en instance près de la cour romaine, formaient, par leur conduite , un contraste frappant avec les vices du siècle et les scandales du monarque. Mais leurs vertueux exemples ne réagissaient point sur une société profondément corrompue. Choiseul, ministre de France, del758àl770, époque de sa disgrâce, était un politique habile, remuant et audacieux. Accepté, à juste titre, par les philosophes de ce temps, comme un digne promoteur de îeurs idées , il rechercha activement leur approbation et leur appui ; il parvint ainsi à une certaine popularité ; et, dans la présomptueuse confiance qu'elle lui inspira pour l'accomplissement de ses desseins, il dépassa toutes les bornes. En Espagne * Charles III , successeur de Philippe V , réalisa une situation singulière, dans ces lamentables luttes contre l'Eglise. Sévère dans ses mœurs, sincèrement attaché à la religion, droit, loyal, mais facile à influencer, à cause de sa loyauté même, il ne sut pas bien placer sa confiance. Wall, Grimaldi, d'Aranda, Campomanez, Monino, Manuel de Rola, furent ses ministres ou ses agents prin* cipaux. Roda était plutôt janséniste que philosophe incrédule; mais, à ce titre, *A était l'ennemi le plus décidé du Saint-Siège et des libertés de l'Eglise. Campomanez, procureur général au conseil de Castilie, et ministre d'Etat, apporta dans la lutte contre l'Eglise la science et l'esprit du légiste hostile. D employa contre les évêques les armes de la polémique et des poursuites judiciaires. D' Aranda, objet des louanges empressées des philosophes français et leur ami dévoué , mit ses talents au service des ennemis de l'Eglise. En ajoutant Tanucci , ministre dirigeant de Naples soui

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