‹ Histoire générale de l'Eglise depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au pontificat de Pie IX (volume 2)Chapitre 245 sur 294 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

hostiles. Cette fois ce ne fut pas un prince, ce ne fut pas un hérésiarque, ce ne fut pas un persécuteur qui souleva l'épouvantable orage , ce fut la négation radicale , universelle , impitoyable , de toutes les croyances , la destruction de toutes les institutions, l'écroulement des trônes et des autels, la souveraineté populaire, inaugurée au milieu des ruines, parmi des fleuves de sang, qui reniait Dieu, Jésus-Christ, son culte , ses vicaires , ses prêtres , et qui , au nom de la raison , imposait au monde les rêves du plœs sanglant délire. Si les ennemis de l'Eglise, si les grands seigneurs beaux esprits, les poètes philosophes, les élégants athées du xvine siècle n'avaient pas été eux-mêmes les premières victimes de la révolution, ils auraient pu applaudir à leur ouvrage et jouir de leur triomphe, car ce triomphe parut complet ; ils avaient proclamé leur philosophie la reine de l'univers s et le peuple dansant sur les débris des monarchies éleva des autels à la Raison, pour prouver à sa manière qu'il était digne de ses maîtres et qu'il avait compris leur enseignement. L'Eglise, toutefois, a des promesses d'immortalité plus fortes que toutes les puissances de l'enfer. Elle se releva la première du fond de cet abîme, plus radieuse, plus grande, plus héroïque que jamais. La révolution ne fit qu'ajoutai à la liste de la Papauté un martyr de plus.

2. Le cardinal Jean- Ange Braschi fut élu pour succéder / Clément XIV, et prit le nom, à jamais immortel, de Pie VI. fit apprenant son élection, il se prosterna, les yeux baignés de larmes , pria quelque temps avec ferveur , et dit aux cardinaux : « Vénérables pères, le conclave est terminé, mais que l'issue e» » a été malheureuse pour moi ! » Ce fut par ces paroles , qui ren» ferment un si triste pressentiment , que Pie VI commençait Tua des plus longs comms aussi l'un des plus malheureux pontificats que nous onrent les annales de l'Eglise. Un des premiers actes da nouveau Pape fut une distribution d'aumônes aux pauvres. 1 supprima ensuite plusieurs pensions qui lui parurent inutiles, se lit rendre un compte sévère des deniers publics, ne conféra lei dignités ecclésiastiques et les charges de l'Etat qu'à des homme» dignes de sa confiance; il se montra humain, accessible, laborieux, bienfaisant ; il partageait tout son temps entre ses devoiw reL^itux, son cabinet, son muséum et la bibliothèque du Vatican

488 pie vi (1775-1799).

Ce fut lui, en effet, qui eut l'idée d'établir ce muséum unique au monde, où les chefs-d'œuvre de tous les arts, les antiquités les plus précieuses devaient attirer les voyageurs de toutes les nations civilisées. Les actes de Pie VI avaient un caractère de noblesse et de générosité où son âme se peignait tout entière. Nous ne ferons ^'indiquer les travaux exécutés dans le port d'Ancône, le seul des Etats du Pape où le commerce pût être protégé \ la restauration du palais Quirinal, où il fit relever le fameux obélisque; enfin, la vaste entreprise du dessèchement des marais Pontins ; Ip rétablissement de la voie Appienne ; la réparation de l'aqueduc ifie Terracine ; l'établissement du canal de Soligna, etc. Les grandes entreprises de son administration ne détournaient pas Pie VI de sa bienfaisante sollicitude pour les pauvres ; il fondait et dotait des hospices; il érigeait des maisons de refuge pour les jeunes filles indigentes; il établissait, à Rome, l'institut des Frères des écoles chrétiennes, qu'il chargeait de l'éducation des enfants du peuple ; et Rome renaissante inscrivait, sur la façade de leur maison, cet éloge si simple dans sa sublimité : Pie VI, père des pauvres.

3. Supprimés par une bulle pontificale, bannis par les princes catholiques, les Jésuites avaient trouvé un asile là où ils devaient le moins en attendre. Frédéric-le-Grand , roi protestant et philosophe, et Catherine Ire, impératrice de Russie, avaient écrit au Pape pour l'informer que, ne connaissant pas de meilleurs instituteurs pour la jeunesse que les Jésuites, ils prétendaient les garder dans leurs Etats. La situation était délicate. D'après le bref de suppression, il était défendu aux Jésuites de continuer à habiter collectivement leurs maisons, d'y recevoir des novices, et, par conséquent, d'y perpétuer leur ordre. Le général Ricci avait juré solennellement, entr« les mains du Pape, sa renonciation à tout pouvoir et à toute fonction de supérieur. Les autres jésuites, fidèles comme toujours au décret de Rome , même quand ce décret était leur arrêt de mort, avaient refusé les offres bienveillantes de Catherine et de Frédéric , tant que le Pape ne les aurait pas autorisés à accepter. De son côté , Pie VI se trouvait partagé entre les sentiments d'estime et d'affection qu'il professait ouvertement en faveur des Jésuites et la crainte, d'ailleurs trop tondée,

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