CHAPITRE VI
de -réveiller, par une manifestation importune, toutes les animosités à peine assoupies , toutes les haines des puissances catholiques. Il aborda la difficulté près des cours de l'Europe avec la noble franchise qui faisait le trait distinctif de son caractère. Il soumit à leur appréciation les propositions qui lui étaient faites par Timpératrice de Russie et le roi de Prusse. On lui répondit qu'il pouvait suivre , dans cette circonstance, l'inspiration de son cœur, pourvu qu'il ne donnât pas à l'expression de sa volonté un caractère de publicité trop éclatant. En conséquence. Pie VI autorisa les Jésuites de Russie et de Prusse à ouvrir des maisons d'éducation , à instituer des noviciats , à faire jouir enfin le nord de l'Europe des bienfaits dont les nations du midi s'étaient si aveuglément privées elles-mêmes.
4. A la même époque que l'avènement de Pie VI, la France avait vu les fêtes données à Paris pour l'avènement de Louis XVI. Jamais les commencements d'un règne ne s'annoncèrent sous de plus heureux auspices ; jamais prince, en effet, n'était monté sur le trône animé de meilleures intentions, ni plus pénétré de la grandeur de ses devoirs. Les vertus du jeune monarque étaient si pures, si sincères, si éclatantes, que l'école philosophique ne put leur refuser le concert de ses éloges ; mais comme si sa vertu ellemême eût dû servir à perdre plus promptement ce malheureux prince, il se laissa séduire aux idées d'humanité, de bien général, ! de philanthropie , derrière lesquelles les modernes novateurs ca- ! chaient des théories subversives et des doctrines révolutionnaires. Ses ministres, Turgot, le comte de Saint-Germain, Necker, étaient de ces hommes à systèmes, qui croyaient que l'économie politique peut remplacer, chez une nation, les principes religieux. Des réformes heureuses furent pourtant opérées dès lors dans le gouvernement; mais Louis XVI avait déjà tout gâté en inaugurant son pouvoir par le rappel du Parlement exilé par Louis XV, après l'affaire du chancelier Maupeou. On a dit que les hommes, pris individuellement, étaient rarement capables de reconnaissance ; réunis en corps, ils ne le sont jamais. Le premier acte du Parlement, après son retour, fut de s'opposer à l'enregistrement des édits publiés par Louis XVI. De là des intrigues nouvelles, des cabales, des émeutes même; car déjà le peuple en faisait l'ap-
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prentissage en France , tandis que la jeune noblesse , enivrée par des idées lointaines d'indépendance, importées par Franklin, allait sur les champs de bataille de l'Amérique se battre pour des républicains et conquérir Tordre de Cincinnatus. Epoque d'aveuglement, où tous les rôles sont intervertis, où le désordre des idées n'a d'égal que l'enthousiasme avee lequel on se jette dans l'inconnu! La guerre d'Amérique eut pour la France deux résultats à jamais déplorables; elle amena la catastrophe financière qui servit de prélude à la révolution et l'esprit d'indépendance qui l'acheva.
5. Moins voisine d'une dissolution sociale, l'Allemagne, sous Joseph ÏI, semblait se précipiter dans la voie du schisme. Ce qu'on a appelé gallicanisme en France s'appela j oséphisme en Allemagne. Les erreurs changent de nom suivant, les pays et les siècles, mais Vlles^pe changent pas de caractère. Le livre de Fébronius fut le ma*nuel théologique de Joseph IL Imbu de ces principes,, si favorables d'ailleurs à l'ambition des souverains, il se donna la mission de combattre les droits du Saint-Siège, son pouvoir, sa juridiction; il se voulut faire en quelque sorte l'évêque universel , le concile général de ses Etats. Sans consulter le souverain Pontife, et la plupart du temps au mépris de ses réclamations formelles, il tranchait, par des décisions arbitraires, toutes les questions ecclésiastiques, enlevait les revenus des évêques, les excluait des Etats de leur province ou détruisait leur siège. Un décret impérial assujettit toutes les bulles pontificales à la ratification ou au placet du monarque. C'était importer en Allemagne l'invention toute française de soumettre les bulles apostoliques à l'enregistrement des parlements. D'autres arrêtés furent rendus pour interdire, dans toute l'étendue de l'empire, de professer les doctrines de la bulle Uniyenitiis ; il fut déclaré que le texte même de cette bulle serait enlevé de tous les livres théologiques où il se pourrait trouver; et qu'il ne serait permis aux professants dfen parler que comme d'un document purement historique, sans aucune valeur Religieuse. Les évêques- avaient la défense de conférer les ordres sans avoir pris préalablement l'agrément de l'empereur; la moitié des séminaires diocésains fut fermée ; sur deux mille communautés religieuses, qui se trouvaient répandues sur tout le terri-