CHAPITRE VI
toire de l'Empire , Joseph II n'en laissa subsister que sept cents ; les confréries furent abolies, les processions supprimées. On allait jusqu'à fixer le nombre des prêtres dans chaque église. C'est en Faisant allusion à tant de règlements si étrangers aux préoccupations ordinaires d'un souverain, que Frédéric appelait l'empereur mon frère le sacristain.
6. La cour romaine avait agi en vain par les voies diplomatiques pour rappeler Joseph II à une conduite plus digne de luimême , plus digne surtout de la mémoire de son illustre et pieuse mère. Pie VI était le pasteur apostolique qu'aucune considération ne saurait détourner du chemin de son devoir. Depuis longtemps il était inouï à Rome qu'aucun Pape fut sorti des Etats pontificaux ; cependant Pie VI se résolut subitement à entreprendre le voyage de Vienne, persuadé que sa présence et ses paroles seraient plus efficaces que des lettres sur l'esprit du jeune César. La nouvelle de ce voyage fut un événement en Europe ; le sacré Collège, effrayé des suites d'une pareille démarche , faisait les plus vives instances auprès du Pape pour le détourner de son courageux projet : « Nous irons, répondit Pie VI, là où nous appelle le * devoir, de la même manière que nous irions au martyre pour » l'intérêt de la religion : joyeux de la défendre, les successeurs de » saint Pierre n'ont pas craint d'exposer leur vie. Il ne nous est » pas permis d'abandonner la barque de l'Eglise au milieu des » tempêtes les plus violentes. » L'effet de la présence du Pape à Vienne fut prodigieux ; son voyage avait paru un triomphe populaire. Le 22 mars 1782, Pie VI fit son entrée dans la capitale de l'Autriche, entouré de plus de cinquante mille Viennois. L'affluence y était si prodigieuse, venue de toutes les parties de l'empire , quf l'on craignit pendant quelques temps de manquer de subsistai ices. Il faut le dire, Joseph II se montra beaucoup moins favorablement disposé que son peuple. Il garda les convenances de la politesse envers le Pape, mais il ne rabattit rien de ses schismatiques prétentions. Son premier ministre, le prince de Raunitz, donna au milieu de toute la cour le scandale d'un chrétien qui se refuse à observer vis-à-vis d'un Pape les plus strictes formules d'une déférence due à tant de titres. Pie VI quitta Vienne, ému des marques de la dévotion touchante du peuple , mais désolé de l'attitude
402 pie vi (1775-1799).
qu'avait constamment gardée l'empereur. Par un manque d'égards inouï, la police autrichienne, si sévère en tout autre ci*, constance , avait laissé circuler dans la capitale , pendant mêmf que le Pontife s'y t cuvait, un pamphlet injurieux intitulé : Quià est Papa ? L'auteur, le protestant Eybel, niait ouvertement la suprématie pontificale et couvrait la Papauté des plus grossières calomnies. Cetto inqualifiable attaque, il faut le dire, trouva, an sein même du protestantisme allemand, d'éloquents antagonistes. Le célèbre historien, Jean Muller, encore jeune alors, répondit à Eybel , par son excellent ouvrage : Voyages des Papes , où il vengeait victorieusement la Papauté de ces indignes outragea. Le pamphlet d'Eybel attira plus tard, sur son auteur, les foudres de l'Eglise. Joseph II n'en poursuivit pas moins son plan d'innovations schématiques Au mois d'août 1786, le conciliabule d'Ems, réuni par ses ordres , dressait en vingt-trois articles, un décret qui consacrait les doctrines erronées du joséphisme. Il y était dit d'abord que Jésus-Christ a donné aux Apôtres et aux évêques, leurs successeurs, un pouvoir illimité de lier et de délier pour tous les cas et toutes les personnes , et que par conséquent, on ne devait plus recourir à Rome. On annulait les exemptions des religieux, excepté celles confirmées par l'empereur, inconséquence étrange de refuser au Pape, sur une matière ecclésiastique, une autorité qu'on accordait à la puissance civile. Après d'autres innovations semblables , il était stipulé que toutes dispenses demandées ailleurs qu'au tribunal de Févêque seraient nulles; que les bulles des Papes n'obligeraient point, si elles n'étaient acceptées que par Févêque , et que les nonciatures cesseraient entièrement. On décidait l'abolition du serment des évêques au Pape. Si le pape, était-il dit, refusait de confirmer les évêques dans ces conditions nouvelles, ils trouveraient dans l'ancienne discipline des moyens de se maintenir en possession de leur charge, sous la protection de l'empereur. Le grand duc de Toscane, Léopold, frère de Joseph II, avait suivi les mêmes errements. Il était livré aux conseils de Ricci, évêque de Pistoie, prélat ambitieux et irréfléchi, complètement perverti par les idées janséniennes, qui publiait des instructions pastorales où il appelait Soanen, Févêque déposé de Senez, un saint et pieux per-